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3670Bliss Of Flesh : Beati Pauperes Spiritu

posted by admin on septembre 22nd, 2013

Bliss Of Flesh : Beati Pauperes SpirituLes ayant découvert lors d’un concert donné à Poitiers en 2011 au Confort Moderne, je peux vous assurer qu’ils font mal, très mal, y compris à « Svart Crown », qui avait alors de la peine à surmonter le niveau. Ceux-là y parviendront à d’autres dates plus récentes. Cette mémorable prestation, démoniaque sur les plans visuel et sonore, devant un faible parterre de gens médusés, ne parviendra pas à estomper la déception procurée par leur premier album « Emaciated Deity », paru en 2009. L’objet était ambitieux, riche, faisant les louanges de la technique. Les calaisiens avaient cœur à l’ouvrage, cependant ils ont pêché en laissant l’auditeur dans la plus totale confusion, par des compositions conséquentes, mais trop décousues. Depuis lors, le guitariste Eyhze a été remplacé par Pandemic, et la formation a signé chez le jeune néerlandais Non Serviam Records. Créant l’unanimité en live, des appréhensions autour de son travail studio, il est temps pour « Bliss Of Flesh » de s’affranchir et d’envahir vos chaumières après avoir ensanglanté vos salles. Un second album était prévisible. « Beati Pauperes Spiritu », car le royaume des cieux est à eux. Paix à vos âmes pauvres pêcheurs.

La brebis égarée aura sans doute pu retenir l’influence du jeu tourmenté d’« Arkhon Infaustus » sur les débuts de ce second opus des nordistes et du morceau « Black Procession ». L’égarement ne durera que l’espace d’un court instant, il se rappellera à nous par la suite que très temporairement, des battements continus viendront revigorer la bête et l’accompagner dans une transe meurtrière. Les musiciens montent collectivement à l’assaut, transformant le son en un véritable mur prêt à s’écrouler et à vous anéantir. « Bliss Of Flesh » opère ainsi une petite révolution depuis son premier album. Le son a gagné en confort. La composition s’avère solide, aéré à juste proportion. C’est du moins le cas pour les premiers titres. « Disciple » figure en bon ensemble et marque l’occasion pour un déluge de violence et de coups. La nervosité palpable, à grands renforts de blasts, s’allie à quelques riffs saccadés présents pour reprendre son souffle. Des riffs saccadés propre au death metal, qui prendront pleine mesure avec le titre « Sadistic Abstinence ». Celui-là a, en toute évidence, du ventre, de l’animation, mais paraîtra terne, pataud et de moindre envergure à côté des autres titres figurant dans ce volume. Les quelques passages trainards utilisés en agrément feront en partie perdre la vélocité apparente de ce « Sadistic Abstinence ».

Rien de comparable, pour revenir aux premiers titres, à « A.M.E.N » qui ravivera la flamme apparue sur « Black Procession ». C’est un rouleau compresseur. Une folie furieuse et annihilatrice, ne trouvant qu’un court répit le temps d’un cri de désespoir. Nous serons captivés par sa tonalité martiale, sa subtilité. Quelques riffs proches d’un « Dissection » se feront même remarquer en arrière-plan. Cette intensité formidable trouvera un écho avec « Possessed » en fin de disque. La rage s’illustre par contre, un peu plus bourrative, alternée par des divagations toutes en lourdeur. Un morceau démonstratif malgré tout, qui obtiendra les faveurs des amateurs de pleine puissance. « On the Path To Expiation » ne privilégiera pas d’une robustesse à l’identique. La rythmique est ici étriquée, les blasts sont plus timorés. On se rend vite compte qu’il s’agit là du ventre mou de l’album. Les parties défendues par les guitares paraissent déjà moins irrésistibles. Tout comme le double chant (growl et chant black) qui n’interagit pas aussi promptement avec la musique que d’office. Le groupe a cru bon d’y ajouter un peu de violoncelle pour ajouter à la morosité ambiante.

L’instrument classique aura davantage à révéler sur le titre suivant, « Forgotten Epitaph ». Il y aurait à cet endroit la rencontre étonnante entre une sensibilité gothique, surtout propre à l’entame, et une violence sans ambiguïté du black death coutumier de « Bliss Of Flesh ». Le morceau n’est que plus surprenant encore. Ils iront jusqu’à franchir le pas du doom death sur le très consensuel « Pariah ». Le growl redoutable de Necurat semble tirer à lui seul l’ensemble de l’embarcation. Malheureusement, cette illustration ombrageuse ne redouble pas autant d’énergie que bon nombre des pistes que compte l’album. Elle captera assurément bien moins l’attention qu’un « Rosary of Shame », magistral lui. C’est une impression de vertige qui nous oppressera tout le long de l’écoute de ce dernier. On vouera le riffing écrasant et insurmontable de la première moitié de piste, mais aussi les élaborations généreuses de sa seconde moitié. Il faut bien retenir cette seconde partie. Elle se montre absolument stupéfiante par l’intervention de chœurs épiques, à priori sortis de nulle part. S’en suit une étape dantesque. Le riffing devient perturbé, complètement schizophrène. L’espace de cet instant « Bliss Of Flesh » devient un phénomène, un monstre. Des comme ça, il nous en faudrait mille.

Les calaisiens ont pris en maturité. Ça se sent au travers de ce « Beati Pauperes Spiritu ». Étonnante fusion entre un « Arkhon Infaustus » et un « Svart Crown » période « Ages of Decay ». Le souvenir d’« Emaciated Deity » est loin derrière eux, un cadavre difforme à laisser à l’abandon. Du travail reste toutefois à entrevoir, quelques titres de cette nouvelle galette n’ont pas su prendre autant aux tripes que les très efficaces « A.M.E.N », « Disciple » et « Rosary of Shame ». Quand on revient d’ailleurs à ce « Rosary of Shame », on sait alors que le groupe est capable de s’atteler à des compositions monumentales, dont la complexité ne perd en rien la brutalité naturelle de la formation. Désormais, grâce à ce « Beati Pauperes Spiritu », les membres de « Bliss Of Flesh » imposeront en live ce qu’ils ont su imposer en ouvrage studio. A ceux qui ne croyaient pas en cette formation, je voudrais leur dire : Beati qui lugent quoniam ipsi consolabuntur.

14/20

 

 

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