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3069Dokken : Broken Bones

posted by admin on septembre 30th, 2012

Dokken : Broken BonesQue c’est étrange ! Quelque chose aurait subitement changé chez « Dokken » ? Une mutation s’est produite chez la formation américaine. Don Dokken, de plus en plus marqué physiquement par le poids de l’âge et par une aussi longue carrière, se prend à la nostalgie. Il rêve de sa jeunesse et de ses éclatants succès. C’est vrai que l’artiste ne fait plus autant parler de lui qu’à une certaine époque. L’aurait-il remarqué ? Ainsi son douzième album « Broken Bones » est annoncé dans la quasi indifférence alors que son précédent « Lightning Strikes Again » avait encore suscité de l’espoir chez de nombreux anciens fans. Le groupe qui n’aura pourtant rien perdu de sa performance ni de sa valeur technique traverse une crise de confiance. Dans cette course vaine après le passé, Don Dokken et George Lynch s’étaient même rapprochés un temps, laissant courir le bruit d’une reformation du line up originel, qui n’aura finalement pas lieu. Au lieu d’un retour aux origines, on aura du sang neuf avec l’arrivée de l’ex-bassiste de « Great White », Sean McNabb, qui remplace Barry Sparks. Un soupçon de doute planera autour de ce « Broken Bones » annoncé, d’autant que la parution de la pochette (hideuse) ne fera que multiplier les questions. On s’égare à penser que « Dokken » se soit converti à la piraterie. L’étendard à tête de mort cacherait en vérité des sentiments enfouis, de vieilles blessures si on en croit Don Dokken lui-même. L’opus laissera également des marques. Nous finirons les os broyés, le cœur entier de son écoute.

Ils mettent du cœur à l’ouvrage sur « Empire ». Voici là un heavy metal solide et sans prétention usant de bons riffs. La guitare virevoltante de Jon Levin nous ferait presque oublier les anciennes prestations de George Lynch. Nous serons aussi comblés par la voix chaleureuse de Don Dokken. Mais nous nous apercevrons toutefois assez vite, à l’écoute des titres suivants, que notre chanteur estimé a clairement pris la résolution de ne plus pousser son chant, de garder une tonalité presque identique tout le long de l’album. Loin de nous désarçonner, comme on aurait pu s’y attendre, c’est assez digeste. Cela ne produira qu’un très léger inconfort sur l’autre titre heavy metal de l’album, « Tonight ». En effet, il ne s’alignerait pas tout à fait à la puissance, à l’aspect abrasif d’un morceau que l’on devine conquérant. D’autant que Mick Brown sur sa batterie (enregistrée dans les studios The Atrium de Tommy Lee) impose un rythme explosif. Il est fait mention de deux titres heavy metal, car le reste de l’album embrasse pleinement et affectueusement la musique hard rock.

Le premier aperçu hard rock du volume n’est rien d’autre que l’éponyme « Broken Bones ». L’auditeur appréciera son arrière-goût de bourbon et l’accentuation sudiste des riffs. « Blind », de même, se penche sur ce hard rock massif et bourré de testostérones du sud des Etats-Unis. « Dokken » aime nous transporter dans des contrées ensoleillées, mais on n’aurait jamais cru qu’il nous emmènerait aussi loin quand vient « Victim of the Crimes » et ses airs arabisants. L’ambiance qui y règne est à la fois torride et enivrante. Un titre que n’aurait pas renié un groupe comme « Myrath ». Du moins pour ses couplets, car la fraicheur du refrain tranche radicalement avec l’insatiabilité qui règne en dehors. Il y aurait ainsi du classique et de l’inattendu dans cet album. La morosité de « Today » serait à comprendre parmi les plus grosses surprises offertes. Nous explorerons ici les sonorités limpides et cristallines d’un rock progressif moderne. L’extrême douceur de la musique vous bercera tout le long de ses 4 :30 minutes de durée.

Le groupe aime jouer sur l’ambivalence, rendant du coup ses compositions plus complexes, plus insaisissables. C’est vrai pour « Burning Tears » qui alterne entre des passages lents, tendres et désolés, et des élans de vigueur avec pour point culminant son très bon refrain. « For the Last Time » est lui aussi un adepte du changement brut d’ambiance et d’allure. On note en effet le démarrage en trombe qui fait suite au calme acoustique de l’entame et du milieu de piste. Mais là où le groupe se montre autant créatif que perturbant c’est avec cette bizarrerie représentée par « Waterfall ». Tout y est vaporeux, planant, contorsionné. Un petit côté oriental y a été minutieusement incorporé, ce qui fait d’ailleurs un bon prélude à « Victim of the Crime ». Là où « Dokken » reste dans le très classique, en revanche, c’est avec le sexy et groovy « Best of Me », un excellent morceau dans la pure tradition AOR. Plus ravissant par sa musique que par le chant de Don Dokken, situé un peu en marge des chœurs. On aurait aussi aimé plus de puissance dans sa voix sur le conventionnel et tempéré « Fade Away ».

Le chant n’est plus le point d’orgue de la formation. Le temps qui s’écoule a fait perdre le talent vocal du leader de « Dokken ». Heureusement pour cette formation, elle a pu compter sur ses autres membres et sur l’ingénieuse composition d’un opus plus aventureux que n’avait été « Lightning Strikes Again » en 2008. « Broken Bones » a donc sa part de rêve et d’inquiétude. Ces blessures, ces os cassés que nous révélait en confidence Don Dokken, sont-ils les siens ? Une chose est sûre, on sent de la fatigue et une profonde mélancolie dans la voix de notre illustre chanteur. Revenir des années en arrière, c’est impossible. Il faut toujours continuer de l’avant pour progresser. La jeunesse ne dure pas, la légende perdure malgré tout.

15/20

 

 

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