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2164Oprich : Sever Vol’nyj

posted by admin on janvier 21st, 2012

Oprich : Sever Vol'nyjCertains auront probablement du entendre parler du groupe russe « Oprich ». Du moins ceux qui s’intéressent au folk/pagan. Il a contribué à deux split-cds, d’abord avec le fameux « Kroda » en 2005, et avec à nouveau des ukrainiens, ceux de « Chur » en 2008. Rien d’autre de leur part jusqu’à 2010, où ils se décident enfin à sortir un premier album. « Oprich » affiche la fierté de tout un peuple, pour son Histoire, pour son patrimoine. Il est sujet ici de combats et d’attachement à cette terre qui a fait naître les slaves sur des peaux d’ours et de loups, comme aime à le rappeler la formation. Le Nord est à l’honneur sur ce « Sever Vol’nyj », sorti sous le label Casus Belli Musica. Cependant, on serait bien loin de la qualité qu’offriraient « Kroda » et « Chur », deux groupes qui auront su faire leur bonhomme de chemin contrairement aux russes d’« Oprich » désespérément à la traîne.

On aurait pourtant eu droit à une assez belle chanson sur l’hiver pour première piste. « Prikhodi, Zima » se dénude tout en finesse et en légèreté sur l’entame. La flûte sifflote comme un oiseau curieux assistant à la scène. Ces sonorités, comme ceux en provenance de la guitare, paraîtraient peu assurées et maladroites. Ce côté balourd, parfois abrasif, aurait tout de même un certain charme pour les plus habitués. On serait certainement moins indulgent avec le chant peu avenant et semi-phrasé de Pan. Il en deviendrait énervant et presque constipant sur les couplets de « Predki ». Pour dire, c’est horriblement poussif. Il n’y a pas que le chant qui se verra frapper d’un tel constat, mais aussi la musique sur le plan de sa rythmique. Certes c’est fort, mais on obtiendrait quelque chose qui aurait été davantage forcée, que libérée. Pourtant les guitares et la flûte semblaient valdinguer ensemble au début du morceau.

La tare de l’album est sa grande répétitivité. On pourrait aussi accorder cela au manque d’âme de ses instruments. La flûte n’aurait que peu d’aura sur « Sechyli Raskali Kilnok ». Heureusement les guitares relèveront le défit et se lanceront à l’attaque dans un pagan plutôt bien maîtrisé dans l’ensemble. Des riffs lourds et écrasés, plus précis que ceux de « Kupala ». Pour ce qui va concerner le premier tiers de ce dernier toutefois, car pour la suite cela révèlerait un rythme soutenu et prenant. Les passages mélancoliques accompagnés du chant féminin feront penser au compatriote « Tverd », petite figure du folk pagan slave en devenir. Une relation à ce groupe se retiendrait aussi pour le mélancolique « Doroga ». Des chants d’oiseaux, une narration, qui précéderont les belles mélodies produites par la flûte pour nous conquérir. Encore une fois, le chant et une rythmique compressée mettront à plat tout ces efforts. Cette rythmique solide et concassée serait carrément un défaut omniprésent, même quand le chant se montre moins encombrant, comme pour « Nekhristi ». On aurait à la fois voix claire et growl de Pan, accompagnés du chant féminin. Ce mélange donne un semblant de richesse à ce morceau particulièrement orageux.

Les growls domineront « Gnev », dans un folk/pagan à la fois folâtre et dissuasif. Dès le milieu de piste un changement se produit, le style se rapprocherait soudainement d’un « Arkona » pratiqué sur « Vo Slavu Velikim », froid et tendu. Y figurerait également un passage acoustique bienvenu. On sépare ainsi le bon grain de l’ivraie. Rare de trouver un titre entièrement performant. S’il fallait en retenir un seul ce serait la très douce ballade « Prochschal’naya ». « Oprich » nous emmène ici dans les limbes d’un acoustique émotionnel et proprement mémorable, jusqu‘à introduire brièvement la balalaïka. Une beauté que l’on aurait souhaité pour le reste de l’opus.

Rageant que la formation « Oprich » ait attendu aussi longtemps pour sortir un premier album, aussi bateau. Un album vraiment approximatif et malmené, alors que l’on perçoit un sens technique quasiment inexploré, ne demandant qu’à se révéler au grand public. Son titre de fin nous le prouve. Rien de proprement désastreux de la part des russes, mais il est clair qu’avec ce genre d’opus, ils ne sont pas prêts à fait de l’ombre à des formations de la même veine, qui ont fait leur preuve, à l’instar de « Chur » et de « Tverd », précédemment cités. Le Nord n’est pas anémique de bons représentants. Sa liste s’étendrait à l’infini, mais le groupe « Oprich » ne compterait pas encore dans cette liste.

11/20

 

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