chroniques et interviews metal

2313Forgotten Tales : The Promise

posted by admin on février 24th, 2012

Forgotten Tales : The PromiseÀ l’aube du 20ème siècle tout le Canada est conquis par les anglophones. Tout? Non! Une petite province francophone résiste encore et toujours à l’envahisseur. Le Québec, pour ainsi dire, se distingue toujours de ses « méprisants » voisins, car volontiers plus tourné vers l’Europe que des opulents et encombrants Etats-Unis d’Amérique. Cette distinction se retrouverait aussi dans la pratique de sa musique metal. Rappelons que le Québec est d’abord réputé pour son death metal, son black metal à tendance dépressive, mais aussi, et plus encore maintenant, pour son power mélodique; cadeau de la lointaine Europe. « Forgotten Tales » a été en ligne de front du power mélodique québécois. Autrefois groupe de hard rock nommé « Cyclone », il mise sur un changement complet en 1999, devenant ainsi « Forgotten Tales ». Un changement produit très certainement sous l’influence du producteur et manager René Pineault, véritablement marqué par la découverte de la scène européenne au début des années 90, et de groupes comme « Helloween », « Stratovarius », « Blind Guardian », qui ne passent plus aujourd’hui pour des inconnus au Canada. Il faudra attendre 2001 pour la sortie du premier volume de ce nouveau projet. « The Promise » s’inscrit dans une relation directe à l’Europe et à ses formations les plus prestigieuses, véritables standards pour ces québécois. La chasse au dragon est pour ainsi dire ouverte.

L’intro ne laisserait rien paraître de proprement grandiose. On pouvait s’attendre au final à quelque chose d’assez conventionnel (ce qui sera tout de même le cas) et de très plat, à l’écoute de ces orchestrations lisses et artificielles, dont le seul but est de nous mettre en attente d’un correspondant. Et la dame qui va nous répondre au bout du fil va tout de suite nous calmer, on devine dès lors à la voix que Sonia Pineault doit avoir un sacré caractère. On aurait du l’embaucher dans l’administration, tiens. Elle se révèle être une excellente chanteuse, débordante de vitalité et de vigueur sur « Word of Truth ». Un titre à forte mélodicité, palpitant par son riffing emprunté à la formation teutonne « Helloween ». Il faudra ajouter « Gamma Ray » et son leader Kai Hansen qui auraient tout principalement inspiré les guitaristes, si on en croit notamment « Sanctuary ». On y relève ces airs assez naïfs et soutenus en apparence. Notre avis serait plus partagé pour « Cold Heart ». D’abord parce que le titre révèle quelques faiblesses, au niveau de la batterie, très plate, et au niveau de la structure du morceau, redondante, principalement sur son refrain. Mais aussi parce que se mêle à la pâte allemande, la pâte finlandaise, privilégiant la fluidité et l’utilisation des claviers. Un mélange que l’on retrouve sur l’éponyme « The Promise », de manière plus réussie cette fois., offrant de nombreuses ouvertures aux différents instruments. Un titre riche, avec un certain degré épique, nous rappelant un peu le travail de ce qui était à l’époque « Rhapsody ».

De la pâte finlandaise, il sera indéniablement question de celle-ci concernant le titre « Gates Beyond Reality », avec une grosse référence à « Stratovarius » et à « Sonata Arctica ». Particulièrement pétillant, énergique, avec un fort engagement des claviers, parfois en mode clavecins. La chanteuse aurait même choisi d’usurper les intonations propre au chanteur de Sonata, Tony Kakko. Les scintillements claviers en provenance de Scandinavie, l’harmonie radieuse seront également privilégiés sur « Deadly Grasp ». On en friserait presque la symphonie, tellement on en arrive à une tournure quasi-orchestrale. Hormis son break dans le début de la seconde partie de piste, tout part feux allumés. Plus contenu en revanche, mais toujours dans la magie Stratovariusienne « Endless Dream » fait pourtant doucement monter la pression. Très doucement, d’accord. Mais on parviendra tout de même à un refrain fort et envoûtant et à un duel mouvementé entre la lead guitare et les claviers sur le dernier quart piste. Cela dit, c’est long, faiblard, lassant au bout de deux minutes. « She’s Falling » fait aussi part de sa grande timidité, mais ce titre serait joué dans un tempo beaucoup plus lent, lancinant, ressortant des airs chaloupés et berçants, essentiellement sur son refrain. Sonia étale alors sa voix en largeur, nous révélant une face plus compassionnelle de sa personne. On jouera de nouveau sur la corde sensible avec la belle ballade « Far Away ». Son entame est d’ailleurs ravissante. La voix de Sonia prend du poids, de la force, au point de soutenir à elle seule la performance du morceau. Il faut dire que le reste peine à suivre. Trop abattu, si on peut dire. Les quelques chœurs paraitront moribonds, pas éveillés du tout. Dommage au vue de l’efficacité du chant.

Dommage aussi qu’une formation du Canada francophone ait choisi l’anglais, la langue de l’« occupant ». Mais avant de se soucier des rivalités linguistiques, notre formation songe à son avenir, les yeux tournés vers l’Est, vers les pays du vieux continent et sa prolifique scène power mélodique. Il en reste néanmoins que ce « The Promise » est un pied de nez à l’Amérique anglophone. Un choix singulier, un acte de résistance face à la prolifération du death et du thrash anglo-américain sur le nouveau continent. Le produit mériterait toutefois de gagner en personnalité et en technique pour que cela puisse véritablement porter l‘estocade. Contrairement à beaucoup de formations, « Forgotten Tales » rêverait de traverser l’Atlantique d’Ouest en Est à dos de dragon.

14/20

 

 

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