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4471Stormhaven : Mystical Journey

posted by alonewithl on octobre 25th, 2014

Stormhaven : Mystical JourneyC’est en l’année 2010 que se forme le quatuor qui compose encore actuellement le groupe toulousain « Stormhaven ». L’équipe va tenter le tour de force d’accommoder death, black et metal progressif à travers ce projet, dans des proportions sui seront sujets à débat, mais nous pourrons y revenir. Le départ est très modeste et ne semble pas trop intéresser les médias metal. Toutefois, ils se produisent ensemble sur scène, et pour avoir pu assister fraichement à une de leur prestation, le groupe se défend bien, voire très bien, tant il maîtrise techniquement cette chose hybride et complexe qu’est sa musique. Zach et ses amis ont fait ressortir leurs travaux sur un support studio, le dénommé « Mystical Journey », qui était considéré par la formation elle-même comme un Ep. Mais au vue de ses près de 50 minutes de durée, il est plus judicieux de le considérer déjà comme un album à part entière. L’œuvre dévoile bien toute la richesse musicale de ce combo. Néanmoins, à travers on ressent toutes les hésitations des départs autoproduits, désormais quasi-absentes sur scène.

Celles-ci se font pressentir dès l’introduction « Awakening », en fait des légères nappes de claviers en mode symphonique ; qui tenteraient presque de nous faire croire, par leur froideur, à une ouverture digne d’un « Dimmu Borgir ». L’élégance est bel et bien primée, mais on ressent malgré un petit manque de profondeur, dû sans doute au côté fait maison de l’ouvrage. On enchaîne directement sur une musique déstabilisante et loin de ce que nous pouvions pressentir au tout début. Les riffs de l’entame de « Hailstorm » sont contemporains, distordus, en fait très proche du metal progressif à la « Dream Theater ». C’est à partir de là que nous devinons la part progressive de « Stormhaven ». Y répondent des nappes de claviers quelques peu hésitantes et des riffs de guitares rigides. Il y a parfois une sensation de répétition, voire de bancal. Malgré tout la composition est astucieuse, riche, rythmée. Niveau chants, nous avons ici une dualité entre chant clair et aérien, très à la manière du metal progressif actuel, et un growl, qui aurait mérité aussi un peu plus de profondeur.

Nous prenons mesure d’une recherche poussée vers une quête d’identité. Le metal progressif à l’américaine, qui est le nerf fondamental de leur musique, s’allie avec des growls, des rythmes parfois puisés du metal extrême, et une formidable ambiance symphonique. Ce qui nous fait croire, notamment par le biais du très réussi et percutant « The Other Side », que « Stormhaven » aurait pu être le croisement entre « Dream Theater », « Lord Shades » et « Symphony X ». Il serait d’ailleurs davantage question du dernier groupe cité si on en croit l’entame effrayante et bien relevée de « Piece of Mind ». Les claviers sont omniprésents sur ce morceau plus doux qu’il ne laissait envisager au départ. Ceux-là changent parfois leur style classique pour un style plus artificiel, s’accordant ainsi avec la dominance progressive, aérienne du présent titre, et avec la fantastique partie instrumentale en deuxième partie de piste. « Death » se comprend presque comme une suite logique de « Peace of Mind ». On y retrouve la même identité mélodique, quoiqu’il est à noter que l’atmosphère y est plus oppressante, confuse même, et que les guitares optent pour une certaine rugosité. Les chants, là laissent un peu plus à désirer, car plus ramassés que sur les autres morceaux.

On aimerait que cette paire aux chants soit mieux disposée, qu’il n’y ait pas de collision, qui tombe trop souvent au profit du chant clair. Il est vrai aussi qu’ils ont du mal à émerger dans l’affluence musicale comme le démontre le long éponyme d’une durée avoisinant les 14 minutes. Un éponyme qui démontre cependant des qualités incontestables, à la fois tendre, nerveux, alambiqué et corrosif. On croit même que tout s’arrête vers 9 :25 minutes. La basse donne la tonalité et créée une résurrection. C’est un véritable bouillonnement qui se produit alors. La lead guitare répond au coup pour coup au growl. L’énergie va ensuite se canaliser, s’adoucie au fur et à mesure de sa proximité avec la fin. « Departure » plonge l’auditeur dans le même univers inquiétant. On pourrait dire que les sons viennent directement des abimes. Après une rythmique syncopée, un growl gras mais moyennement avenant, se déploie une dynamique, de fortes palpitations, une agitation impliquant guitares et claviers. Nous apprécions alors toute la dextérité et le doigté du groupe.

Totalement méconnu et œuvrant dans une musique non dénuée de personnalité, bien qu’on y trouve trace d’influences marquantes, « Stormhaven » a un potentiel évident et plutôt rare. En effet, il n’est pas si fréquent de rencontrer des formations si maîtres sur le plan technique et parvenant à dompter efficacement une musique riche, qui cumule metal progressif, dualité de chants clair/growl, nappes symphoniques. Toutefois, l’ouvrage présente quelques imperfections dues principalement à sa production, de mettant pas suffisamment en relief les composants musicaux. Il y a des défauts qui relèvent plus du groupe lui-même, comme le growl, pas toujours déterminant, mais aussi par une composition parfois victime de certaines redondances ou répétitions. « Mystical Journey » est un bon départ, révélateur des capacités que pourraient offrir à l’avenir « Stormhaven ». C’est d’ores et déjà une quête vers la lumière.

14/20

 

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