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4149Irminsul (FRA) : Geist

posted by admin on mars 23rd, 2014

Irminsul (FRA) : GeistUn groupe français aura choisi l’arbre-monde comme représentation symbolique. Cependant, leurs thèmes et leur musique s’éloignent de la mythologie païenne. C’est vrai que l’on s’attend généralement à trouver du folk ou du pagan quand une formation use de ce genre de symbole ancestral. Les travaux de ces trois messieurs adoptent un champ plus contemporain. Cela fait un petit bout de temps que leur hard rock vibre sur les émotions. Officiellement, le projet existe depuis 2004. Il y a eu les prémices et des noms divers depuis au moins 2001, quand « Salem’s Witches » n’était plus. Pascal Borniche avait dirigé seul, un temps, ce qui allait devenir ensuite « Irminsul ». Le voilà bien accompagné, avec notamment le retour notable de son ami Guillaume Coulon. Ensemble, ils élèveront la structure, composant une démo en 2007, puis l’album « Ainsi Soit-Il » en 2010. Fort de cette première réussite, ils s’attèlent à la création d’un second volume en continuité avec son précédent. « Geist » se révèlera plus résistant qu’un arbre.

On pourra vraiment dire qu’« Irminsul » aura soigné son entrée. L’introduction sobrement intitulée « Ouverture » s’impose tout en grandiloquence comme le ferait une grande formation de metal symphonique, avec son lot de chœurs et de grandes envolées épiques. Le petit hic c’est que la coupure entre cette première piste et sa suivante est franche et nette. En effet, la suite propose un style de musique moins fastueuse, moins impériale. Pas sur le plan de la qualité, mais bien sur la pression exercée sur l’auditeur. Le hard rock du trio qui commence véritablement à partir de « Sage » est à mettre en relation avec la musique de « Satan Jokers » ou de « Stereoxyde » qui s’imposent pourtant dans un registre heavy metal. A vrai dire, « Irminsul » touche du doigt le heavy metal. Cela se pressent par les riffs salvés de « Sage », dont on pourrait au passage reprocher une certaine redondance rythmique tout au long. Sa présence est encore plus évidente avec un « Verden » volontiers offensif et nerveux.

On ne manque pas de souligner quelques liens textuels (plus que musicaux, comme cela a été précédemment signalé) avec des éléments historiques en référence au fameux arbre-monde. Nous avons d’ailleurs un très bon exemple avec « Verden ». Cette recherche sera éclipsée par l’éloquente prestation de Guillaume, un chanteur exceptionnel. Sa voix, lorsqu’elle monte en puissance, fait songer à une sorte de mixte entre celle de Blackie Lawless et Klaus Meine. J’invite les curieux à se passer le vibrant « Je ne te Dois Rien » ou encore « Geist » après 1 :30 minute. Cette dernière se distingue en une power ballade très distinguée, faisant de plus office de clip. On peut vraiment dire que c’est un bon résumé de ce qu’on y trouve dans cet album : romance, force, mélodies, alternance entre instants pressants, surmontés et instants mélancoliques. « Le Radeau » se réclame également de codes identiques. Il s’agit d’un extrait vraiment délectable. Toutefois, l’auditeur risque de se cambrer à la basse, qui semblerait se détacher de la structure. Cela ajoute en profondeur, mais est malgré tout assez perturbant à la longue. Comme si Pascal cherchait à faire jeu à part.

Cette basse se distingue tout autant, de manière plus dérangeante cette fois, sur « Le Monstre ». Elle couvre bizarrement un peu la voix éblouissante de Guillaume et les parties guitares. Ce titre se montre riche, alambiqué. Il sera peut-être trop timoré au goût de certains, bien qu’il y ait un important passage instrumental en son sein tonique et étoffé. Dans le style, cette musique pourra être rapprochée à celle de son compatriote français « Demontool ». Curieusement, un morceau du nom « Divine » se traduit par une chape de plomb sonore, au contraire de « Le Monstre » qui n’a pas bénéficié de ses riffs ombrageux. En effet, « Divine » est réellement intimidant, le moment le plus stressant de l’opus. N’allez pas croire que l’obscurité oblige le rythme à ne pas décoller. Au contraire, la seconde partie de piste nous permet d’assister à une véritable démonstration d’ampleur de la part de la formation.

« Irminsul » s’accorde volontiers avec un esprit plus années 80-90, pour interpréter des titres bien catchy comme « Les Oubliés des Dieux ». La rythmique se montre nerveuse, irritée, arraisonnant l’auditeur par de violents à-coups très persuasifs. La batterie s’illustre ici comme un acteur essentiel par ses percussions. La page nostalgie se poursuit avec « J’en Reste Là » qui prend de faux airs de « Scorpions ». Il s’apprécie pour sa solidité, son mordant, hormis son côté répétitif qui doit beaucoup au fait d’avoir calqué sur la période des années 80, distinguée par ce genre de chansons simples et percutantes bâties spécifiquement pour passer sur les ondes radio. En comparaison, « Rumeurs » est davantage lié à notre époque, du moins plus proche. Une tension se créée entre le déchainement du duo guitare/chant et la basse en mode ska. Cela a vraiment pour effet de couper toute monotonie au titre. On se retrouve ainsi attentif tout le long.

D’après que l’arbre-monde aurait été abattu. Il y a longtemps de cela. Les francs avaient cru en la fin définitive du culte. Dans les ruines des différents monastères des arbres poussent. Elles ne portent pas la voute céleste, elles ne font que perpétuer un lointain souvenir. Un arbre a poussé en France, il nous a ravi de ses premières feuilles, il porte aujourd’hui ses premiers fruits. Tout le monde sait que l’arbuste aura le temps de vivre. Il est encore frêle seulement. « Geist » est véritablement un très bon fruit. Pas encore très pimpant d’aspect. Il faut une certaine attention pour pouvoir le découvrir au rang qu’il mérite. Son essence n’est pas la plus noble, mais fera avec certitude le bonheur des consommateurs.

14/20

 

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