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521Equilibrium (GER) : Rekreatur

posted by admin on juin 28th, 2010

Equilibrium (GER) : RekreaturTel un monstre légendaire, “Equilibrium” apparaît à nouveau, tout droit sorti des ténèbres boisés, à la grande satisfaction des mordus du pagan metal qui n’ont pas tardé à découvrir cette extraordinaire formation allemande, chantant de plus dans sa langue nationale. Deux ans après “Sagas“, “Equilibrium” revient avec “Rekreatur“, en juin 2010.

Celà s’annonce aussi curieux et majestueux que l’étrange créature qui trône sur la couverture de cet album énigmatique. Marchez sur les traces d’”Equilibrium“, restez vigilants et sur vos gardes. Ne vous étonnez pas de ressentir un souffle chaud près de votre nuque.

Les non connaisseurs pourront s’ouvrir et se convertir sans problème au monde surréaliste, fantastique d’”Equilibrium“. Ils pourront certainement surprendre dès les premières notes, cette musique épique à dominante symphonique, dégageant une profusion d’ondes positives, et son opposition flagrante avec un chant vociféré ou aboyé (je sais que ce n’est pas très gentil dit comme ça), à l’esprit, lui, indéniablement maléfique. Sur les titres “In Heiligen Hallen”et “Der Wassermann”, c’est une sorte de superposition entre du power symphonique et du metal extrême.

Cette caractéristique atypique d’”Equilibrium” pourrait être renvoyée dans un certain sens à l’image orientale du yin et du yang; l’harmonie créée par l’imbrication de l’obscurité et de la lumière.

Il est vrai que ce mélange de styles classique et extrême du metal est plutôt une particularité du pagan metal en général. Cependant ici cette particularité est encore plus poussée. L’opposition est d’autant plus flagrante, grâce à l’implication dominante de la musique symphonique, élaborée par les claviers espiègles de René Berthiaume.

Cette ambiance symphonique prend parfois une tournure beaucoup plus folk, comme le démontre l’extraordinaire “Der Ewige Sieg”. En faisant un minimum attention, on pourrait croire écouter du “Finntroll“. Ce constat est d’ailleurs renforcé, par la présence de l’accordéon notamment. Le son est vif et rapide, dans un style que l’on pourrait avoir l’audace de qualifier de speed/folk.

L’aspect folklorique de “Rekreatur” prend une dimension quelque peu inattendue avec “Die Affeninsel”. On surplombe les vastes étendues forestières avec une entame reprenant les sons de la nature foisonnante, mais également les sonorités gracieuses et amusantes du xylophone. La musique s’intensifie et prend l’intégralité de la place par l’arrivée impromptue des guitares puis du chant. Tout celà se met en branle dans une vitesse affolante. “Die Affeninsel” comme “Der Ewige Sieg” sont des titres géniaux tout en vigueur et en vivacité.

Le chant ou plus exactement, les chants, sillonnant la quasi intégralité des pistes de cet album, sont de deux types: un chant black filandreux, jouant parfois sur les suraigus, à l’intonation nerveuse; et un autre, gras, bien plus grave et guttural. Ce dernier est un chant plus caractéristique du death metal. Il arrive le plus souvent en deuxième position. Ces chants ne se croisent pas, ils ne font souvent que se relayer de loin. C’est pourquoi il serait difficile de définir le style du combo comme étant du black folk ou du death folk.

Sur “Verbrannte Erde, c’est le chant gras et poussif qui est privilégié. En effet, il faut que celà se coordonne avec l’ambiance du titre devenue beaucoup plus lourde. La musique s’est assombrit et prend des airs de marche militaire avec un rythme cadencé, même si on note quelques tentatives de mélodie. Mais l’heure ici est à la discipline et à la rigidité. Tout respire la force et la solidité, mais aussi une sorte d’espoir.

Rekreatur“contient également des titres où la musique est pris dans un véritable dynamisme artistique. Le long titre (plus de 9 minutes) “Aus Ferner Zeit” en fait foi. A la fois le chant et tous les instruments démarrent ensemble à toute vitesse, puis se détachent allégrement des uns des autres. Il y a plus de riffs de guitare, mais remarque toujours la dominance du synthé. La musique se libère davantage sur une deuxième partie de la piste. C’est à ce moment là, qu’en plus de la voix gutturale, on perçoit brièvement une légère voix féminine et un arrière fond de choeurs. La fin du titre est une suite de passations entre la musique folkeuse avec ses quelques airs de cornemuse et la musique symphonique, jouées toutes les deux au synthé.

Le synthé si dominant n’aura ensuite qu’un rôle bien plus secondaire sur “Wenn Erdreich Bricht” où seuls la guitare rythmique et le chant ne donnent réellement vie à une musique devenue automate. Le rythme est ici plus apathie. Celà prend quelques airs à la “Summoning“. Il n’y a que sur les parties chantées que le synthé retrouve une place primordiale.

Les claviers sont également mis en difficulté, mais dans une proportion moindre, avec le titre “Fahrtwind”. C’est plus une sorte de curiosité. Les guitares prennent des rythmes assez inédits, balançant, très rock n’ roll.

Rekreatur” se termine normalement avec le titre instrumental “Kurzes Epos”. C’est un titre aussi édifiant que sa longueur. Au départ les guitares sont entièrement soumises aux claviers, puis elles tentent de se révolter en accélérant le rythme. Les claviers à leur tour emboîte le pas et un duel se créé aussitôt. La guitare joue un son abrupte à coté de la mélopée divine issue du synthé. Tout celà finit cependant par s’estomper. Un orchestre joue un air calme et attendrissant à l’aide d’airs de flûte et d’accordéon. On se laisse transporter. Puis on entend une voix féminine, qui fera par la suite place nette à une cavalcade folk, finissant rattrapée par un air symphonique. Tout celà produit une sacrée ambiance.

L’édition de luxe comporte en plus des versions acoustiques de différents titres issus de l’ensemble des galettes réalisées par “Equilibrium“. On retrouve un “Der Ewige Sieg” dans une version plus folklorique encore au son de la guitare acoustique et de nombreux autres instruments, dont l’accordéon et la flûte. Il y a également d’autres titres aussi splendides les uns que les autres. Celà plaira à tout le monde, y compris à ceux rebelles au metal.

Baladez vous gaiement et ressourcez vous dans les contrées sauvages et l’univers d’”Equilibrium“. C’est la valeur montante du pagan metal. “Rekreatur” risque de faire de l’ombre aux autres productions du même genre, alors profitez-en et ne vous trompez pas de chemin en cours de route. Vous risqueriez de n’en jamais revenir.

17/20

 

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