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4148Deafening Silence (FRA) : Scapegoat Of Ignorance

posted by admin on mars 18th, 2014

Deafening Silence (FRA) : Scapegoat Of Ignorance« Deafening Silence » est l’exemple même de la formation française talentueuse qui n’a pas eu le succès mérité. Ce groupe originaire de Lorraine est aujourd’hui rendu à son troisième album, un album qui se voudra différent de ses lointains prédécesseurs. On devine aussi qu’un changement musical est envisageable par les années qui le séparent des autres œuvres, mais également dès lors que le line-up se trouve bouleversé. Depuis la sortie de « Backlash » en 2007, il y a eu quelques changements derrière la batterie. Eric Totti s’est vu remplacer en 2009 par Yannick Pierre. Ce dernier cédera très vite sa place à Thomas Coulaud moins d’un an plus tard. Il y a aussi du remous en dehors des fûts. Ainsi, Stephane Koltes, qui remplaçait Michael Magagna, prend la décision de partir en plein projet d’écriture du troisième album, qui tarde, décidément. Gabriel Palmieri sera recruté durant l’enregistrement du nouveau disque. « Scapegoat Of Ignorance » remet en quelque sorte aux goûts du jour une formation qui a été totalement oubliée malgré ses bonnes sorties. Pour le coup, ils ont fait le choix d’un album concept autour des fusillés de la Grande Guerre. On observera que cela s’accorde avec un détournement du power metal de leurs débuts au profit d’un heavy speed, somme toute, assez classique et surexploité. A croire que même sur le Chemin des Dames, « Deafening Silence » ne saura tracer sa voie.

Le premier aperçu du produit pourra décontenancer ceux qui connaissent déjà « Deafening Silence » à travers leurs opus antérieurs. « The Call » ne nous met plus en relation avec du power metal, mais avec un heavy metal terriblement ordinaire, ayant toutefois une certaine substance énergétique à proposer. Le chant n’y est pas entièrement à son avantage. On sent là une difficulté à pratiquer un anglais fluide. Musicalement, l’extrait est poussif, sans élan, ni véritablement d’éclat. Sauf, lorsque le temps d’un solo, « Deafening Silence » retrouve son power metal passé. Ce power vous ne l’entendrez quasiment jamais plus. Le groupe lorrain tente de se refaire une santé dans un heavy metal commun. Il lui arrive de prendre des contours volontiers speed metal. C’est alors, et alors seulement, que se produira le déclic chez l’auditeur. L’écoute du foudroyant « Of Iron and Fire » en étonnera plus d’un. Nous avons ici, la grosse pièce de l’œuvre. Débutant sous les frappes d’artillerie, un rouleau compresseur sonore viendra nous aplatir. Ce speed metal extrêmement efficace, ira parfois titiller avec le thrash metal. La deuxième partie de piste offrira un relâchement bienfaiteur et accès sur davantage de mélodie. Toujours aussi haletant et percutant, on se rapproche de ce que « Primal Fear » faisant dans ses jeunes années.

La deuxième moitié de piste est souvent l’occasion de sorties aérées et fouillées, relevant parfois quelque peu le niveau d’un morceau boiteux au premier abord. Nous le constatons avec « Carved in Stone » ou son suivant « The Last Stand », souffrant tous deux d’une rythmique assez boursoufflée et d’une batterie dissonante et même désagréable (surtout sur « The Last Stand »). La batterie est un élément peu flatteur et réellement agaçant sur ce volume. Rares sont les pistes où nous ne relevons pas ses interventions malencontreuses et mises très en avant. Le chant se comporte mieux en comparaison. Nicolas se permet parfois quelques audaces en poussant sur les aigus. On aurait à peu de chose près un chant à la King Diamond en fin de « Carved in Stone ». Il exerce derechef ce genre de mutation, mais de manière plus subtile, sur le morceau « Dereliction of Duty ». Un titre qui pêche malheureusement de sa longueur excessive et de riffs moyennement affirmés. La longueur est un problème majeur de bon nombre des morceaux de l’album, à commencer par « The Last Stand » qui avoisine les 13 minutes sans pour autant proposer de musique particulièrement évasive ou élaborée.

C’est la grande stupéfaction autour de ce volume, que d’identifier un heavy metal tout ce qu’il y a de plus basique à travers des pistes dépassant pour majorité les 5 minutes. La redondance guette à chaque recoin. Et en général, on y a droit. Dans ces conditions, le heavy à l’ancienne, par touches de petites salves, d’« Under Siege » ne fonctionnera pas longtemps. Tout comme « Death Squads » qui ne renie pas ses légères influences maideniennes. Au bénéfice du rythme martial de l’entame on pouvait s’attendre à une suite plus captivante. En fait, l’intensité de ce dernier titre aurait pu devenir concluante s’il n’y avait pas eu ses effroyables accélérations de batterie, qui donnaient l’illusion d’un sèche-linge activé avec des chaussures à crampons à l’intérieur (je sais ce que ça fait. J’ai déjà fait le test.). La dimension martiale de « Death Squads » s’estompe vite en comparaison du grave et mélancolique « Epitaph ». On sent là une atmosphère chargée. C’est aussi le seul lien (du moins musical), avec « Of Iron and Fire », que l’on effectue avec les fusillés et la première guerre mondiale. L’ambiance des autres titres ne nous y amènent aucunement.

« Epitaph » nous lie directement avec ce sombre épisode, en incluant sur sa fin, le bruit des tambours, des paroles courageuses d’un français condamné, puis le bruit des détonations de fusils. Cette conclusion avait été, semble-t-il, préparée par la ballade « Farewell ». Dans un premier temps sensuel, attachant, même si on relève un chanteur plus à la peine pour ce genre de chanson, « Farewell » s’effondre dans une rythmique larvée et lassante. C’est ce qui arrive quand on s’applique aussi sérieusement à la conformité. Les compositions les plus riches et les plus risquées s’avèrent souvent très payantes quand elles réussissent. Ce serait à moitié une réussite dans le cas de « Soldiers of Fortune », qui ne démérite pas pour sa richesse et pour sa prise d’action, d’ailleurs composé quasiment sur un tiers de sa durée, d’une partie instrumentale mélodique maniée par des doigts de maître. Il est vraiment dommage, au final, que ce sens mélodique se soit perdu, qu’il ait été subtilisé par des riffs agressifs, rigides et peu réactifs.

La rigueur du soldat aura pris le pas sur la distraction de l’artiste. Seulement, voilà! Personne n’a exigé que « Deafening Silence » rejoigne le rang et marche en cadence aux côtés d’une troupe incalculable de formations cataloguées dans le heavy metal brut et sec des années Reagan. Ils se sont trompés de camp et de guerre. Leur ancien power metal leur allait très bien. Pourquoi ce basculement? Pourquoi aussi analyser la musique de cette pièce comme progressive? Le metal progressif va de pair avec des compositions complexes, s’orientant parfois dans l’expérimentation, dans des parades très aériennes. Au contraire, nous avons droit avec « Scapegoat Of Ignorance » à des compositions qui ne quittent que rarement le sol. À croire qu’ils ont estimé que le raisonnement du terme « progressif » tenait à la seule longueur exagérée d’une piste. Cette considération a créé un handicap. Certains morceaux auraient très bien pu s’en passer et s’en sortir avec succès. Tout est un problème de choix dans cet opus : Le choix de l’abandon du power metal qui leur réussissait, le choix de pistes longues, d’un concept qui a du mal à se traduire musicalement. En 1914-1918, on ne laissait que rarement le choix au soldat. Ça se traduisait parfois entre mourir ou mourir.

12/20

 

 

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