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4455Mount Salem : Endless

posted by alonewithl on octobre 13th, 2014

Mount Salem : EndlessTous les sentiers maudits mènent à Salem, le carrefour du sabbat. Certains connaissent surement le bourg américain de Salem où furent jugé en sorcellerie des jeunes filles en 1692, théâtre d’une véritable crise d’hystérie et d’obscurantisme. Peu connaissent en revanche « Mount Salem », formation américaine originaire de la ville de Chicago qui s’exerce dans un doom metal très emprunt au rock psychédélique des années 70. Le groupe fondé en 2012 ne s’est pas fait attendre pour produire des titres. Ainsi un EP composé de six titres voit le jour l’année suivante. Le géant Metal Blade trouve la formation prometteuse et lui signe un contrat, seulement l’EP « Endless » qui a vu le jour se voit intégré deux pistes supplémentaires pour devenir un album à part entière sous l’effigie de leur nouveau label. Avec le chant et les airs d’orgue hypnotiques d’Emily Kopplin, « Mount Salem » n’est pas sans rappeler leurs confrères canadiens de « Blood Ceremony ». En tout cas, leur sabbat est tout aussi old school.

Dès la mise en route de « Good Times », l’orgue Hammond et la douce voix ténébreuse d’Emily, on nous rappelle la proximité indéniable avec « Blood Ceremony », même si dans les intonations vocales qui suivent trait pour trait celles d’Alia O’Brien. La différence marquante, que l’on retrouve d’ailleurs tout le long de l’album c’est un riffing graveleux et rêche plus proche de l’élan stoner. La guitare, l’élément le plus imposant, créé un ballottement permanent s’imposant aux autres intervenants. On a une parfaite représentation de ce dictat sur « Mescaline II », le riff y est redoutable, puissant, troublé, obligeant le chant et la batterie à relever le défi et à pousser en volume. Celui-ci se distingue fortement de son précédent, l’instrumental « Mescaline », très calme, froid, mélancolique, presque atmosphérique. C’est plus en faveur de la batterie, qui oppose placidement ses coups à une guitare dépressive et distante.

« Mescaline » n’est pas le seul à jouer de nos émotions, à nous exprimer une sensibilité, une conscience. Bien que génétiquement proche de « Blood Ceremony », surtout lors du refrain, « The Tower » fait de même avec des sonorités résonnantes ayant pour origine le folklore américain. Nous ressentons là l’impression d’immerger d’un rêve, d’être plus ou moins sonné. Tout semble même se précipiter sur la fin, avant de sombrer un peu plus profond dans le trouble et dans des airs fantomatiques. A ce stade, c’est plus qu’un clin d’œil fait à leurs homologues canadiens, même si on veut bien croire que « Mount Salem » a agrémenté sa sauce. On peut voir dans la marche de « Hysteria », entrecoupée par ses salves rythmiques, une manifestation similaire à ceux croisés sur les albums « Blood Ceremony » et « Living with the Ancients », la phase primitive du combo de Toronto. « The End » n’innove en rien par rapport à son précédent, puisque l’on peut le considérer comme une suite ou du moins comme son frère. Il y a un passage de palpations au début, de prudence, mais tout se s’intensifie à 2:30 minutes et on y fait rentrer les riffs gras de Kyle Morrison. Ce n’est pour autant pas très spectaculaire. Disons même que cela se montre courant au genre. On s’en contente toutefois.

Le groupe se montre bien plus déterminant sur « Lucid », titre imbibé du psychédélisme des années 70, d’un stoner doom gras, déterminé, subtil aussi parfois. Le chant d’Emily y est mis en valeur ; elle a plus de liberté pour s’exprimer, grâce à la discipline observée par les instruments. On passe ainsi de moments forts à des moments plus allégés, comme s’il s’agissait là d’une respiration. C’est ce qui bâti la réussite de ce morceau, proposé en clip. Néanmoins, le titre qu’il faut absolument retenir de l’opus en question n’est pas trop l’agréable « Lucid », mais bien davantage « Full Moon », remarquable pour son entame où se mêle roulements de cymbales, airs mélancoliques, voire ectoplasmiques, chant abandonné, surprenant lorsqu’ils nous prennent à revers à 2 :20 minutes par une véritable offensive de grande ampleur, une vigueur encore peu rencontrée au sein du volume, mesurée par quelques pauses, par un refrain désenchantée des plus attachants. Une preuve que « Mount Salem » peut briller de l’éclat argenté de la lune, malgré des liens épais et visibles à d’autres formations.

Metal Blade ne s’y est pas trompé. Avec son ouvrage « Endless », enregistré aux Bricktop Studios de Chicago, « Mount Salem » fait un début très prometteur, déjà créateur de morceaux captivants. On pourra leur reprocher cependant leur manque d’innovation ou la confusion que créée leur proximité manifeste avec l’infatigable formation de Sean Kennedy et d’Alia O’Brien. Mais comme on dit, on ne devient sorcier que par l’instruction d’un autre. Décidément, il se passe de drôles de choses du côté des Grands Lacs. C’est là-bas que les hérétiques de Salem se sont réfugiés.

14/20

Clip Officiel:
. Lucid
Lucid

 

 

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