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526Annihilator : Annihilator

posted by admin on juin 17th, 2010

Annihilator : AnnihilatorSi vous avez la peau sèche ou décharnée, que vous pensez avoir besoin d’un toilettage et d’une amélioration de votre fond de teint, n’appelez surtout pas “Annihilator“. Vous le regretterez certainement. Les membres de cette sombre corporation oeuvrent depuis aujourd’hui 20 ans passés dans le ravalement de façade, façon massacre à la “troncheneuse”. Il faut dire que le visage d’Alice apparu en 1989, date de la première entrée en matière de notre “Metallica” canadien, a beaucoup changé. Elle aurait aujourd’hui plus intérêt à faire venir un exorciste plutôt qu’un pédopsychiatre. Les membres d’”Annihilator” ont beaucoup joué avec les sortilèges durant 20 longues années et ça se voit depuis. La troupe emmenée par Jeff Waters, compositeur et guitariste de génie, 3 ans après une ambitieuse galette au nom de “Metal“, explorant les méandres tortueux du thrash technique en compagnie de nombreux invités prestigieux triés sur le volet, nous remet ça avec un album assez surprenant, qui fait machine arrière musicalement. Ils reviennent aux valeurs et à l’esprit identitaire du thrash Metal typé années 80-90. C’est une sorte de retour aux sources, ayant pris le nom symbolique du groupe, “Annihilator“.

On prend toute la mesure de l’album dès le commencement avec “The Trend”. Le rythme aiguisé à l’entame monte en puissance par échelons successifs. Tout en finesse, rapide et équilibré donnant une place de choix à chaque instrument. On remarque quelques changements d’ambiance par l’influence des guitares et de la batterie, pour pimenter la piste. On assiste alors à de véritables prouesses guitaristiques dignes des plus grands guitar heroes. Le chant arrive tel un cheveu dans la soupe à la 2ème minute dans une atmosphère plus angoissante qu’au début, plus thrash. Dave Padden adopte un chant scandé, presque vociféré, bien fidèle à un thrash classique et explosif. Seule une brève partie instrumentale en lien avec l’entame va calmer cette ambiance surchauffée, qui prendra réellement ses marques sur les titres suivants, “Coward” et “Ambush“, où les instruments sont pris d’une fièvre frénétique et s’expriment tels des enragés. La batterie martèle dans un tempo ininterrompu. Les guitares sont jouées à pleine vitesse, à bâton rompu. Cette intensité musicale est également maintenue par le chant par à coups offensifs, agissant ainsi avec plus d’impact. Celà est parfois tempéré par des percées de guitare mélodique sortant brièvement du chaos. C’est une musique prenant à la gorge, tout en puissance et en maîtrise, conforme à un thrash Metal de l’âge d’or, des années 80 et 90.

Ce type de prestation rapide et diablement emballé se retrouvera de manière un peu plus gentille sur le titre “The Other Side”. Le percutant “Death on Your Eyes” s’en rapproche, mais dans une tonalité plus poussive, lâchée par une guitare apportant plus de sensibilité et d’harmonie au sein de cet ensemble rigide. Quant aux autres titres, on n’est pas non plus en reste. Ils fonctionnent davantage comme des explorations dans des territoires inconnus. Si sur les titres déjà cités en haut, “Annihilator” roulait à fond la caisse sur des autoroutes tous phares allumés, là les phares sont éteints et il faut naviguer avec prudence.

Ainsi sur “Betrayed“, dont on peut déjà noter l’entame plus bizarroïde, avec changement de ton. Les instruments se font toujours aussi prédateurs, plus embusqués toutefois. Ils perdent ici en puissance. Celà laisse champ libre à Dave Padden, qui adopte un chant commun à d’autres grands chanteurs de thrash, les imitant en changeant d’ailleurs régulièrement de voix piste après piste. On aurait sans doute préféré qu’il se distingue par un chant bien à lui, histoire de mieux concurrencer les instruments, surtout la guitare de Jeff Waters absolument brillante qui cannibalise l’ensemble du son.

Des titres comme “25 Seconds”, “Payback” miseront sur un registre effrayant. La musique contenue est à la fois sinistre, tourmentée, insensible, voir même totalement cynique. Le plus intelligent des deux est sans nul doute “25 Seconds”. Les instruments tentent une approche lente, ils se faufilent jusqu’à la brusque arrivée du chant dans un ton implosif, déclenchant alors une révolte des guitares qui prennent une escalade ravageuse et destructrice. Dès que le chant est distancé et qu’il s’éteint, les instruments retombent dans leur torpeur, puis se réveillent à nouveau avec le retour de la voix. Voici un titre bien ingénieux, jouant sur différentes impressions.

D’autres titres offrent un côté plus original de la musique d’”Annihilator“. “Nowhere to Go” garde une armature caractéristique au thrash tout au long de son développement et de ses couplets, aux sonorités inquiétantes, mais néanmoins un peu poussif. Le refrain est à des lustres du thrash. On se retrouve alors quasimment face à du Metal alternatif. On remarque d’ailleurs que la musique et surtout le chant y sont plus contemporains, moins prévisibles qu’à l’accoutumé.

La plus grosse surprise vient du titre de fin “Romeo Delight“, reprise de “Van Halen“, extrait de l’album “Women and Children First”. C’est du hard rock bien intense, tout en séduction. On a même droit à des “oh baby”. Le chant est détaché, tout à son aise. On sent retomber la pression de tout les autres titres de l’album. Les guitares semblent aussi se délecter par ce changement d’environnement. Celà peut être déconcertant pour les mordus de thrash, mais à l’écoute de ce titre on pourra se faire à l’idée qu’”Annihilator” pourrait se reconvertir sans problème dans le hard rock.

Annihilator” est un album bien ficelé, correct sur toutes ses coutures. De quoi faire crier les parents et gueuler ses voisins. Hormis les maestrias de Jeff Waters toujours aussi impeccables, on aura le droit de s’interroger sur la nature de cet album qui rappelle un peu trop d’anciens albums mythiques de “Testament“, notamment “The Legacy” et “The New Order”. Néanmoins c’est sans gravité. Celà permettra de décrasser les oreilles des plus jeunes. Quant aux plus vieux, ils pourront se remémorer avec nostalgie toutes les meilleures prestations thrash de la fin des années 80.

Annihilator” a édité une version cadeau/surprise avec la “fan box”, contenant en plus du cd, un ravissant porte clé, 3 petits badges très fun, et quelques jolis autocollants bien sympathiques. Dommage que ce n’est pas encore Noël. C’est le petit Nicolas qui aurait été content de retrouver la “fan box” au pied de son sapin.

16/20 pour l’album simple

17/20 pour l’ensemble de la “fan box” qui m’a fait très plaisir (si, si!).

 

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