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4412Eluveitie : Origins

posted by alonewithl on septembre 5th, 2014

Eluveitie : OriginsQuand vous posez la question de savoir quel groupe de folk metal vous appréciez le plus, « Eluveitie » figurera en très bonne place. Et cela à la grande surprise des aficionados qui ne garde en mémoire de la formation helvète que les ouvrages « Spirit » et « Slania », au dépend de la suite de la discographie laissant davantage à désirer. Cette renommée doit beaucoup au fait de figurer chez le géant Nuclear Blast, leur assurant une large distribution et une représentation quasi unique pour un genre plus underground qu’il ne parait. Il faut dire que le folk comme le pagan sont mal représentés dans les étals. Ce qui fait même dire à certains qu’il n’y a que peu de représentants du genre. Ce qui en vérité est totalement faux. En tout état de fait, cette situation profite beaucoup à un « Eluveitie » de plus en plus dispensable d’album en album, récitant désormais la même leçon celtico death mélo, si on fait l’impasse sur l’intrus « Evocation I ». « Origins » est une sorte de continuité de « Helvetios », l’ouvrage qui l’a précédé deux ans plus tôt. Il n’est en rien le retour aux sources tant espéré. A trop profiter des opportunités qui lui sont offertes, à trop miser sur un public prêt à consommer, « Eluveitie » est devenu en quelque sorte le Hello Kitty de la scène folk metal.

Une narration, ça produit toujours son petit effet. Encore plus quand on la sert avec des branlements symphoniques et une petite touche celtico-irlandaise. La narration du vieillard, à la manière d’un Orson Welles sera servie en tout début et en fin d’album, sur la piste éponyme et sur « Eternity ». Et comme c’est tellement trop bon, les suisses rajoutent la narration d’une vieille, mais aussi d’une adolescente sur « Nothing », puis sur « Ogmios », qui jouent le rôle d’interlude durant le déroulement du disque. En fait, l’auditeur aura compris lors de son écoute que c’est un moyen comme un autre de combler le vide. Il est un vrai que l’on pouvait s’attendre à bien plus palpitant à l’écoute de ce nouveau disque. Déjà les parties folkloriques auraient trop tendance à faire ressortir la culture irlandaise. Nous comprenons bien qu’il s’agit d’une culture celtique fameuse et savoureuse. Mais ceci est étranger à la Suisse, ou à la Gaule, terre de destination de l’album et de la formation. C’est comme si « Cruachan » venait régulièrement s’inviter lors d’une prestation d’un groupe de death mélodique de seconde catégorie. L’effet est particulièrement frappant. L’effort d’authenticité de « Spirit » s’en est allé prendre le large.

Et cette formule ne s’articule pas facilement comme tend à nous le prouver « The Nameless ». Sur ce titre les instruments folkloriques donnent d’ailleurs l’impression de se débattre face à une partie metal monobloc pas très subtile, et assez morne au final. Nous pouvons ressentir la même difficulté à travers « Virunus ». On a beau relever un sursaut joyeux en refrain, ça reste fade pour autant. Tout au plus pourra-t-on se contenter du break atmosphérique ou encore de la ballade irlandaise en fin de morceau. Le folk domine rarement, mais il existe des chansons où celui-ci occupe une place importante, notamment avec « From Darkness », obtenant toujours ce couplage identique « Cruachan »/death mélodique que sur « The Nameless », mais cette fois la partie folklorique y montre véritablement ses dents. Le virulent « The Day of Strife » en est une autre illustration. On pourrait malgré tout lui reprocher une certaine redondance. « Celtos » accorde également une partie belle au folk. Pour la seule fois de l’opus, nous avons là un extrait de folk continental fidèle à l’idée que l’on peut se faire d’un groupe de folk metal suisse inspiré de l’Histoire de la Gaule antique. A noter que le refrain reprend l’entame de la célèbre chanson traditionnelle bretonne « Tri Martolod ». Ce qui fait répétition quand on sait déjà qu’ « Inis Mona » issu du volume « Slania » s’en était très largement inspiré.

Le gros de l’album est dirigé par le death mélodique. « Eluveitie » renforce la tendance par rapport à leur précédent album. Ainsi, le folk ne figure plus qu’en tant que misérable apport sur le nerveux et réactif « The Silver Sister », et du coup altère le morceau au lieu de l’enjoliver. Sur ce registre, « King » s’en sort bien mieux. Ce titre affiche de la détermination, semble moins bouffi que les autres extraits. Le folk, même à proportion minimale y est correctement incorporé. On y retient en seconde partie de morceau une excellente et rapide cavalcade au violon. A l’inverse, nous avons des chansons moins sous l’emprise de la hâte, mid tempo pour celles-là, comme c’est le cas pour « Carry the Torch » se manifestant pourtant par une rythmique puissante et concassée, toutefois adoucie par l’omniprésence de la mélodie. Seulement, « Vianna » figure presque comme un échantillon d’adoucissant à côté. Un titre assez terne et plat, sans grande saveur, doit-on reconnaître, malgré la jolie voix d’Anna Murphy.

Parfois, on est amené à se poser des questions sur les travaux et les inspirations du groupe. « Eluveitie » sort momentanément des sentiers battus sur certains extraits, et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça surprend. Par contre l’effet n’a rien de positif. On retrouve ainsi en bonne place Anna Murphy sur « The Call of the Mountains » dans une sorte de court échantillon d’« Evanescence », distillant mal ses relents pop rock. L’auditeur sera plus partagé entre un « Sucellos » et un « Inception » qui s’affirment tous deux dans un style plus contemporain, incorporant du core tapageur, rageur. Cependant, le mariage avec le folk n’est pas des plus alléchants. Avec ses diverses transitions, son break tribal, « Sucellos » se montre un peu plus élaboré qu’ « Inception », qui s’illustre lui ostensiblement comme une suite, mais dans une musique plus nerveuse et aiguisée. Pour ses cas, la patte d’ « Eluveitie » est quasi méconnaissable, mais à vrai dire, ce n’est pas plus distrayant en soi.

Rien n’a véritablement changé depuis « Everything Remains As It Never Was ». Le groupe tenu par Chrigel Glanzmann s’évertue à resservir depuis trois albums un contenu sans trop d’originalité, sans véritable authenticité, sans réel adorateur. « Eluveitie » est un leader contesté et contestable, qui ne mérite pas d’être placé autant sous les projecteurs au su des productions qu’il nous offre depuis quelques années. Le souvenir des bons albums commence à vieillir, si bien que l’on pourrait appeler cela désormais de la nostalgie. Oui ! Il est grand temps pour eux de revenir à ce qu’ils faisaient. Il est grand temps pour « Eluveitie » de revenir à ses origines, de se redonner une seconde jeunesse. Il n’y a rien de pire pour un groupe d’être placé dans un rang que l’on ne devrait pas occuper. La chute en cas de disgrâce pourrait être vertigineuse.

12/20

 

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