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3507Fenrir (FRA-3) : Echoes of the Wolf

posted by admin on avril 15th, 2013

Fenrir (FRA-3) : Echoes of the WolfSeason of Mist fait dans le folk metal maintenant !? Qui l’aurait cru il y a peu ? Remarquez, le label étend son catalogue sur des genres diverses et variés. Ce qui n’est pas un mal, à bien y réfléchir. Mais arrêtons de parler label et concentrons-nous sur le groupe et l’album présent. « Fenrir » est un nom assez usité dans la sphère metal, tout comme « Niflheim ». Le « Niflheim » français est d’ailleurs un proche parent musical du « Fenrir » français qui nous intéresse. A la différence que « Fenrir » est lorrain et non parisien. De plus le raffinement celtique est accentué chez « Fenrir ». « Niflheim » s’attèle lui davantage à une musique entraînante sans le moindre signe de fragilité ou de candeur. La timidité sera un des éléments déterminants chez le groupe de Nancy formé en 2006. C’est un signe de grande prudence. Il fera autant office de qualité que de défaut sur leur premier album « Echoes of the Wolf ». Comme on le sait, l’efficacité d’un loup tient à sa discrétion et à son sens de l’analyse. La taille des dents ne compte que trop peu.

« Fenrir » se verrait assimilé à l’être mi-femme, mi-louve trônant sur les sommets rocailleux de la sublime pochette de leur album, signée par l’illustratrice de talent Marta Nael. Nous avons là un être étrange, d’apparence chétive, ne semblant pas pouvoir lutter contre des guerriers lourdement armés et protégés par des armures. Néanmoins, cette créature a du mordant et sait se défendre. Curieusement, on pourrait songer là à une représentation du sphinx dans la mythologie œdipienne. Il serait néanmoins plus raisonnable que « Fenrir » n’emprunte pas la même voie tragique qu’Œdipe. Pour le moment, le folk éthéré proposé a de quoi nous satisfaire. L’introduction « Awakening » résume deux facettes intéressantes. Le début du morceau, porté par la contrebasse et le violoncelle, est lent, froid, méthodique. Cette atmosphère lourde et grisâtre s’estompera rapidement au profit des chœurs et un rythme accéléré. La formation est capable d’invoquer la tristesse comme l’excitation.

Ainsi nous serons ballottés tout au long de l’opus entre ces deux émotions. Ce serait plus l’excitation qui l’emportera, et que l’on percevra au travers de « Morrigane ‘s Fury ». Le jeu est rapide, tonique. On arrive bien à saisir les influences celtiques de « Cruachan ». Outre le rythme palpitant, c’est surtout le chant d’Elsa Thouvenot qui se fait remarquer dans ce début d’album. Sa voix fluette rappellerait sans trop se tromper celle de Kaisa Joukhi de « Battlelore ». Elle triomphera sur l’entêtant refrain du sympathique titre « Fenrir ». Il est dommage par contre que les couplets de celui-là ne nous fassent pas partager cette même fraicheur. Nous poursuivons cette quête de morceaux aguicheurs avec un « Lost in the Twilight » particulièrement réactif. Peut-être pas pour son entame quelque peu tiède, mais nous aurons par la suite de bonnes phases power metal assez transcendantes. Mais ce n’est encore rien comparé à la fougue de « Mama Troll », officiant dans un metal plus moderne, au rythme soutenu.

L’auditeur constatera avec malaise un petit décalage entre la voix candide d’Elsa et des guitares trop entreprenantes. C’est donc le cas avec « Mama Troll », comme avec « The Battle of Stirling ». Pour ce dernier, le tempérament musical serait un poil trop nerveux pour notre chanteuse. Le riffing sec et tranchant des guitares ne lui facilite aucunement la tâche. On s’y perd d’ailleurs dans ce morceau, s’étalant dans la durée, et perdant vite en efficacité. Dans ces défaillances, la batterie n’est pas étrangère. Celle-ci apparait à l’évidence plate, peu dynamique. « Tristan and Iseult » fait cependant exception. Là la batterie s’illustre, courageuse, dans un rythme des plus embarqués, insistant même. Le violon, instrument plus subtil, tentera ici de calmer l’ardeur souvent en provenance des guitares. C’est la lutte dans la conquête de cette piste entrainante, qui laissera partiellement de côté le chant. L’impression que nous pourrons ainsi avoir avec « Tristan and Iseult » va persister sur le titre suivant « Thunder-Cliff », à la différence qu’Elsa fera preuve de plus de vaillance. L’entame ne sera pas sans rappeler celle d’un certain « Thunderstruck » d’« AC/DC ». En tout cas, le titre parait réussi, le solo de guitare en milieu de piste est lui purement jouissif. « Fenrir » dispose d’un niveau technique incontestable. Il sera mis en pleine application sur l’instrumental « Prancing Poney », vigoureusement dominé par le violon, mais aussi sur la reprise traditionnelle de la pavane « Belle qui tiens ma vie », intitulé ici sobrement « Pavane ».

Parmi les deux émotions décelables on n’avait pas encore parlé de la tristesse. Elle se manifeste en partie sur « The Rainbow Bridge », sur l’entame et à travers la douceur de la voix d’Elsa. Cette sensibilité ne ressort pas entièrement à cause de la musique entreprenante et élancée jouée par la redoutable paire violon/guitare. Le sentiment est encore plus contrasté sur « Macbeth », bénéficiant d’une touche épique et d’un rythme martial. Toutefois, il n’y aura pas l’ombre d’un doute sur la peine de « The Tale of Talasin ». La première partie de la piste est un pur moment de recueillement acoustique au coin du feu. La seconde gagne légèrement en volume, mais semble tout aussi accablé. Avec « Holfgar’s Kingdom » nous atteindrons le comble de la mélancolie que peut offrir cet album. La composition repose sur des flottements, une structure vaporeuse, une pesanteur qui s’allie pourtant à la mélodie. Des larmes seront encore susceptibles de couler avec l’instrumental de fin « Gaya », accompagné au piano et au doux fredonnement du violoncelle, suivi de l’alto.

Il existe en France plusieurs groupes de folk metal celtique, avec pour principaux piliers le violon et le chant clair féminin. Citons en brillants ensembles « Niflheim », « Fenrir » et « Eklyps ». Des trois, seul « Fenrir » semblerait bénéficier du meilleur regard et bien entendu d’une meilleure distribution, grâce à sa signature chez Season of Mist. Mais ne nous leurrons pas. Ce coup de pouce du destin n’est pas là pour couronner le plus méritant. « Fenrir » a des avantages, il propose des titres convaincants, un jeu fluide et beaucoup de répondant. Cela dit, des choses sont à revoir : le rôle de la batterie notamment, assez stérile sur l’ouvrage ; de même que des compositions parfois redondantes ou liant difficilement l’énergie des guitares à la délicatesse de la voix d’Elsa. C’est toujours un bon premier pas vers des chemins plus tortueux. A la femme au sang et au cœur de loup, je souhaite ne jamais avoir à tirer une épée contre elle. L’avenir du folk metal français en dépend.

14/20

 

 

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