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2789Hawkwind : Onward

posted by admin on juillet 8th, 2012

Hawkwind : OnwardLes soucoupes volantes sont peut-être passées de mode, mais les anglais de « Hawkwind » en redemandent encore et toujours. Cette équipage de spationautes que l’on croyait avoir perdu au fin fond de l’univers a refait surface sur nos instruments de détection. Après un « Blood of the Earth » d’envergure, on se tardait d’impatience d’avoir du neuf de la part d’une antique et prestigieuse formation quasiment toujours à l’avant-garde, malgré les décennies qui défilent. L’attente sera récompensée avec la découverte d’une nouvelle planète habitable par le vaisseau « Hawkwind » en 2012. Dave Brock et ses hommes auront fort à faire pour explorer entièrement cette surface, réservant ses secrets, qu’ils auront baptisé « Onward ». Les prélèvements effectués sur cette sphère isolée dans l’espace, nous indiquent une composition et un climat assez similaire à sa voisine « Blood of the Earth », à des années-lumière donc des étoiles psychédéliques découvertes durant les années 70 par le groupe. Cependant « Onward » se distinguerait encore nettement plus par sa constitution à la fois progressive et lissée. Après analyse l’endroit se révèlera propice à l’établissement et au peuplement humain. Venez vous y ravitailler sans crainte des extra-terrestres.

C’est pourtant un instant de crainte qui ouvre l’album. Sur l’entame de « Seasons », on sent d’abord les pas hésitants, un éveil qui nous trouble toute perception. Puis une force inextricable s’accapare de nous et met en alerte tous nos sens. Mitraillage laser, particules en ébullition. C’est à un phénomène assez extraordinaire auquel nous assistons. Pour autant, « Hawkwind » ne nous convierait plus au space rock déjanté d’autrefois. Bien que l’on reste dans le paranormal et la rencontre du troisième type, l’ensemble ne part plus autant en vrille. Des éléments comme le chant et le riffing de guitare sont des points d’encrage avec la réalité. Une vaste échelle semblerait relier la terre ferme à leurs nouvelles étoiles. Ainsi, ce qui nous apparait dans une première approche être un rock très classique sur « The Prophecy », se voit noyé par les sonorités spatiales des synthétiseurs. Le groupe s’amuse à nous téléporter dans des endroits différents aux confins de la galaxie. Dans des lieux impossibles à coloniser comme c’est le cas avec l’oppressant « The Hills Have Ears ». Nous y subissons les ravages dus à la radiation et au fourmillement des sonorités électriques.

Heureusement, tout n’est pas que fournaise. Le vaisseau pourra librement accoster dans la plénitude de l’instrumental « The Drive By ». Océan de vapeur et de volupté. Futuriste dans son aspect, au même titre que l’enivrant « Southern Trap », rythmé par des percutions sud-américaines. Dans un style acoustique cette fois, plus proche de notre Terre, la ballade de folk rock « Mind Cut » nous réserve encore un moment de totale quiétude. On est alors loin du remue-ménage apporté par « Death Trap », plus évasif cependant par rapport à l’original du groupe datant de 1979. Cette reprise aurait perdu de sa fibre punk apportée par feu Robert Calvert. Le même personnage qui aura signé « Aero Space Age », titre enthousiaste que l’on retrouvera parmi les bonus live du second cd d’« Onward ». Oui! « Hawkwind » ce sera montré doublement généreux. Au sein de ce second cd et au beau milieu de nouveaux titres studio, sera inclus aux côtés d’ « Aero Space Age », les bonus live du vibrant « Right to Decide » et du jazzy « The Flowering of the Rose ». Tous trois bénéficiant de la grande maîtrise des synthés de Jason Stuart.

Pour que s’écoule un album aussi long, quelques petites interludes, ou pauses, ont été ajoutées. On invoquerait donc « System Check », sorte de communication passée entre différents opérateurs, « Trans Air Trucking » utilisant une atmosphère oppressante assez similaire, et « Electric Tears » à la fois ébloui par la lumière et égaré. Comme si ce n’était pas suffisant, le groupe amène une réelle dynamique en renforçant parfois son côté barré, comme on ne l’aurait pas assez croisé depuis un bon bout de temps. C’est à la fois vrai pour le déroutant « Computer Cowards » nous plongeant là dans le stress de la vie quotidienne, ça l’est aussi pour « Deep Vents » qui après un harcèlement de sons familiers, nous invite à jouer sur une ancienne borne arcade. Le groupe, sans doute pour se donner bonne conscience, et gavé par les artifices futuristes, ira se ressourcer dans le monde sauvage et animal. Elle cherchera à entrer en harmonie avec les loups sur le sinistre et doux « Howling Moon ». Sur « Green Finned Demon » son attachement sera porté à l’univers liquide et aux abysses. L’auditeur sera mis en étau entre les échos de cétacés et un bouillonnement quasi permanent. Ce n’est plus vraiment ici l’univers spatial si familier à « Hawkwind », bien que la piste 18, titre mystère sans nom, vienne réparer cette entorse à la règle par un combat intergalactique des plus intenses.

Oubliez l’exubérance des années 70 et la nostalgie. « Hawkwind » se réinvente jour après jour. Décomplexé avec son époque, usant de la matière selon ses propres fantaisies, « Hawkwind » est toujours une formation d’actualité. Le temps comme l’auditeur semblerait n’avoir aucune prise sur ses créatures. Avec « Onward », « Hawkwind », par delà la voie lactée, atteint la voie de la sagesse. Une sagesse dont ne sauraient peut-être se contenter les amateurs du groupe excentrique et baba cool. Musicalement trop progressif, faisant parfois dans la musique d’ambiance pour ascenseur. Ces quelques rares détracteurs sont des vieux grincheux. Ils devront admettre que le parcours de Dave Brock ne se résume pas à voyager dans un même système solaire.

15/20

 

 

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