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4081Frosttide : Awakening

posted by admin on février 23rd, 2014

Frosttide : AwakeningL’aube et ses premiers rayons n’ont rien à comparer au zénith. Le soleil quand il apparaît de petit matin est magnifique dans sa robe rouge, mais ne touche pas encore véritablement son environnement. Il lui donne la lumière, mais pas encore sa chaleur. La toute jeune formation finlandaise « Frosttide » s’impose durant l’année 2013 comme un futur astre lumineux du metal mélodique. Ceux qui l’ont découvert, ont pour la plupart été éblouis, émerveillés pas ces très jeunes musiciens qui sortent là un premier album particulièrement inspiré de l’album éponyme de leur maître et compatriote « Wintersun », qui fait office d’album culte inégalable. Pourtant à trop se fier à l’apparence on en perd sa valeur intrinsèque. « Awakening » est le résultat des efforts de jeunes premiers. Nous obtenons l’incandescence, une vision éclatante, un enchantement qui seront cependant atténués par une très vive fraîcheur. Que ce soit pour le soleil ou pour « Fosttide », l’aube n’a jamais correspondu avec le top.

Ce que l’on devine en premier aperçu de l’album, c’est que la musique de « Frosttide » n’est pas bien farouche. Elle se laisse aisément apprivoisée. L’introduction « Winter’s Call » est un pur ravissement. Elle joue de symphonie et de fluidité pour dessiner des circonvolutions minérales. C’est un fourmillement de sons gracieux et élégants. On voit que le travail d’orchestration a été fait par de vrais professionnels en la matière. L’œuvre du claviériste ne saurait encore nous éclairer sur ceux des autres membres. C’est donc avec le titre éponyme que nous passons aux choses sérieuses. Nous avons affaire à un torrent, à une giboulée. L’énergie rythmique nous rappelle très bien celle de son illustre influence « Wintersun ». Les guitares parviendront à maîtriser et à ordonner une frénésie que l’on croyait d’abord indomptable. Seul le growl nous surprendra dans le mauvais sens. Celui de Joni Snoro paraît beaucoup trop grave et lourd, ne correspondant pas à l’énergie, aux mélodies offertes par le champ musical. Nous nous satisferons en revanche d’un très beau chœur épique, variant les plaisirs et harmonisant la part vocale à la part musicale.

Nous avons encore un exemple très impressionnant de ce que « Frosttide » peut révéler, avec un « Siege » riche et emballant, d’ailleurs bien lancé par le petit instrumental « Dawn of Despair ». Pour le coup le growl ne va pas nous gêner. Sa hargne est naturelle, se confond avec les mélodies palpitantes et parfois agressives du morceau. Cet extrait de composition fouillée, aux ambiances contrastées est pourtant assez rare dans l’album. Ainsi, on pourra reprocher des airs simples et prévisibles, y compris sur des titres intéressants comme l’échappée épique « Quest for Glory ». Il n’y a point de grande tirade technique. L’impression de majesté n’est donc qu’extérieure et doit en majeure partie aux passages claviers de Felipe Munoz. La remarque est encore valable pour « Ruins of Defeat », où on observe également des mélodies faciles et apprivoisables. Le ton est enthousiaste mais l’auditeur ne trouvera véritablement le sourire que sur un break ingénieux et virevoltant.

Le groupe, en plus des artifices employés, parvient à capter l’attention par une variation du rythme et de la vitesse, passant parfois régulièrement de phases très rapides à des phases plus posées, plus enveloppées. C’est le cas pour « Unwritten », phénomène des neiges d’apparence placide dont la traversée est rendue dangereuse pour la fréquence de ses avalanches. Il en sera différemment pour « No Turning Back », qui nous livre un voyage nettement moins fabuleux. Il faut dire que ce morceau se montre terne, répétitif. Il souffre de longueurs, assez perceptibles sur la fin de piste. Nous avons une fausse sensation de vitesse, qui va s’atténuer au fur et à mesure de son déroulement. Comme autre semi-déception, l’auditeur sera pris totalement au dépourvu par le titre bonus « Cheri Cheri Lady », reprise incongrue de « Modern Talking », qui vient nous laisser un goût étrange, un sentiment de léger malaise. C’est aussi le côté répétitif de l’exercice qui dépassionnera le visiteur.

Notre jeune groupe croit aujourd’hui être capable de faire les têtes d’affiche. Pour les avoir vu en live, je confirme que ça dépote. Cependant, leur musique manque d’une certaine maturité. « Awakening » se voit honoré au firmament par des nombreux curieux. Mais les curieux en question se sont-ils dégagés de leurs premières impressions ? Le disque au fur et à mesure des écoutes transparait ses défauts, quelques insuffisances techniques. On aurait voulu l’œuvre remarquable dans tous ses éléments, et pas seulement que dans ses orchestrations et ses parties claviers, qui supportent une grande partie de l’édifice. Bien évidemment, on retient la clarté sonore, les riffs exécutés à toute allure, les battements qui vous mènent à l’essoufflement. Qui a dit que c’était là une mauvaise pièce ? Il y a pourtant quelque chose de fragile qui se décèle, des mélodies parfois insistantes et peu recherchées, une sensation de déjà vu aussi. On ne peut espérer le meilleur alors que « Frosttide » n’est qu’à sa phase d’éveil. Midi sonnera un autre moment.

14/20

 

 

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