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3878Operadyse : Pandemonium

posted by admin on octobre 30th, 2013

Operadyse : Pandemonium« Sonata Arctica » aurait très bien pu faire dans le power symphonique, et connaître un succès aussi retentissant que celui que l’on lui connait. Ce n’est pas une idée qui me vient comme ça, comme tombée d’un arbre, c’est plutôt venu à la découverte du premier album des montpelliérains d’« Operadyse ». Cette formation du sud de la France voit le jour durant l’été 2006, sous l’instigation du guitariste Damien Marco, du claviériste Bastien Sablé et de la chanteuse Jennifer Lassalle. Leur rencontre va se transformer en entreprise commune. Les répétitions vont amener aux représentations, puis à une victoire au tremplin Duels Rock de Montpellier en 2008. S’en suivra la création d’un EP l’année suivante, intitulé « Hope Era Dies ». L’équipe connaîtra plusieurs changements de line-up. On verra l’arrivée de Stéphane Lambert à la basse, et même du batteur d’ « Ultra Vomit », Emmanuel Colombier. A l’inverse, Jennifer décide de ne plus faire partie de la bande pour des raisons personnelles. Celle-ci sera remplacée par un certain Frank Garcia, membre de « Spheric Universe Experience ». Ceux qui ont connu « Operadyse » avec « Hope Era Dies » assisteront donc à une nouvelle expérience avec l’album « Pandemonium », enregistré fin 2012 aux fameux Drudenhaus de Nantes, originellement créé par des membres d’ « Anorexia Nervosa » pour se produire et ayant vu passer « Adrana », « Malevolentia », « Trepalium », « Ultra Vomit » dans ses studios. Tout aura été planifié pour que l’auditeur touche du doigt un univers fort ressemblant au paradis.

Aucune mise en garde, rien à braver. Nous entrons de plain-pied dans des profondeurs magiques et envoutantes. L’introduction « Rise » impose sa féérie, peut-être plus subtilement, plus intelligemment qu’une formation habituelle de metal symphonique. Elle ne cherche pas les trop fortes impressions, elle dilue sa symphonie au rythme de battements sourds et des sifflements de flûte. C’est une vision enchanteresse qui s’offre alors, dans des paysages dont l’immensité égale la magnificence. Le répit est cependant de courte durée, il faudra d’ores et déjà partir dans des assauts aventureux. En effet, la témérité de « Celestial Sword » offre un parfait contraste avec l’introduction qui lui précède. Une rythmique emballée, un chant hors norme, des mélodies radieuses. Ça nous rappellerait quoi au fait ? Ceux qui ont écouté « Silence », « Winterheart’s Guild » et « Reckoning Night » de « Sonata Arctica » pourront retrouver ce qui a fait (autrefois) l’authenticité et la fierté des finlandais à travers ce sublime « Celestial Sword », mais avec une touche plus raffinée, et bien sûr la symphonie en supplément.

L’influence du prestigieux groupe de Tony Kakko est indéniablement marquante sur plusieurs morceaux. On y retient « Keeper of the Flame », dont le refrain rappellerait pratiquement celui de « San Sebastian » de « Sonata ». Le chant et les pointes d’accélération mélodiques aident encore une fois à ce divin rapprochement. Néanmoins, « Operadyse » ne tombe pas pour autant dans la facilité et la fascination stricto-sensu de son prédécesseur. Cela s’agrémente de passages épiques, tortueux, comme on tend aussi à le vérifier sur le magistral « Fairies Secret Garden », qui comme « Celestial Sword », était à l’origine issu de l’EP « Hope Era Dies ». Nous avons là l’interprétation la plus spectaculaire de la formation. Dès l’entrée, on prend mesure de la chose. Le son d’une boîte à musique accompagné d’un vent glacial donnent ces sensations de solennité, de froideur, de malice que l’on retrouverait dans les compositions de Danny Elfman. La suite vous donnera le tournis. Les paysages défileront, parfois à pleine vitesse. Cet exode mélodique atteindra son but avec l’intervention de Jennifer en fin de piste.

Oui ! Il est curieux de revoir ainsi Jennifer, celle qui avait souhaité repartir sur d’autres bases, n’a pas pu résister à une dernière invitation. Elle sera en duo avec Frank Garcia sur un « Arkanya » très aérien, très reposant. Un titre qui ne parvient toutefois pas à projeter la majesté de « Nevermore ». Là encore Jennifer Lassalle est mise à contribution, elle adoucira les ardeurs, la volonté farouche de Frank de s’aligner à la puissance des orchestrations, des percussions et des riffs de guitare. Celle-ci finira par gagner raison. Elle s’illustrera seule sur « Frozen », en compagnie des claviers de Bastien dans une émouvante et tendre balade. La froideur du piano, la fraicheur de sa douce voix quasi-enfantine, vous laisseront contemplatifs, transportés au bord d’un lac gelé, prisonniers dans un cercueil de glace, un sommeil éternel. Une conclusion relaxante qui fera quelque peu oublier la demi-déconvenue d’un « The Path of Divine » assez décousu. Dommage, si on considère des extraits particulièrement remuants et son refrain atteignant des sommets vertigineux. La candeur s’allie ici plus difficilement à la fougue produite par la collaboration du chant masculin et des charges mélodiques.

En revanche, il est fort à parier sur un sentiment unanime quant à la qualité sonore de l’ouvrage. Les divers intervenants ressortent bien à l’écoute, l’environnement a été remarquablement travaillé. Bastien Sablé derrière ses claviers nous fait part de créations d’orfèvre, d’une beauté frôlant l’excellence. Un peu plus d’originalité en provenance de la guitare de Damien Marco aurait pu être envisagée. Cette dernière monte immédiatement au front, mais il lui manquerait la parade, l’explosivité pour enfoncer les lignes comme le fait très bien Frank avec sa seule voix. Quoique l’instrument est parfois capable de prouesses et de bonnes sorties. Nous pourrons ainsi retenir son solo très Helloweenien sur « Unfold Legend ». Mais hormis cette prestation, la guitare se montre assez discrète, même sur ce titre façonné à la manière d’un « Rhapsody ». « Operadyse » n’aura pas lésiné sur la dose d’épique. Sur le morceau « Pandemonium », on en rajouterait en quantité. A tel point, que l’on associera cet éponyme aux derniers travaux de « Fairyland ». La correspondance entre les deux formations françaises doit surtout à l’utilisation des chœurs guerriers, sur cette piste seulement. « Operadyse » songerait presque à subtiliser la couronne du baron Philippe Giordana.

Le metalleux n’éprouve aucune difficulté à représenter l’enfer. Mais qu’en est-il du paradis ? Que l’on soit croyant ou non, là n’est pas le problème. Dur de concevoir quelque chose d’à peine entrevu dans la réalité. Certaines pièces de power symphoniques nous aideront à ne pas rendre copie blanche. On songera naturellement à « Rhapsody Of Fire », mais aussi aux français « Fairyland » et « Operadyse ». Bien que le dernier cité ait en vérité un fort penchant pour le power énergique et ultra-mélodique de « Sonata Arctica ». Une proximité qui a son effet sur les fans de la période glorieuse des finlandais, celle du début des années 2000. Une période aujourd’hui rejetée, mais tellement de fois reproduite. La nostalgie ne trompe décidément personne. Le pandémonium d’« Operadyse » se retrouve à l’abri des enfers, dans nos plus beaux souvenirs.

15/20

 

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