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4123Drakwald : Resist Fatality

posted by admin on mars 9th, 2014

Drakwald : Resist FatalityL’association entre pagan/folk et death metal n’est pas inédite. On retrouve occasionnellement des bribes de death metal dans bon nombre de formations typées pagan ou folk. « Eluveitie » est d’ailleurs un exemple bien connu, et il sera question de ce groupe en abordant celui qui nous intéresse actuellement, « Drakwald ». Celui-là est un projet récent, fondé dans la ville de Tours par Thibault Destouches, Marc Vaillant et David Lemoine, en 2010. Ils étaient alors fermement résolus à combiner le death mélodique au folk/pagan. Le nom qu’ils ont choisi pour leur formation s’inspire de la forêt de Drakwald issue de l’univers fictif et fantastique de Warhammer. Très vite d’autres personnes viennent s’associer à eux, créant un véritable line-up. Une première démo parue en 2012 va leur permettre de se présenter au M Fest de cette même année et au Cernunnos Pagan Fest de 2013. C’est fort de cette expérience qu’ils vont se lancer à l’élaboration d’un premier album, qui va enfin leur permettre de sortir la tête de l’eau. Du moins l’envisagent-ils.

Quelque chose risque de déranger les auditeurs, et cela dès les premiers instants de l’album. En effet, ils auront certainement l’impression d’écouter une pièce datant du début des années 2000. La qualité son est en vérité assez moyenne. Même l’instrumental de lancement « The Drowning » n’a pas eu les soins d’un arrangement méthodique de sa symphonie, on croirait presque une musique de jeux-vidéos de la fin des années 90, pour un Castlevania par exemple. Et justement, en parlant de cette introduction, qui n’est pas mauvaise en soi, on retient l’effet dramatique qui aurait pu être pertinent pour un groupe de black mélodique ou de black gothique. Il y a alors un petit décalage avec ce que « Drakwald » est sensé nous proposer, à savoir du folk/pagan. Une petite incrustation tribale parvient tout de même à créer un lien fragile, mais assez tardivement. Ce lien s’opère avec « Let the Slaughter Begin », un pagan/folk massif et rude, à l’allemande, qui s’allie au death metal. L’alchimie nous fait songer à « Eluveitie », surtout que « Drakwald » oriente sa part folklorique autour de l’héritage musical celte. Cependant, le metal de « Drakwald » se montre beaucoup plus bourratif et abrupt que celui des helvètes.

Il y a bien un moment où les tourangeaux vont opérer un réel calquage avec « Eluveitie », c’est lorsqu’intervient le chant féminin d’Anaëlle Chaleix sur « Enter in the Den of the Night ». Le ton y est plus modéré, ce qui aide à cette confusion. Cela étant, le titre ne laisse pas un souvenir impérissable, en partie à cause d’une batterie un peu trop concassante. Il faut néanmoins saluer la bonne prestation d’Anaëlle et la fin du titre tout en volupté. On constate qu’un fond atmosphérique est de temps en temps ajouté au gré des morceaux histoire d’agrémenter. C’est le cas notamment d’un assez sympathique « Inhale the Ases of Honor », qui entretient un même riff à la cornemuse, parfois entrecoupé par quelques notes de piano, mais aussi des solos contemplatifs. Ces transitions sont importantes pour dynamiser une chanson, pour la fluidifier, pour la rendre attrayante aussi. « Escape the Claws of the Fate » en est sans nul doute la meilleure représentation, variant à la fois les rythmes et les instruments. Nous avons ainsi des passages corsés qui s’alternent avec d’autres bien plus délicats et posés.

La cornemuse figure en instrument essentiel, elle est mise à contribution et également à rude épreuve, comme nous le démontre le vigoureux « Giant with the Axe ». Le jeu pesant accompagné de growls particulièrement lourds, sont en concurrence directe avec la mélodie que tente d’irriguer l’intervenant folklorique. C’est un duel très productif, qui n’atteindra pas le pic de plaisir éprouvé sur l’incontournable morceau de l’album « Diving in the Depth of Agony », qui a le privilège de posséder un rythme soutenu et un refrain entêtant. On observe l’intervention de chœurs sur ce refrain, ce qui est assez rare sur le présent volume. Il y en aura bien sur celui de « Raise our Swords », qui remportera toujours l’adhésion de l’auditeur. Il est à préciser sur « Raise our Swords » une mélodie structurée par à-coups, qui est malgré tout assez touchante. Une certaine mélancolie qui va contraster avec l’expérience festive de « When Beer’s Flowing ». Encore un morceau marquant, qui est toutefois plutôt inédit chez « Drakwald », s’y on en croit l’influence sensible aux anciennes compositions de « Finntroll » qui s’y révèle cette fois. La lointaine Finlande n’y est donc explorée qu’une seule fois, et une seule fois aura suffi à nous combler.

Les quelques doutes qui viennent émerger à propos de cette formation ne sont pas à prendre avec gravité. Il s’agit là d’un premier album, et qui plus est, autoproduit. D’où ce son un peu vieillot, qui sera différemment apprécié. La jonction entre folk/pagan et la petite part death metal semble fonctionner aussi efficacement que pour « Eluveitie ». Ce dernier groupe est un exemple évident tout au long du volume offert par nos tourangeaux. Ils auront, par contre, fait l’effort d’une démarcation mesurée en proposant un son plus volumineux et brutal. « Resist Fatality » est un album conforme à l’idée que l’on se fait actuellement d’un pagan français en pleine ascension. Pas mal de projets de l’hexagone, dont « Drakwald », sont actuellement en train de changer toute la perception autour du pagan metal, que l’on disait dominé d’une main de fer par les pays nordiques. Les celtes de France auront pris leur temps pour apprendre à nager. Vu à la vitesse où vont les choses désormais, quelques-uns pourraient devenir champions de natation.

14/20

 

 

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