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3963Bifröst (AUT) : Tor In Eine Neue Welt

posted by admin on novembre 24th, 2013

Bifröst (AUT) : Tor In Eine Neue WeltLes années 2012 et 2013 s’annonçaient cruciales pour la formation de folk pagan autrichienne « Bifröst ». Suite à un excellent et ambitieux « Heidenmetal », qui positionnait le groupe dans le Walhalla de la scène pagan germanophone, l’élaboration du troisième opus est marquée par les défections des membres ; tout d’abord du bassiste Alexander Scharkosi, vite remplacé par Raphael Butz, puis du chanteur/guitariste Christoph Lemak, remplacé lui par Ragnar, un peu plus connu pour avoir notamment officié chez le proche concurrent autrichien « Flammensturm », mais aussi chez « Selbstentleibung ». Le guitariste Christopher Mayr et le batteur Sebastian Haas s’en iront eux aussi, à la différence près qu’ils sont crédités sur « Tor In Eine Neue Welt ». Tout ce chantier et ces allés-venus laisse Matthias Sollak seul maître à bord de « Bifröst ». Au su des divers bouleversements, on aurait pu craindre que l’exploit de « Heidenmetal » ne soit pas réédité. Cette nouvelle offrande nous prouve, bien au contraire, que « Bifröst » a encore beaucoup de ressources.

Après la très classique entame solennelle de « … Um Frei zu Sein » qui fait office d’introduction, nous plongeons directement dans les péripéties guerrières élaborées par la formation. « Bifröst » a beau être autrichien, il se sentirait avant tout allemand. Sa musique est particulièrement influencée par celles des grands seigneurs germaniques « Suidakra » (dans ses premiers albums) et « Black Messiah ». Cela dit Matthias et ses hommes ne crachent pas non plus pour incorporer quelques airs en provenance de Finlande et de « Finntroll », comme semble l’attester les riffs guillerets qui font suite à la plénitude de l’entame de « …Um Frei zu Sein ». Hormis cette dose de joyeuseté et de folâtrerie, le titre est engageant, combattif, surplombé d’un double chant, de chœurs épiques en fin. C’est véritablement la fête sur « Runde und Runde ». Même en jouant sur la répétition du riff principal, le titre et très prenant et invite à bouger. Il n’y aurait que le break du milieu de piste pour offrir un peu de souffle, un courant frais venu d’un sombre gouffre.

En abordant les influences, on retient bien celle de l’incontournable « Ensiferum », finlandais une fois encore. On croit l’entrevoir sur l’entame baladeuse de « Blutrote Nacht ». Ce constat se produit avant que le groupe prenne une tournure beaucoup plus nerveuse et résolue, à l’allemande. La guitare rythmique offre alors un jeu très tranchant. Certes, cela va moins en direction de la finesse, mais un peu de force brute est toujours la bienvenue. Sauf, quand les riffs s’embourbent dans la redondance et la longueur comme c’est un peu le cas sur le milieu du morceau « Am Pfahle », marqué aussi par un emboitement trop chargé entre chants, airs épiques et rythmique de guitare sur le refrain. Les claviers sont mis à distance, utilisés avec méthode pour lancer le titre, puis pour l’accompagner en toile de fond. Le lancement de « Hofnarr » est une nouvelle occasion de relever un contraste entre des airs apaisés et mélancoliques de patte finlandaise, à la « Moonsorrow », réalisés par les claviers, et le jeu sec, sans anicroche de guitare, héritage proprement germain.

« BIfröst » sait, contrairement à beaucoup de ses confrères allemands et autrichiens, allier une certaine douceur et fluidité à ses compositions, sans toutefois renier son appartenance régionale et son attachement à la terre des goths. Ce n’est donc pas un nouvel « Equilibrium », qui ne jurerait que par la seule scène finlandaise. « Der Narrenkönig (Hofnarr II) » donne une dimension musicale plus traditionnelle, plus folklorique, avec ses faux airs de flûtes, ses riffs salvés très pagan. Le refrain est bâti tel un hymne, porté de vive voix. « Der Narrenkönig » est ébranlé par les vagues. Comme il est question de la mer, on en vient logiquement à « Raue See » (à ne pas confondre avec le titre d’« In Extremo »), qui bien que d’apparence pataude au premier abord, révèle au fur et à mesure sa nature généreuse, ses sonorités champêtres mêlées à une tonicité bien rentre dedans, qui devraient plaire lors de prochains concerts. Cette liesse serait en revanche absente chez son suivant. « Rückher des Mönchs » ne respire pas la joie, plutôt la mélancolie. Le chant black semble exprimer sa rage dans une ambiance plombée, teintée de tendres et fines mélodies. On croise ainsi le fredonnement d’un violon lointain. Un cœur guerrier peut donc vibrer au gré de ses émotions.

Pourtant, on connait, on décrit le pagan teuton dépourvu de sentiment, cumulant robustesse du corps et de l’esprit. N’allez pas croire que « Bifröst » ne fasse pas parti de la horde, du sang germanique coule dans ses veines, dans sa musique. Nous avons bien affaire au pagan sans fioriture outre-Rhin sur « Statuen im Eis », mais aussi de manière édifiante sur « Kaltes Herz ». La conduite est déjà plus nerveuse, sèche, raide. La batterie et la guitare rythmique aident à édifier ce constat. Même démarche monobloc sur « Die Suche », sauf que le titre montre par intermittence une agressivité peu rencontrée dans l’album. Le jeu massif peut avoir pour inconvénient un aspect répétitif et simpliste. C’est ce qui parait se dégager de l’impérieux « Wer Mit dir Steht », malgré des passages fluides intéressants. Le groupe a pris soin d’élaborer des parties plus techniques pour le titre éponyme « Tor In Eine Neue Welt ». Les guitares œuvrent là véritablement en duo, enrichissant la piste de leurs assauts répétés.

Les cieux de « Heidenmetal » ne sont pas si loin. On aurait pu croire que « Bifröst » allait retomber de son nuage, surtout à cause des remous que connait actuellement son line-up. Sans réitéré l’exploit accompli par son précédent album, le groupe se porterait pourtant comme un charme, si on se tient essentiellement aux compositions qui sillonnent « Tor In Eine Neue Welt ». Certaines d’entre elles sont mêmes excellentes, confirmant que l’enthousiasme naissant pour la formation n’est pas dû à un coup de communication ou à de la simple chance. On notera une perte de la part épique, au profit d’un pagan metal plus consensuel, qui colle bien à ses maîtres de l’Allemagne voisine. Sans aborder la moindre question politique de caniveau, cela nous laisse à l’idée qu’un nouvel anschluss s’est effectué, mais invisible dans les cartes cette fois.

15/20

 

 

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