chroniques et interviews metal

523Ozzy Osbourne : Scream

posted by admin on juin 23rd, 2010

Ozzy Osbourne : ScreamOzzy Osbourne, l’un des plus illustres porte drapeau du metal, revient en 2010 avec un album intitulé “Scream“. Rien à voir avec le film du même nom. Ozzy, tel un ange, dressant le pavillon de la discorde, ne fait nullement allusion à un cri de peur, mais plutôt au contraire à un cri de rage, à un cri de colère. Celui là même qui est sensé nous rendre plus fort face à l’adversité. Sa précédente galette studio “Black Rain“, sorti en 2007, après plus de 6 années de silence, n’avait pas tellement emballé, bien qu’il semble avoir été techniquement acceptable. Il s’agissait donc pour Ozzy de faire mieux et de convaincre les esprits difficiles, pour redevenir une figure incontournable du metal au passé, au présent et à l’avenir grâce à son “Scream“.

Le début nous fait rapidement croire le contraire. “Let It Die” entame une jugulation entre heavy metal et diverses sonorités alternatives. De plus la voix d’Ozzy, sous effet, devient quasi inexpressive. Elle redevient claire, mais couverte par les guitares sur le refrain qui seul offre un réel moment d’intérêt sur la piste. On se rendra compte que tout ce brouillage musical est un peu hors sujet, peu concordant avec le chant et le style d’Ozzy, même si la partie instrumentale de fin a le mérite de rechercher dans l’impulsion et la diversité.

Le titre suivant “Let me Hear You Scream” peine également à convaincre. On aura droit à un enchaînement mécanique assez rapide produit par le synthé, la batterie…et quelques notes de guitare. Il y a quelques tonalités heavy metal, mais l’ensemble, sans tenir compte du refrain aux accents féroces, ressemble à un pop bourriné. Le résultat est assez décevant, en sachant que le titre était considéré abusivement comme un élément phare de l’album. Les titres “Let It Die” et “Let me Hear You Scream” étaient tous deux présentés comme les meilleurs de l’album. Celà peut paraître étonnant, mais celà n’est heureusement pas le cas en vérité. Ce sont en fait parmi les titres les moins performants et percutants de l’opus.

Scream” rajoute beaucoup dans la surenchère musicale, privilégiant des rythmes à l’esprit ravageur, mais à l’efficacité presque inoffensive, avec l’appui discutable du synthé, qui n’a que pour seul effet de saturer encore plus le son. L’apothéose de cette construction se découvre avec le titre à la fin “Latiner’s Mercy” où un Ozzy robotisé fait sa marche au milieu de l’imbroglio créé par les instruments. Tout ceci est trop relevé, celà manque d’une certaine fraîcheur. La mayonnaise ne prend pas et on continue de tourner la cuillère. Il y a un réel manque d’harmonie musicale. A trop vouloir en rajouter, on finit par n’obtenir que pas grand chose. Cette situation s’illustre aussi parfaitement avec “Diggin’ me Down“. On démarre pourtant sur une jolie entame à l’acoustique et au synthé, faisant doucement monter la pression. La musique développée par la suite est répétitive, dissonante, sans le moindre charme, hormis néanmoins quelques belles mélodies sur ce fond cacophonique. Tout ce bazar se tassera à la fin de la piste.

Ce qui soulage dans cet album, c’est de pouvoir entendre un chant toujours aussi inspiré d’Ozzy Osbourne, en syntonie avec le milieu. Sa voix peut être rampante et sifflante, comme sur “Soul Sucker”, à la cadence lourde et ballottée, ou résonnante et apaisée, notamment sur l’intéressante ballade acoustique “Life Won’t Wait“. On constate cependant un certain étouffement de cette voix, conséquence du manque d’harmonie musicale.

Le tournant de l’album est sans aucun doute le bon titre “Crucify”, bien fort, bien charpenté. Les guitares sont bien plus démonstratives que sur les titres précédents. Les tonalités sont plus légères et plus respectueuses du chant parfaitement articulé d’Ozzy. Les instruments soutiennent le chant au lieu de l’immiscer. Celà se relève encore sur le titre “Fearless”.

Les titres de fin de l’album sont très différents des uns des autres. Il y a une orientation vers plus d’originalité. On offre une perspective à multi facettes. “Time” est une chanson baladeuse au reflet ambiguë. On a de la guitare et du violoncelle à l’entame, puis une musique légère ponctuée d’offensives de guitares grondantes sur les refrains. On mélange le chaud et le froid. L’entreprise est risquée, mais le résultat reste probant. Plus surprenant encore sur “I Want it More”. Un chant en écho d’Ozzy est criblé par des salves mitraillées de guitare. Le refrain tranche avec cette ambiance agressive, en donnant davantage d’harmonie. Une harmonie plus authentique au style d’Ozzy. “I Want it More” est un titre qui prend une tournure grandiloquente sur la fin, avec l’ingérence du synthé par dessus le feu alimenté des guitares.

En conclusion, que pourrait-on dire? Que “Scream” est la continuité de l’oeuvre d’Ozzy, ou celle plus nuancée de “Black Rain“? Pas tout à fait. C’est un peu la confusion dans nos esprits. Certes l’album est plus proche de “Black Rain” qu’aucun autre album de la formation. Mais sur “Scream“, on pourra relever une évolution de la musique, plus particulièrement des guitares, moins performantes qu’à l’ordinaire. Plus violentes, plus modernes. Mais répétitives, tassées et quasi inexpressives. On remarque qu’avec le renfort trop présent du synthé, cela prend une dimension assimilable à de l’indus metal. On tend à s’éloigner du heavy metal à proprement parler, même si on compte des titres ballades, tradition qu’Ozzy semble vouloir continuer à respecter. En général “Scream” n’est pas trop mauvais. Il pourra se reposer sur des titres édifiants comme “Crucify’ ou encore “Time”.

Les fans de la première heure pourront se reconcentrer sur les rééditions à venir de “Blizzard of Ozz” et de “Diary of a Madman” pour le 30 ème anniversaire de ces oeuvres. Il faut dire que “Scream” m’a personnellement laissé sur ma faim. C’est comme aller dans un restaurant étoilé. Tout y est bon, mais somme toute peu consistant.

14/20

 

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