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564Heaven’s Colt : Rien à Foutre

posted by admin on juin 1st, 2010

Heaven's Colt : Rien à FoutreEt oui, le Poitou tant moqué par les parisiens pour son côté rupestre, peut enfin se targuer d’avoir un AC/DC aux couleurs locales.

Venus des paysages champêtres du Nord Poitou, descendus de leur tracteur et de la bouse plein les bottes, “Heaven’s Colt” s’illustre sur un premier album dont le nom pourrait être l’adage représentatif du français moyen, “Rien à Foutre“. Ce groupe attachant est originaire de Châtellerault, dans le nord de la Vienne. Il faut dire qu’ils sont remarquables en concert jouant un jeu surélevé, dantesque, avec un Nico à la gratte prenant des airs d’Angus Young aussi bien sur le plan scénique qu’au niveau du son qui sort de sa guitare. La prestation live reste cependant plus réussie que l’album studio manquant encore un peu de maturité musicale, mais remplissant parfaitement les objectifs de la formation; produire de bonnes chansons et satisfaire tous les petits curieux, fans de hard rock, et qui pourraient incidemment s’intéresser à ces paysans cultivant le hard biologique sans OGM.

La fauche commence “Longue Vie au Rock N’ Roll” histoire de faire une offrande en guise de porte bonheur. On retrouve ici un hard dépouillé avec un chant en français (c’est aussi le cas sur les autres pistes). Le rythme reste modéré de bout en bout, dans le respect d’un hard authentique. On remarque que le son est plus emprunt, et notre jugement sue le groupe devient nuancé. On s’interroge alors sur la qualité de la prestation plutôt sommaire. Mais ce n’est qu’une entame de l’album, il est vrai assez moyenne. Attendez le reste de l’album pour en être totalement convaincu.

C’est alors là que le désopilant “L’Amour Noir” arrive et flèche notre coeur. On s’attache très vite aux péripéties de cette prostituée, personnage du titre. Sur cette piste “Heaven’s Colt” est franchement crédible. La cadence s’intensifie et le contenu s’enrichit sur des riffs astucieux. Le chant cassant est plus intéressant et prend en énergie.

On en reste pas seulement au hard rock, on renforce l’aspect rural et campagnard en introduisant du boogie sur les parties instrumentales notamment sur les titres “Cognac” et “Rock Paysan”.”Heaven’s Colt” s’essaye également au rock blues sur “Le Fils de Satan” et au rock sudiste sur “Etreinte Bestiale”. Le sentiment de l’auditeur peut être plus mesuré sur ces quelques pistes. Les paroles sont amusantes, bien que parfois inaudibles (c’est le cas de “Cognac”), mais les instruments assurent malgré tout un certain enthousiasme communicatif au travers ces titres.

Le chant de Mathieu, bien que légèrement étouffé, est de bonne qualité. C’est un chant plus true heavy metal, à l’instar de ce qui se faisait chez des groupes français comme “Sortilège” dans les années 80.

Heaven’s Colt” peut compter sur son guitariste Nico, véritable fou possédé, qui offre des délires complets par des mélodies très inspirées. Il oeuvre de manière particulièrement solide sur les différents dégagés par l’album solos et surtout sur les pistes les plus affolantes comme avec le très amusant “Les Poufiasses”. On pourra être déconcerté par l’entame de ce titre. Des filles faciles y sont assimilées à des dindes stupides et jacassantes. Les guitares prennent vite l’ascendant en adoptant un rythme trépidant. Chant et mélodies jouent de pair et apportent tout ce que nos oreilles ont voulu entendre.

Ce n’est encore rien à côté du titre “La Vie Est Dure (Si Tu Veux Rocker)”. C’est le retour à une rythmique plus lourde, plus accrocheuse. Un chant plein de vérité qui s’adresse à tous les rockers et les metalleux qui veulent franchir le cap de spectateur à celui d’acteur de la scène musicale. On aura même droit à un long moment instrumental avec quelques airs bienvenus de cornemuse pictave, jouée par Mathieu.

Le titre de l’album “Rien à Foutre” finit en apothéose avec un petit hard à l’ancienne et un rythme plus délirant que jamais.

Voici la formation que le Poitou attendait. Ces joyeux lurons labourent les champs du hard avec l’intention sérieuse de récolter les fruits d’un travail résonné. Rien n’est plus délirant qu’une course de tracteurs frénétique sur les terres reculées du Haut Poitou. “Heaven’s Colt” est comme le vin de là bas, peu saoulant. Je vous invite à les écouter en concert, celà est bien meilleur encore que sur l’album. Ceux qui auront encore malgré tout des préjugés sur la musique pictave, après ça, pourront se garer le tracteur où je pense.

14/20

 

 

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