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567Scorpions : Taken by Force

posted by admin on mai 29th, 2010

Scorpions : Taken by ForceEn 1977, Scorpions est alors en pleine mutation. La chenille se transforme en chrysalide avant de former le magnifique papillon que l’on a connu par la suite. A cette période, il faut noter que le heavy metal commence à emboîter le pas sur le hard rock, achevant en même temps le rock psychédélique du mouvement flower power. On passe dès lors du pacifisme décadent à la révolte armée. La formation allemande avance alors à tâtonnements et s’inspire du changement de mouvance pour créer des compositions à succès, plus accrocheuses, mais aussi plus rentables que leurs précédentes.

Taken by Force traduit une nouvelle étape transitoire dans la musique de Scorpions. Il marque également l’arrivée de Herman Rarebell à la batterie, future figure éminente de la formation.

Scorpions qui avait adopté une politique de provoc’ dans le choix de ses couvertures, histoire d’interloquer les curieux (voir notamment la couverture originel de Virgin Killer), a pris l’initiative d’illustrer l’album par une vue de cimetière militaire. Bien mal leur en a pris, l’image a été censurée, sauf au Japon où la version d’origine de la couverture a été préservée depuis. Il a donc fallu choisir une illustration plus conventionnelle, mais plus simpliste, des membres du groupe sur fond noir. Les décombres du Vietnam fumaient encore à cette époque, les States traumatisés n’étaient pas encore prêts pour voir ce genre de vision glauque sur un album, qui de toute façon n’aurait que mal illustré la musique de l’oeuvre qui est tout le contraire du reflet de cette sombre vision.

“Steamrock Fever” le démontre bien d’ailleurs. C’est un fabuleux titre enjoué, aux riffs cinglants. Le refrain est une pure merveille auditive, coupant avec l’ambiance tranchante développée sur les autres parties. Il s’enregistre rapidement dans notre mémoire et nous fait connaître le Scorpions à tubes qui va naître dans les années 80.

Mais la formation est néanmoins capable de faire des chansons bien plus structurées et évolutives encore. “We’ll Burn the Sky” prend ses marques sur un début de ballade mélodique comme le groupe sait les faire, avec un redoutable Klaus Meine, exprimant parfaitement les sentiments dévoilés au travers des chansons, avec une voix particulière que l’on reconnaît comme étant de plus en plus expérimentée. Les instruments et le chant manœuvrent parfaitement les couplets par l’introduction d’a tempos, en jouant avec dextérité à la fois sur un son sentimental et un son plus intense et brûlant.

Cela diffère quelque peu avec les compositions d’Ulrich Roth, davantage ancrées dans le début des années 70. “I’ve Got to Be Free”, “The Sails of Charon” et “Your Light” exploitent de manière tout aussi efficace, un rock psychédélique et stoner, avec des riffs courts joués par des guitares semi-planantes, parfois très appuyées, et un chant nonchalant, moins structuré à la manière 70s.

Hormis ces compositions Rothéennes, Scorpions se base davantage sur des guitares plus abrasives, qui peuvent être sèches comme électriques, bien en adhésion avec le chant. La musique de Scorpions prend une tournure inattendue sur le titre illustre “He’s a Woman – She’s a Man“. C’est la surprise de l’album. Les sonorités et le chant deviennent malsains. Le rythme est percutant et rapide. Cela ne nous laisse pas indifférent, bien au contraire. Qui aurait cru qu’un tel titre si provocateur , que l’on pourrait en même temps considérer comme un peu à part dans la discographie de la formation, deviendrait un incontournable de Scorpions, souvent interprété lors des concerts.

Born to Touch Your Feelings” s’éloigne radicalement du brûlot précédent avec une chanson plus sentimentale encore que “We’ll Burn the Sky”, à la forme d’une complainte, mais d’un niveau plus inférieur que ce que l’on avait déjà écouté.

Sur l’édition 2002 figure 2 titres, dont le titre live “Polar Nights” d’Ulrich Roth, où le monsieur assure à la fois les longues parties de guitare et le chant, qui ne correspond pas à la même qualité que celui de Klaus Meine.

“Suspender Love” attire davantage l’attention avec un rock puissant et pervers. Klaus Meine a une voix sensuelle plus proche de celle d’un certain Prince, avant que tout revienne au naturel de Scorpions sur les refrains.

Taken by Force est à cheval entre rock psychédélique, hard et heavy metal. Cela paraît intéressant au premier abord, même si notre intérêt semble ne se focaliser que sur certains titres de l’album comme le titre magistral “He’s a Woman – She’s a Man“. Avec cette galette, Scorpions se fait connaître du grand public et oriente sa musique vers un destin doré.

15/20

 

 

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