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2451Hellixxir : Corrupted Harmony

posted by admin on mars 31st, 2012

Hellixxir : Corrupted HarmonyJuillet 2011: Le thrash metal français est endeuillé. Il perd un de ses éléments représentatifs et talentueux en la personne de Camille Marquet, bassiste et chanteur de la formation grenobloise « Hellixxir ». Celle-ci officie depuis 2001 dans un thrash metal bien peu réjoui. Tout ne serait qu’annihilation et aigreur dans leur musique. Leur premier volume sorti en 2007, « War Within », montrait au grand jour toute la finesse et la richesse de structures approfondies, ne laissant plus qu’à développer la technique en touche de finition pour le prochain album qui allait venir. Celui-ci apparaitra bien plus tard, en 2011 plus exactement, et de nouveau autoproduit. Le décès de Camille va durablement imprégner « Corrupted Harmony », à commencer par sa pochette où y figure un logo du groupe très stylé. À la fois sombre, froid et d’une étonnante sobriété. Entre le siège de salon de coiffure et la chaise électrique, on serait bien tenté de s’accorder pour le second, tellement le meuble en question, d’utilité anodine, peut paraître effrayant. Par un événement probablement lié au destin, ce siège restera vide éternellement. Nous serons ainsi partagés entre douleur, colère et tristesse comme pour le précédent album. À la différence importante que « War Within » était beaucoup plus équipé pour affronter l’avenir. Concernant le dernier, planerait effectivement un doute sur la qualité du travail de certaines de ses compositions. L’intérêt ne se portera donc incidemment pas sur l’ensemble des titres de l’album au grand complet. Ce n’est en tout cas pas le résultat escompté pour 4 ans d‘une attente que l’on pouvait estimer pleine d‘enthousiasme et d‘espoir. La brutalité en plus, la sophistication en moins, s’il fallait en gros résumer cela.

C’est vrai que l’on dénote quelques changement par rapport à leur premier volet: leur musique aurait pris du poids, de la puissance. La confusion qui régnait sur « War Within » serait cette fois plus difficilement malléable par les membres, comme on pourrait le constater notamment sur « Punishment ». La rythmique hargneuse entretenant le tumulte thrash metal serait de bon aloi. Cependant il en serait autrement pour la batterie, faisant preuve de malhabileté, de maladresse. Le style, sans tenir compte des growls immanquables sur cet opus, serait à rapprocher à celui de « Five Serpent’s Teeth » des britanniques « Evile », qui n’était déjà pas en soit d’une éblouissante réussite. « Birth of the Evil » jouirait davantage de ce style. Leur thrash metal insistant et incisif nous sert là de guide en enfer. Techniquement, c’est élaboré, assez finassé. Les guitares profitent plutôt intelligemment des sorties qui leurs sont octroyées.

Comme convenu, les pistes instrumentales seront l’occasion pou celles-ci de faire l’étalage de toute leur technique. Cela se rapporte à l’éponyme « Corrupted Harmony », où elles ouvrent le feu dans des riffs minutieusement emboitables après une entame de crissements de vieux vinyl sous fond acoustique. Cet air surgira à nouveau, pour initier un dernier passage en mode progressif. Ce qui est assez étonnant venant de leur part. Néanmoins, l’appréciation retenue serait en demi teinte à cause des bavures et autres éclaboussures ayant encore pour origine la batterie de Romain Charbonnier. Celle-ci ne se montrera pas aussi instable sur l’autre instrumental, « Kill the Paradise ». L’esprit qui en ressort est indéniablement fataliste. Entre colère, dégoût et abattement. Ils ont eu le sérieux de ne pas nous mener à une seule ligne directrice, de nous en indiquer au contraire plusieurs. Leurs instruments parviennent à nous tourner en bourrique, malgré parfois une certaine retenue affichée de leur part. La richesse de ce morceau, c’était aussi ce qui faisait l’attrait de la musique du premier volume, « War Within ». Hors, le volume présent ne reprend plus vraiment cette touche musicale, ce déséquilibre mélodieux parvenant à fasciner.

« Hellixxir » a fait le choix d’une méthode plus rugueuse allant de paire avec le growl. À titre d’exemple nous avons « Blood Writings » avec ses riffs salvés et sa rythmique linéaire. Le seul véritable attrait pourrait être l’alternance du double chant, de la dualité entre l’âpreté d’un côté et l’énergie de l’autre. Les soli déjantés attireront également l’attention. Comme ceux de « Oppressions », bien inspirés pour le coup. Il y aurait de la violence, de l’agitation, mais, elles ne seraient représentées que par un chant nerveux passant un peu à côté et des riffs déjà épuisés jusqu’à la trogne. Cependant, il y a de la réactivité. Lorsqu’ils se permettent d’être inventifs et de pousser plus loin leur musique dans des tréfonds à priori insondables, cela donne déjà un meilleur produit. On en retient « Declaration of War », peu aidé par la batterie, mais détournant des habitudes. Les instruments se mettent à défi. C’est certes assez répétitif, mais il y a de la recherche, des passages perfectionnés, pointus, surtout après le premier tiers piste.

Après la rudesse, c’est aussi la lourdeur du produit qui se décèle le mieux. Il n’est pas erroné d’affirmer une influence du doom metal chez quelques uns de leurs morceaux. Les couplets de « Constant Fear » puisent d’ailleurs dans cette fibre, en intégrant une rythmique lente, sombre et prédatrice. Idem concernant « Faces of Death », encore plus frappant quand on en vient à son break glacial et sinueux en milieu de piste. Les notes nous viennent alors une à une, comme pour nous faire une confidence. Le plus inquiétant et barré sera sans nulle doute « Bloody Mary ». Si on en retient toutefois seulement l’entame et le dernier tiers. Pour le reste, les riffs tournent sur eux-mêmes, en boucle, avec toujours cette batterie mal fichue en couverture.

Obscur, rageur, sans être plus performant que son prédécesseur. « Hellixxir » aura du mal à défendre le thrash metal français aussi brillamment que son compatriote « Blackness ». Le groupe grenoblois ressemble de plus désormais musicalement à ce dernier. Depuis le décès de Camille Marquet, un grand point d’interrogation pointe désormais au dessus de l’avenir du groupe. Nulle doute que l’équipe a désir de continuer. Peut-être pas dans le meilleur état d’esprit. Il faut maintenant attendre un troisième album pour espérer voir nos grenoblois rebondir et effectuer leur deuil. Pour cela, ils devront se familiariser avec cette nouvelle formule, tenter de combler les éléments qui ne vont pas, au premier chef la batterie qui a casser le rythme et le charme de plusieurs titres. Espérons qu’à la suite cette période trouble, « Hellixxir » puisse enfin goûter à la lumière en révolutionnant un thrash metal français que l’on déplore insuffisamment ambitieux.

13/20

 

 

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