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3474Finntroll : Blodsvept

posted by admin on avril 12th, 2013

Finntroll : Blodsvept« Des fauves, du rire, des sensations fortes » promet l’affiche d’un cirque itinérant à grand spectacle. La troupe « Finntroll » est plus qu’une institution aujourd’hui de la récréativité musicale. Le sensationnel, la magie s’imposent quasiment à chaque sortie de ces trolls en public. On sait à quoi s’en tenir avec eux. Ils ne nous impressionnent plus, ils nous éblouissent. L’originalité est leur crédo, mais ce n’est pas pour autant qu’ils n’ont pas leur identité. La musique de « Finntroll » se reconnaît entre mille, elle a néanmoins variée au fil des albums. Ainsi on a pu assister par exemple à un regain de violence avec « Ur Jordens Djup ». Son successeur « Nifelvind » nous a fait l’honorable invitation d’un spectacle grandiloquent comme jamais vu chez eux. Le sixième album de nos finlandais si espiègles insisterait lui davantage sur la folie, un ingrédient déjà très présente dans les compositions festives de la formation. « La douce, la charmante, la séduisante, la délicieuse, la merveilleuse folie ». Elle est dangereuse dites-vous ?! Face à pareille interrogation, une réponse de normand ayant un coup dans le nez s’impose : « Peut-être bien que oui, peut-être bien que non ! »

« Finntroll » a refait confiance aux prestigieux Sonic Pump Studios de Helsinki pour l’enregistrement de « Blodsvept ». Rien n’est trop beau pour cet ouvrage qui met pleinement en valeur les qualités d’illustration du guitariste Samuli Ponsimaa, autrement appelé Skrymer. Il signe là de nouveau une magnifique pochette pour son propre groupe. Ceux qui apprécient ses qualités de dessin se réjouiront en feuilletant le livret. Des visions surréalistes, souvent morbides, réservées à chaque chanson de l’opus, vous sauteront aux yeux. Ces représentations démoniaques de corps mutilés et de crânes ne reflèteraient que très partiellement le contenu de « Blodsvept ». Non ! Il n’est pas question de folie meurtrière. Encore une fois, il s’agit d’une folie bien innocente. Ne prenez pas la fuite à l’amorce du titre éponyme ouvrant l’album. Il s’agit bien d’un géant d’apparence belliqueuse qui fonce droit sur nous, craquant arbres et pierres sur son passage. Le sol semblerait même s’ouvrir au bruit de ses pas. Ce sire ne nous fera aucun mal, ni même « Finntroll » qui réitère l’esprit musical de « Nifelvind ». La structure est assez pesante. On pourrait dire ici qu’ils produisent une musique un peu plus épurée que d’habitude. La seconde partie de piste avec l’introduction acoustique nous ferait aussitôt mentir sur cette dernière remarque. Comme la suite d’ailleurs, offrant largement de quoi vibrer et nous surprendre.

Le doute persistera néanmoins quant à l’évolution prise par la formation. Comme nous le verrons avec « När Jättar Marschera », les compositions se sont solidifiées. Elles sont devenues frigides. Mais vite les claviers enjoliveront ce qui ressemble à un sombre tableau hanté. C’est vrai que la plupart des morceaux s’écoulent dans un univers hostile et brumeux en apparence. Le constat est très frappant pour « Skövlarens Död », pesant et grave. La rigidité des débuts se transformera au fur et mesure en finesse. La musique s’étoffe et prend en volume durant son déroulement. « Häxbrygd » s’amuse lui de nos frayeurs. Je dis « s’amuse », car hormis le ton nerveux adopté, il y a une agitation malicieuse créée par le saxophone de Tom Käldström. On retrouve néanmoins un « Finntroll » extrêmement tranchant sur ses riffs, rendant la rythmique monobloc. Une ambivalence quasi-identique sera entretenue sur « Tva Ormar », qui use à la fois d’un riffing sec et d’airs que l’on présumerait en provenance d’un cirque fantôme. Le court « Fanskapsfylld » emboitera immédiatement le pas à « Tva Ormar ». Il s’illustre comme une parfaite suite de celui-là, beaucoup plus aguichante et enjouée. On le retient aussi pour la fougue du banjo, élément à la fois perturbateur et sympathique. L’auditeur averti pourrait se permettre un certain rapprochement avec le titre « Under Bergets Rot » du précédent album. C’est dire à quel point on imaginerait « Blodsvept » en continuité de « Nifelvind ».

Du moins pas totalement si on considère certains morceaux, qui font tout l’intérêt de l’album. Ce n’est pas vraiment pour la chanson, pourtant très efficace, « Ett Folk Förbannat », qui est dans la droite lignée d’un « Nattfödd », pour sa légèreté et la féérie guillerette en provenance des claviers de sieur Sorvali. Ce n’est pas non plus pour le très épique « Rösets Kung », lui aussi assez remarquable, imitant davantage le concurrent « Ensiferum ». Du moins c’est ce que l’on croirait de son côté guerrier, galvanisant et enchanteur. Il y a bien le break plus enfantin avec ses voix amusantes, qui nous redonneront un indice de la présence de « Finntroll » dans ces lieux. Il y a encore mieux et plus génial chez eux. Je veux pour preuve le déroutant « Mordminnen » et ses bonnes ambiances jazz. Mais aussi l’incroyable « Skogsdotter » où œuvre derechef Richard Slotte à la trompette et au trombone. A ceci près que « Skogdotter » va plus loin dans le délire finntrollien. Son entame est une agréable cavalcade dont seul le maître Sorvali a le secret. Ensuite, c’est le sursaut, une vitesse insurmontable, un banjo rendu complètement barge. Inventif, transcendant, décalé, ce morceau est un joyau qui règne dans les hauteurs de la discographie du groupe. Une création ultime qui met du baume dans nos âmes égarées.

C’est avec une extrême sérénité que l’ouvrage se termine. « Midvinterdraken » s’inscrit pourtant dans une forme similaire au titre d’ouverture « Blodsvept », avec des contours plus épiques et symphoniques cependant. Mais nous n’avons plus peur. Non, plus aucune frayeur comme au tout début, avec l’arrivée de ce géant. Nous nous sommes familiarisés avec cet univers froid et cynique. Passés le milieu de piste, le jeu plus entreprenant convie les mortels à une épopée hors norme. Encore une fois, « Finntroll » a su combler son public. D’après que l’album aurait quelque peu déçu les membres en question. Une poursuite dans la veine de « Nifelvind » était effectivement envisagée. L’influence du précédent ouvrage est d’ailleurs décelable. Néanmoins, aucune redondance. « Blodsvept » jouit également de sa propre identité, proposant un style plus direct sur la plupart des compositions, mais aussi d’autres qui prennent leur contre-pied, jusqu’au point de s’imaginer la troupe dans un état aussi second que les troublions de « Trollfest ». Le disque aura ses conquis et ses détracteurs. Tous déjà ne sont pas partisans des produits qui rendent ivres et fous. Mais beaucoup reconnaissent les qualités du bon vin, comme d’autres loueront ceux de « Blodsvept ». Santé !

16/20

Clip Officiel:
. Häxbrygd
Night Club

 

 

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