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2589Running Wild : Shadowmaker

posted by admin on mai 1st, 2012

Running Wild : ShadowmakerÀ partir d’ici devrait être apposé le panneau suivant: Attention! Chute de soucoupes volantes! Port du casque obligatoire. Je vous annonce dès lors la survenance du crash d’un des plus gros bolides du heavy metal allemand. Le légendaire « Running Wild » n’est plus qu’une machine en péril mes chers amis. Quelques années auparavant, en 2009 pour être plus exact, nous croyons l’avoir quitté pour toujours. Des larmes plein les yeux nous chantions « Conquistadores » sous les adieux de Rock n’ Rolf, notre bon capitaine. Le mythe s’est évaporé au large, tel un vaisseau fantôme, nous laissant en mémoire toutes ses belles aventures, ses conquêtes, ses trésors. Puis, contrairement à toute attente, le vaisseau réapparait au loin fin 2011. Quand je dis « vaisseau », je veux dire « vaisseau spatial », ce n‘est plus du tout le même navire dont on fait allusion. « Running Wild » aurait traversé les époques durant cette courte absence. Notre bon capitaine Rock n’ Rolf réapparait en tenue spatiale, déclarant à la foule empressée devant pareil phénomène, le grand retour du groupe et un nouvel album pour la moitié 2012. La foule semblait ravie, rares étaient les mauvaises langues présentes. Elles arriveront plus tard, quand sera révélée la pochette de cet album ô combien attendu, celle de « Shadowmaker ». Paraîtra aux yeux des manants ébahis un croquis grossier de la tronche du leader de « Sabaton », Joakim Brodén, avec des ailes des chauves-souris sur chaque côté. Une farce? Non! Les optimistes espèrent encore que le contenu de l’engin sera à cent années lumières de cette …. caricature. Les malheureux! Pourquoi les êtres les plus fidèles et crédules sont-ils voués à pareille souffrance? Oui, pourquoi? “Oh mon Dieu. C’est pas possible… Deux mille ans plus tard, nous étions revenus sur la Terre. Ce monde de cauchemar c’est la Terre. Ah les criminels ! Ils les ont fait sauter leurs bombes ! Ah, les fous ! Je vous hais ! Soyez maudits jusqu’à la fin des siècles !” Bouhouhou!

Les débuts s’annonçaient corrects, bien qu’inférieurs à notre dernière rencontre studio avec « Running Wild ». Et oui, sans être la meilleure réalisation de la formation « Rogues en Vogue » avait du tonus, de la pêche. C’est avec une relative appréhension qui nous contemplerons le noyau « Piece of the Action ». Manquant de jus et de spontanéité, on pourra l’apprécier en revanche pour sa rythmique palpitante, l’enthousiasme qu’il dégage. Ce n’est même plus à proprement parler du heavy metal. Plus un hard rock échaudé, qui aurait fâcheuse tendance à s’inspirer de ce qu’il y avait du plus redondant dans les années 80. Dans le plus couillu de l’album, on retiendra également le poussif « I Am Who I Am »; Réflexion métaphysique d’une grande complexité qui amènera Rolf à répéter les mêmes mots sans pourtant faire avancer le schmilblick, au grand dam de la boîte à rythmes languit qu’un tel discours ne produise nul effet. Ah oui! C’est vrai j’allais oublier pour le coup de signaler que les rangs de la formation se sont …. rafraichis. On ne compte plus que Rock n’ Rolf au chant et à la guitare et Peter Jordan en second guitariste. Ils devront certainement embaucher s’ils veulent se produire en Live. Souhait que Rolf avait formulé, dans la cas d’une bonne réception du dit produit, s‘était-il cru obligé d‘ajouter. Il ne prend décidément aucun risque.

Monsieur Rolf Kasparek aurait-il perdu son sérieux? Apparemment, il avait bonne humeur quand il a enregistré cet objet ballant non identifiable. Beaucoup d’enthousiasme sur « Riding on the Tide », ne parvenant pas à combler en totalité les imprécisions musicales et le ton grippé des guitares. On friserait parfois le FM, jusqu’à s’y enfoncer dedans jusqu’au museau, comme le témoignerait le sidérant « Me + the Boys ». Croisement improbable entre un « We Will Rock You » de « Queen » et un « Our House » de «  Madness ». C’est à la fois entraînant et ridicule, le comble. Dans cette fibre innocente, indécente, « Sailing Fire » attirera toutefois notre sympathie. Les guitares sembleraient être plus inspirées, guillerettes et virevoltantes. Par contre, ce serait presque cette fois le chant de Rolf qui fourcherait. Ni lui, ni l’autre ne parviendront à nous emballer sur le constipant « Black Shadow ». Voix et riffing s’étirent sans vigueur et dans la douleur, puisant allégrement dans une tonalité pseudo-nonchalance, sensée de manière malhabile nous séduire. À peine mieux senti qu’un « Locomotive » au hard rock bien enrayé, monotone et sans imagination.

Le dernier cité se rapprocherait par son style d‘« Into the Black », lui aussi dans un rock à l’ancienne peu approfondi. Son refrain attachant et une présence plus affirmée des grattes sauveraient quelques meubles de l’incendie. Un incendie que continuera à alimenter le titre éponyme. Très emballé, on s’attendrait naïvement au départ à du sérieux, enfin on croit à un sursaut pour sauver l’honneur. Maudites soient les croyances futiles! Force est de constater qu’encore une fois rien de concret ne se produit et que c’est répétitif à ne plus en pouvoir. Il y aura cependant quelques soli salvateurs, venus étoffer cette masse étouffante et indigeste, et ce n’est pas un mal. On enfonce le clou ou plutôt le pieux avec un « Dracula » qui saura améliorer le niveau des mélodies, pas du chant. C’est soit l’un, soit l’autre, soit rien du tout. Le morceau s’avèrera également ennuyeux, sans effet, malgré un jeu plus percutant, plus riche. Le martellement concassé de la boîte à rythmes n’aide en tout cas pas beaucoup à son assimilation. Dommage, il y avait de l’idée (pour une fois) sur ce titre. « Dracula » débute et se termine sous une vraie ambiance d’enterrement. Est-ce les funérailles de « Running Wild » auxquelles on assiste?

Peste! Rock n’ Rolf nous aura mené en bateau cette fois. Après des adieux déchirants, on s’attendait pas à revoir cette formation incontournable du heavy allemand virer sec de bord et sombrer au plus profond d’un trou noir intergalactique. Les robots pirates de l’espace tomberont bas dans notre estime après ce fameux « Shadowmaker », dont on retirera une impression de pas fini, de foutage de gueule. Ce n’est pas un luxe que de devoir tirer au rayon laser sur cette soucoupe barbante. Rock n’ Rolf a réalisé un album sans avoir pris le temps et la distance nécessaires. S’en est flagrant à l’écoute de ces compositions dont on jurerait qu’elles ont été labourées à la bêche. Une grande leçon de futurisme en carton et papier aluminium.

10/20

 

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