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3615Fejd : Nagelfar

posted by admin on juillet 17th, 2013

Fejd : Nagelfar« Faun » peut aujourd’hui être jaloux de l’accueil réservé aux suédois de « Fejd ». Voici un groupe de neo folk qui privilégie d’un statut bien particulier chez les metalleux , tout comme le projet de sieur Gaahl « Wardruna » qui n’a proprement rien de metal à nous proposer, mais qui figure lui aussi dans l’estime et dans les catalogues de chevelus en pantalon cuir. Ils nous ont donné le ciel avec « Storm, la terre avec « Eifur ». Il semblerait que pour le prochain ce soit au tour des hommes d’avoir un présent leur être consacré. C’est vrai qu’en prêtant l’oreille au troisième album des suédois, il est moins question de la nature, mais plus à voir avec le patrimoine scandinave et à sa paysannerie d’antan. Les danses en sabots, que l’on retrouve aux fêtes du battage, font suite aux chants des oiseaux, des arbres et des vents. Joie et convivialité sont au rendez-vous encore une fois grâce aux frères Rimmerfors, artisans-maîtres dans l’art du folk traditionnel et rural. Leur magie continue d’opérer et le loup Fenrir n’est pas encore apte à les rattraper.

Comme chaque retrouvaille avec « Fejd » l’entrée s’accompagne d’une lente et solennelle mise en éveil. « Ulvsgald » se découvre, élargissant ses pétales avec une voix féminine poussant dans les aigües. Les premières lumières de l’aube sur une nature encore étourdie par la fraicheur de la rosée donnent le signal de départ d’une cavalcade, d’une charge héroïque menée par des instruments traditionnels. On reconnaît immédiatement la patte du groupe et le chant si haletant de Niklas. Le groupe a pris le choix étonnant de reprendre cette même escapade en toute fin dans une version bonus. On reconnaît bien le titre en question, mais celui-là est vraisemblablement une version démo plus courte, si on en croit sa piètre qualité sonore et son chant devenu aussi misérable que lointain. Un mauvais exemple qui se situe en totale discorde avec l’ensemble de l’album. On notera l’effort fait à la production. Cela n’est pas secondaire. Surtout quand on manie une multitude d’instruments.

On avait parlé des hommes, des paysages reculés et travaillés par les plus hardis d’entre eux. Pour les encourager et témoigner de leur existence, « Sigurd Ring » nous invite à une véritable fête paysanne. Son ascendant festif trouve son origine dans le jeu nourri du bouzouki. C’est assez attayant. Le chant tente de le tempérer par un ton beaucoup plus neutre. Le contraste opéré n’est pas un mauvais choix et permet d’éloigner tout signe de monotonie. C’est aussi à ça qu’a servi le petit break atmosphérique en plein milieu de piste. L’utilisation du clavier et des sons atmosphériques est rare chez cette formation, pourtant l’exercice est réitéré sur un morceau éblouissant, sans doute la plus belle perle de ce collier. « Vindarnas Famn » fait ses marques dans un décor inédit, baigné dans une imposante tristesse. Notre cœur, qu’il soit fait de chair ou de pierre, ne peut longtemps être insensible à ses fredonnements, au chant larmoyant de Niklas. Poussé dans ses retranchements, touché dans ce qu’il a de plus sensible, l’homme devient ainsi plus fort.

Les fredonnements sont en grande partie réalisés par la nyckelharpa. L’étrange instrument aura plaisir à jouer. D’abord sur « Dis ». On va dire qu’elle faisait ses premiers pas timides. Puis, aussitôt, sur « Den Skimrande », suite logique au très court « Dis ». Là, l’ancêtre retrouve une seconde jeunesse, pris dans une folle dance. Elle se rappellera ses anciens cavaliers, ses amants, ceux qui l’invitaient à tourner dans les bals du village. On observe une certaine influence celtique à cette musique. Cela aurait pu être un village de Suède ou un village d’Irlande. Qu’importe. Place aux réjouissances et aux festivités. Les sons frottés de « Jordens Smycke » ne dégageront pas une chaleur identique. Ils sont ici obsédants, corrosifs. Le ton y est morne et aurait perdu de son éclat. On peut y observer une parenté avec le titre « Nagelfar » usant d’un jeu saccadé lui aussi assez captivant et dans les standards réalisés par le groupe. Ceux-là se placeraient même trop dans la normalité si on les compare au tempétueux « Fjarrskadaren », agité par de formidables secousses. En supplément à sa relative brutalité, on retient son âme incontestablement païenne. Et on ira plus loin encore avec l’instrumental « Haxfard » profondément tribal sur bien des aspects. C’est une initiation au shamanisme, au culte des esprits contenus dans les éléments qui nous entourent. L’utilisation osée de la guimbarde et des percussions en témoigne.

Dans une carrière, on juge souvent le troisième album comme une étape primordiale à la survie à long terme d’une formation. Beaucoup ont dérapé sur la troisième marche. Il était à craindre que la petite recrue de Napalm Records, « Fejd », en fasse autant. C’est par un « ouf ! » de soulagement que nous accueillerons ce « Nagelfar ». L’opus est riche à souhait et peut se vanter de contenir des titres extrêmement emballants. Cela dit, rien de proprement équivalent aux précédents. Faute peut-être à quelques titres dans la droite ligne de ce que « Fejd » avait déjà produit. L’objet est dans l’ensemble à la hauteur des espérances. Le neo folk des suédois est bâti pour durer, pour parcourir longtemps les mers. Il est probable qu’ils puissent semer un jour le divin.

15/20

 

 

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