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477Nox Aurea : Ascending in Triumph

posted by admin on juillet 15th, 2010

Nox Aurea : Ascending in TriumphVous qui entrez en enfer, laissez tout espoir derrière vous. Les suèdois de “Nox Aurea” nous entraîne une deuxième fois dans les entrailles de la terre, là où on supposerait l’existence d’un monde fait de ténèbres, royaume d’un ancien dieu maléfique laissé au désespoir de ne plus jamais revoir la lumière du jour. Mais comme dit l’expression, “l’enfer est pavé de bonnes intentions”. Cela se vérifie avec un album fastueux qui démontre combien l’obscurité et la profondeur indissoluble peuvent être fascinantes.

A trop se pencher pour en déceler le fond, on finit vite par tomber.

Et on chute directement dans un bain de lave en fusion, dès le déclenchement du titre “Ascending in Triumph“. Un rythme doomesque, syncopé par endroits, s’empare alors du début de la piste. La guitare semble avoir un rôle prédominant, même si la majorité de la musique est l’oeuvre des synthés. Il s’enchaîne par la suite sur des sonorités plus symphoniques, renvoyant l’écoute vers une profondeur enchanteresse. Différents chants, différentes voix se relaient, s’assemblent avec plénitude, voir peut-être même une certaine lassitude qui leur seraient fictivement autodestructrice. La musique si harmonieuse, si envoûtante, ne nous laisse que peu de possibilité de sortie. Elle nous pousse littéralement vers le fond. Il nous est impossible d’apercevoir le moindre filet de lumière, même si on croit à tort le percevoir à quelques occasions, lorsque les synthés se mettent à rayonner ou lorsque l’on entend le chant de sirène d’Alice Persell. Ce sont des mirages qui nous poussent facilement à bout.

Le cheminement prolongé dans cet environnement sombre trompeur, nous permet néanmoins d’identifier clairement trois individus, ou plutôt trois voix, qui évoluent séparément l’une de l’autre, nous décrivant chacune leur sombre univers : deux voix growlées, dont l’une plus grave, accompagnée le plus souvent d’une musique apathique et prostrée sur elle-même, comme si le growl en question récitait des formules magiques animant d’une vie éphémère et sans éclat les différents objets que seraient les instruments ; l’autre voix, juvénile et stridente, fait des apparitions bien plus isolées, mais suffisamment mouvementées pour ébranler et influencer les instruments pris de palpitations enfiévrées plus assimilables à du black metal. Le chant féminin est le plus esthétique, mais pas le moins dangereux. Il est sournois et peut faire taire par sa seule présence les autres chants si terrifiants. On le croit plus humain par ses courtes litanies attendrissantes. Cette voix douce nous précipite dans une léthargie mortelle, offrant notre âme désarmée aux esprits malfaisants qui abondent cet univers hanté.

Sur “The Shadowless Plains”, la guitare tente, à demi-mot, quelques mélodies réconfortantes, se tapissant et luttant malgré tout contre l’insistance du chant grésillant, finissant même par succomber, résolue à ne plus désobéir et à suivre le rythme prédéterminé.

La mélancolie et la fatalité imprègne toutes les pistes. Les entames font vivre un très court moment d’innocence et de fragilité sur des notes de guitare acoustique et des pleurs de violons. Ce semblant de vie bascule très vite dans une chute vertigineuse au plus profond des abysses. Ainsi “My Voyage through Galactic Aeons” avait très bien débuté sur une musique féerique et étoilée. On pourrait croire à la fin de notre périple, mais la noirceur prend presque aussitôt le dessus et s’empare de la musique. Elle est alors lente et rampante, puis se transforme à nouveau et s’exprime par des martèlements énergiques. L’anxiété la gagne et se plie aux volontés des trois chants.

On la reconnaît plus désabusée et soumise que jamais sur “To the Grave I Belong”. A “Emendare”, dernier recoin inexploré de ce monde clos, elle ne se retrouvera plus que seule sur ses derniers moments de vie. Différents instruments classiques se suivent pour un dernier récital. Un piano solitaire joue les premières notes, puis s’ensuit le violoncelle, le violon, puis la flûte traversière, et à nouveau le violoncelle, le violon, puis la flûte, le piano isolé, tel une bougie, offre quelques soubresauts avant de s’éteindre.

Nox Aurea nous aura fait (vivre) un moment de grand isolement. “Ascending in Triumph” ne saurait être qu’une ascension sur la qualité d’une œuvre dantesque et étouffante. Le seul point négatif de l’œuvre serait la monotonie dégagée notamment par le relais des chants que l’on arriverait presque à anticiper. L’album restera néanmoins un petit joyau noir maléfique prélevé dans les hauts-fonds du monde souterrain.

“Criez après l’enfer : de l’enfer il ne sort

Que l’éternelle soif de l’impossible mort.” (Agrippa d’Aubigné, Les Tragiques)

15/20

 

 

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