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2286Ralf Scheepers : Scheepers

posted by admin on février 17th, 2012

Ralf Scheepers : ScheepersOn pourrait affirmer la réalisation d’un premier album solo comme le couronnement d’une carrière pour un artiste. Pas dans tous les cas, c’est vrai. Certains perçoivent cela comme un nouveau départ, un moyen de se détourner de leur formation d’origine, parfois même sans se retourner. Ne retenez pas cette dernière idée pour la star du power metal allemand Ralf Scheepers, qui lui n’est absolument pas prêt d’abandonner sa formation « Primal Fear », ou de se consacrer entièrement à une carrière solo. Ça fait aussi longtemps que le monsieur est dans le circuit: un temps chez « Gamma Ray », un temps pressenti pour devenir le successeur de l’immense Rob Halford chez « Judas Priest ». Le chanteur aura imposé par ses muscles et ses performances vocales au point d’être aujourd’hui estimé par tout le milieu. Une estime que l’on retrouvera sur l’album solo de Sheepers, simplement intitulé à son nom et sorti en 2011 sous Frontiers Records, le même label que pour les dernières sorties de « Primal Fear ». Et de « Primal Fear » il en serait pratiquement question tant le projet tend à s’approcher singulièrement du combo de l’aigle de metal. Et cela malgré les nombreux et prestigieux intervenants sur l’album.

Ainsi, on ne sera pas trop surpris de retrouver des traces de « Final Embrace » dès le lancement de « Locked in the Dragon ». Une entame démente qui laissait présager du lourd. Ce sera au final un brin plus posé. Cela dit une rage inhabituelle ressortirait de la voix de Scheepers durant le refrain, agissant comme une éruption. Il y aurait donc ici un heavy metal plutôt rugueux, sec, qui rappellera certainement le « Primal Fear » vif et incandescent de leurs débuts. Surtout que le fidèle compère Mat Sinner est de la partie sur tous les accompagnements basse du volume, coécrivant également quelques titres et produisant l’album, comme il fallait bien en douter. La batterie s’est choisie également un intervenant régulier en la personne du métronome Snowy Shaw. On admirera sa grande régularité sur un autre titre heavy tout aussi percutant. Le très ombrageux « Cyberfreak » dresse un portrait peu flatteur du geek. On pourrait y voir une petite vengeance adressée aux pirates informatiques accrocs au téléchargement illégal. Après « Final Embrace » ce serait à une nouvelle performance de « Primal Fear » auquel on fera référence sur cette invitation au headbang qu‘est « Play with Fire ». Un power metal survolté et décapant qui rappellerait bien « Nuclear Fire ». Difficile de décrocher à l’écoute de ce tir groupé et de ces lignes mélodiques chargées en électricité.

On ferrait également donner du tonnerre avec « Back on the Track », mais au lieu d’avoir un feu nourri persistant, il s’entrecoupera dans des changements rythmiques. Des changements d’humeur aussi, si on en croit le chant de Scheepers, tantôt rageur, tantôt affecté. Le titre se laisserait difficilement cerner. Un autre tout aussi difficile à appréhender jouerait sur l’ordre des sentiments. Scheepers nous chanterait une berceuse dans un premier temps sur « The Pain of the Accused », plein de douceur et de compassion. Juste après ce premier tiers acoustique, la musique se soulève, prenant une indicible aura. Sa voix gagne en volume, devenant saisissante et insurmontable. Nous voila scotchés par la seule force d’une voix. Elle fait part de sa douleur au travers de mots lourds de sens, trahissant l’impuissance d’un être humain face à son destin, face au regard des autres. Ce serait moins la douleur, que la frayeur qui s’imprégnera de « Doomsday ». L’atmosphère se ressent lourdement sur l’entame, jusqu’à ce que le symphonique prenne temporairement le relais. Puis, un heavy metal à mid tempo regagnerait ses droits sur la suite. Le refrain se montre fin et précis, quoiqu’il aurait tendance à s’éterniser à la longue. Quelques très brèves touches symphoniques d’entrée pour « The Fall ». De nouveau un heavy metal à mid tempo, et cela s’enchaîne bien plus tranquillement que sur « Doomsday ». Les guitares de Sander Gommans et Alex Beyrodt n’offriront aucun détour, imperturbables à ce qui les entoure.

Sander Gommans qui aura beaucoup participé, à la guitare et à l’écriture, tout comme Magnus Karlsson qui jouera notamment sur « Saints of Rock ». À ses prémisses, cela s’annonçait dur, percutant, nous aurons droit en fait à un petit hymne bien sympathique. Malgré les airs parfois assombris en provenance de la guitare, le chant se montrerait totalement détaché, dictant la conduite à suivre. Ce titre est à des lustres de ce qu’il nous avait habitué chez « Primal Fear », incluant un passage complètement barré, où on mélangerait en bouillon diverses sonorités, et cela avant le dernier tiers piste. Ralf Scheepers continuera encore à nous surprendre; ce serait pour le dernier titre de l’opus cette fois. Voilà une très belle ballade légère et joyeuse empruntée à un authentique style folk rock. Le banjo et l’accordéon, en plus de la guitare acoustique joueront, contre toute attente, les dernières notes du volume. Ralf ne semblerait pas avoir oublié son attachement à « Judas Priest », certaines chansons s’inspireraient directement de la musique du groupe. On retiendrait ainsi le sec et blindé « Dynasty ». Un titre où rien ne dépasse, nivelé, brut. C’est du heavy metal sans vergogne. Il n’y aurait que sur la deuxième partie de piste que des lignes mélodiques pourront s’étirer. Plus convaincant et davantage assimilable au « Judas Priest » des eighties, « Remission of Sin » figure comme une passe d’armes mémorable entre deux hommes. Son grand rival Ripper Owens, celui qui avait été préféré à Scheepers pour la succession d’Halford, répond donc à l’invitation du chanteur. Ensemble, de leur efforts conjoints se créera une force sans précédent, qui laisserait en revanche la guitare de Karlsson un peu abasourdi. En bon disciple du Père Halford justement, Ralf n’oubliera pas de consacrer une reprise au groupe qu’il la fait vibrer secrètement tant d’années. Il choisira donc l’un des titres les plus élégants de la formation britannique, « Before the Dawn ». Une chanson qui s’écoule tendrement. La reprise serait juste un poil plus pressée que l’originale.

Un album solo à la hauteur du bonhomme. Il fallait bien entendu s’attendre à ce que le style s’approche de celui de « Primal Fear », la formation de cœur du chanteur. Un attachement tel qu’il est illustré sur chacun de ses bras. Cependant, Scheepers irait des fois là où on ne l’attend pas. Ce serait effectivement le cas pour ses compositions personnelles (« Saints of Rock », « The Pain of the Accused » et « Compassion ») qui, on doit le reconnaître, atteignent un très bon niveau qualitatif. Pas sûr néanmoins que le chanteur continue à poursuivre cette entreprise solo, en parallèle à « Primal Fear ». Pas qu’il n’en ait pas les moyens ou la forme, loin de là. Mais, ce « Scheepers » se vit plus comme une expérience unique de la part d’un grand chanteur. Comme s’il nous délivrait tout ce qu’il avait voulu nous dire, ses peurs, ses pensées.

15/20

 

 

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