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1988Riul Doamnei : Apocryphal

posted by admin on décembre 9th, 2011

Riul Doamnei : ApocryphalOn ne connait que trop bien « Cradle of Filth », formation qui a rayonné fin années 90, début années 2000 dans un style qu‘il a extirpé de l‘ombre. Le black mélodique avait son ambassadeur. Un représentant aujourd’hui éreinté, ayant fini par lasser, par laisser même indifférent. Cette illustre formation britannique aura tapé véritablement à l’œil d’un groupe transalpin, au point que ces derniers voudront leur suivre le pas. Naquit en 1999, « Riul Doamnei » traduit du roumain « Rivière de la dame » sort un EP assez remarquable en 2006. « Le Serpent Rouge » laissait entrevoir la naissance d’une figure de pointe dans le black mélodique pour l’Italie. Un album enregistré au Hate Studios de Vicence entre 2005 et 2006 vit le jour en 2007. « Apocryphal », inspiré par la vie du Christ et le christianisme se voulait être une œuvre des plus blasphématoires. Le sauveur devient ainsi frayeur. Son crucifix, un symbole de mort et une ouverture vers un autre monde.

C‘est après la très attrayante introduction atmosphérique « Rv. 9:01 », que l’on se rend compte que la formation fait preuve d’une prestation moins brillante que sur son précédent mini. « Nebula » arrive en force tout droit puisé d’un « Dusk… and Her Embrace » de « Cradle of Filth ». Le manque d’action marque la piste. Les instruments sont pris d’une certaine paresse, bien que cela ne sot pas entaché d’inefficacité. Un soli dans la pure trempe heavy metal parviendra en dernier tiers à jouer les trouble-fêtes et à semer l’agitation. Oui, la grande caractéristique de ce volume, c’est d’être un clone de « Cradle of Filth ». Federico pousse d’ailleurs les mêmes cris suraigus que Dani Filth. « Forgiveness Asleep at the Tyrants Palace » serait sans doute le titre le plus frappé par la confusion avec la respectable formation outre-manche. En plus du chant suraigu très caractéristique, une seconde voix grave s’additionne. « Magdalene For Vesper Requiem » composé tout le long de râles de jouissance féminine ne serait pas sans rappeler un morceau figurant sur le « Cruelty and the Beast », « Venus in Fear ».

On aura compris que le fort de « Riul Doamnei » ne repose pas sur l’originalité, du moins sur ce volume. Mais « Apocryphal » compte néanmoins certains atouts. Les claviers sont certes timides dans l’ensemble, mais on appréciera cette juste mesure, l’atmosphère mystique qu’ils dégagent. Pas de fioriture ou de grand étalage. Cette parcimonie sera appréciée sur « Hypostasis of the Archons », nous rendant une sensation de complète immersion. Tout n’est que splendeur apparente, fascination. Une harmonie que vient parachever « Siege Dawn to the Pillars of Heaven », aspirant à la sérénité malgré les palpitations qui le possèdent. Un idylle que « Sindon Consecration Sophisticated » peinerait à reproduire. Une certaine confusion règne dans les instruments. Celle-ci n’enlaidira aucunement le morceau. Il restera tout au plus potable et conservera une certaine fraîcheur. Comme le petit interlude « Haeretica (18th March 1314) » retraçant l’exécution de Jacques de Molay. Ce qui serait plus fâcheux en revanche serait le déroulement de « The Last Supper » (inscrit « The Lust Supper » sur le livret). Le riff d’entrée, répétitif et pas très élégant, donnera un faux élan au morceau. Quand on dit que la confusion n’a pas forcément de conséquence préjudiciable, ici, on s’en tient à un exemple inverse. On ne sait où trop comment se situer. Cela s’accommode de soubresauts incertains. On aurait ici quelques riffs heavy metal, ôtant le brouillard obscure y régnant. Sans pouvoir lutter plus efficacement, les claviers parviendront eux, à percer quelques rayons de lumières au milieu de cette obscurité.

À partir de cette analyse, on s’imaginerait que « Riul Doamnei » ne fait preuve d’aucune diversité. Il faudra se montrer plus vigilant. Leur musique cache parfois quelques entreprises plus risquées. « Legacy In Violation » en est une bonne démonstration. La violence, le tumulte seront ensemble consacrés dans une ambiance mélodique. On retiendra par ailleurs le riffing thrashy de la guitare rythmique. Riffing que l’on retrouve sur « Thy Name Is Legion ». D’un premier aperçu, sauvage et martelé, cela aurait ensuite tendance à se laisser dompter par la grâce des claviers. Comme quoi le diable imperator, celui qui domine les légions infernales, n’est pas celui qui porte le mal dans son essence.

L’œuvre Cradle-like réalisée par « Riul Doamnei » ne figurera pas dans les annales. Non pas parce que leur musique est mauvaise ou ennuyeuse, mais parce qu’elle peine à marquer, à sortir de l’ombre de certains géants. L’écoute du volume est tout ce qu’il y a de plus agréable, hormis quelques petits dérapages. C’est dans la plus grande audace que l’on constitue les plus beaux blasphèmes. Celui de ces italiens n’est que la redite d’un autre. Grandement dommage quand on sait leurs capacités à réaliser leurs propres actes d’hérésie.

13/20

 

 

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