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4002Ithilien : From Ashes to the Frozen Land

posted by admin on décembre 24th, 2013

Ithilien : From Ashes to the Frozen LandL’identité belge est une énigme. Ce petit pays plat a connu diverses langues, divers drapeaux, diverses dominations. Elle se cherche encore aujourd’hui, en fille illégitime de la France et des Pays-Bas. Partagée entre ses deux parents, entre deux conceptions, en proie à l’éclatement. Cette Belgique est tout de même parvenue à aller au-delà de ses querelles intérieures, et parvient à retenir l’intérêt quand il s’agit de création artistique. Je ne vais pas vous parler de BD. Nous savons depuis des décennies qu’ils s’illustrent pleinement dans ce domaine. Il est ici question de musique metal. En effet, la Belgique est sans doute une petite contrée isolée au milieu de grandes nations, mais elle attire les attentions depuis quelques années lorsqu’il s’agit de formations. Des groupes comme « Aborted », « Enthroned » et « Ancient Rites » ont atteint un très haut degré de respectabilité. « Cult Of Erinyes » et « Saille » sont aussi attirés par les sommets. Quelques curieux pressentiraient même de miser un jour sur l’émergence d’« Ithilien ». La formation bruxelloise menée par Pierre Cherelle en 2005, n’est aujourd’hui qu’à son premier album. Elle se dépeint comme un produit mixant cultures celtique et nordique. Un authentique belge n’aurait pu, d’évidence, trancher entre ces deux courants. Vous n’ignorez sans doute pas que « L’union fait la force » est sa devise.

Ce premier disque, intitulé « From Ashes to the Frozen Land », réalise tout d’abord une entrée sérieuse. L’introduction « Battle Cry », par son orchestration emplie de solennité, et par les sons calmes de sa cornemuse, nous propulse dans un voyage aérien. On perçoit dans ces sons de riche épopée, l’immensité du paysage qui se découvre. Des prairies verdoyantes aux montagnes escarpées. Toutefois, ce n’est qu’un avant-goût du travail d’ « Ithilien » en l’attente de la suite, de sa partie metal. Elle arrive sans peine dès le morceau suivant, « Unleashed ». Celui-là fait une démonstration de la tonicité et de la force de ce groupe, reproduisant un black death mélodique version pagan, que n’avait pas renié, d’ailleurs, les argentins de « Wulfshon », durant leurs démos de 2008 et de 2009, notamment. Cette vélocité a pour origine les guitares et la batterie. Instruments qui continueront à jouer un rôle primordial sur la majorité des morceaux de l’album.

Si on laissait faire le batteur Jerry Winkelmans et le chanteur/guitariste Pierre Cherelle, « From Ashes to the Frozen Land » ne serait que le théâtre de violences, d’une rudesse à toute épreuve comme tend à nous l’illustrer « Mother of the Night ». Sa brutalité réussit cependant à être diluée à proportion par les mélodies rayonnantes de claviers en mode clavecin. Quelques phases cachées permettent à ce titre et à « Everlasting Dawn » de ne pas tomber dans la redondance. Car malgré la grande virulence affichée, la composition reste très ordinaire dans le genre black pagan. Le groupe afficherait une certaine germanité à travers ses réalisations. Pour corroborer cette remarque, il est aisé de reconnaître la touche massive qu’ont les riffs de formations pagan allemandes. Bien que les belges soient, en vérité, très épris par le groupe finlandais « Ensiferum » (dont on décèle tout de même l’influence), l’auditeur oserait, sans trop de doutes, afficher « Ithilien » aux côtés de « Wolfchant ».

Sur « Reckless Child », nous aurions pu avoir un moment d’hésitation. Pour ce qui est de l’entame très conviviale seulement. A partir de 1 :40, c’est une autre formule qui entre en action. Celle des riffs endurcis et d’une rythmique énergique à la sauce teutonne. Cette adhésion musicale va parfois de pair avec l’apparition de longueurs quelques peu ennuyeuses. Surtout, quand le rythme fait œuvre d’une certaine paresse comme sur le taciturne « Through Wind and Snow », n’officiant que par soubresauts, dans un champ très basique. L’innovation provient davantage de divers sons naturels, en début et en fin de piste. On passe, en fait, des loups aux criquets. L’environnement est sensiblement nocturne. Nous en avons un superbe aperçu chez l’instrumental « Northern Light ». Nous sommes là au bord d’un cours d’eau et nous entendons tous les bruits véhiculés dans la nuit ; des insectes au hululement d’un hibou. La musique, elle, est troublée, froide, en total respect avec ce milieu.

Nous changeons d’endroit, mais nous restons attachés dans l’univers aquatique avec « Stare into the Deep ». Nous devinons un lieu marécageux aux clapotis et aux cris de grenouilles. La prestation portée principalement sur la mélodie dégagerait de manière plus affirmée l’attachement à « Ensiferum ». On retient volontiers ce morceau, comme on accrochera à la mélancolie de « Sealed Destiny ». L’effort de la basse sur ce dernier aspire au recueillement, à la méditation. Cet instrumental a beau être sobre, il s’impose de façon extrêmement efficace. Ceci serait une propagation de l’obscurité diffusée par « Rebirth », qui le précède. Sur « Rebirth », la nervosité de la guitare électrique cherche à peser sur la passive cornemuse. Mais, l’accordéon vengera l’instrument celte sur le très finntrollien « Drinkin Song », chanson à boire qui doit énormément au titre « Trollhammaren ». Cette soudaine plus grande part de folk se retrouve ainsi aussi sur le saillant « A World Undone ». D’abord brève entrevue au coin du feu, se prolongeant par une tiédeur attachante.

« Ithilien » ne sait pas trancher entre deux écoles, parmi les meilleures du pagan metal. Entre la raideur des germains et la subtilité des finlandais, il fallait probablement choisir. Les belges ne se font pas d’embarras, ils veulent tout garder. « From Ashes to the Frozen Land » ne semble donc aucunement déterminer une identité propre, une identité belge. Néanmoins, la question n’apparait que fortuite quand on est à écouter des titres plaisants, comme c’est le cas pour le présent opus, nous permettant d’entrevoir un avenir intéressant pour nos bruxellois. L’originalité, la personnalité, ce sera à reporter pour une autre fois. Peut-être est-ce ça la marque de fabrique belge ; mêler tout ce qui vient de l’étranger. A nos souvenirs, Bruxelles s’impose déjà comme un trait d’union de tout et n’importe quoi.

14/20

 

 

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