chroniques et interviews metal

4567Primordial : Where Greater Men Have Fallen

posted by alonewithl on novembre 24th, 2014

Primordial : Where Greater Men Have FallenQuand on a un pied dans la tombe, l’autre pied ne tarde pas à suivre. Question d’équilibre. “Primordial“, formation désormais idolâtrée et véritable modèle pour des fans toujours aussi nombreux, a pris goût au morbide. Ses différents albums ont semé désarroi et mélancolie. Ces derniers temps, cependant, on saisit une force particulière. Une attraction de plus en plus pressante pour le châtiment. Depuis son chapitre ultime, “To the Nameless Dead” de 2OO7, “Primordial” aspire à l’obscurité, de manière obsédante, sans prétention, mais sans hargne non plus. Le chanteur charismatique du combo, Alan Averill, s’était accordé à reconnaître un accueil moins triomphant pour la sortie “Redemption at the Puritan’s Hand“. Tout simplement parce qu’il est rare de réitérer deux fois de suite un même exploit, et parce que la sortie de 2011 contenait moins de titres bluffants à l’image d’un “Empire Falls” ou d’un “Heathen Tribes”. Néanmoins, le dernier volume se révélait plus mélancolique, comme si “Primordial” se déplaçait pas à pas dans un escalier le conduisant vers une issue souterraine, le repos éternel des uns, la terreur absolue des autres, la mort. La découverte de sa suite est à la fois surprenante et compréhensible. “Where Greater Men Have Fallen” est une oeuvre des plus sombres et ténébreuses que “Primordial” ait pu réaliser à ce jour. Un rendez-vous peu banal avec le faucheur de nuit.

Ce n’est pas l’éponyme qui viendra bouleverser les habitudes. On reconnait illico, le “Primordial” que l’on avait croisé il y a quelques années à travers son rythme palpitant et guerrier, ses riffs abrupts dans un trot lourd et imposant. Le ton est déterminé, offensif. Il n’y a que sur les derniers instants où on sent une certaine instabilité, enrichissant le morceau de façon paradoxale. Le chant est toujours aussi exalté, rugissant, s’accommodant idéalement avec le black pagan ici produit. Peut-être l’un des plus engageants et puissants que le combo ait eu à offrir. Ce titre se lie à la rudesse d’un “Ghosts of the Charnel House” bien trempé. Pour les riffs bien entendu, l’atmosphère y est plus relâchée, le rythme tout juste mid tempo. C’est peut-être l’instant de plénitude (relative) de l’album. Un instant heureux, qui permet de souffler après un “The Seed of Tyrants” particulièrement mouvementé et nerveux. Dès ses débuts ça déroule sec. Le riffing se montre continu et tenace. Un ensemble monobloc, manifestement de grande puissance et dégageant un fort aura. Quelques protubérances pagan en milieu de piste vont venir au secours du chanteur, quasiment asphyxié par le rouleau musical ou rouleau compresseur.

Le black metal fait une prodigieuse percée, participant de fait au basculement de “Primordial” vers une musique tantôt violente comme on peut le constater avec “The Seed of Tyrants”, mais aussi beaucoup plus sombre comme le démontre le très intriguant “Babel’s Tower”. Pour ce dernier, l’auditeur risque le mal des profondeurs, le black s’associe au doom pour rendre l’instant haletant, lourd, intense et d’une froideur glaciale. On pourrait rapprocher à cela les travaux du bien estimé germain “Helrunar“. “Primordial” est alors tel un loup en cage. On pressent le danger, une pesanteur synonyme de destin tragique. De l’inlassable attente née l’appréhension, un certain malaise dont on a peu coutume. Nous ne serons pas aussi proche du néant, même avec l’autre piste cultivant le black metal avec aisance et de façon plutôt méticuleuse: “The Alchemist’s Head”. Celui-là se retrouvera exceptionnellement aussi à travers un chant crispé. Point de lourdeur écrasante, mais une confusion totale à travers les différents riffs. Ceux-là, y compris les rythmiques, changent assez souvent. Les instruments sont en alerte, à la dérive, rendant le contenu alambiqué, déviant, maladif même.

La formation irlandaise se plait à jouer une musique torturée, des complaintes où la dépression est plus qu’un thème, mais un style à part entière. Ce malaise est néanmoins vibrant, jamais ils n’affichent la douleur sans la combiner à la puissance. Celle-ci prend même une tournure épique sur “Come the Flood”, un morceau proche d’un “Primordial” classique, mais véritablement délectable. L’aspect celtique est aussi une caractéristique du groupe. Elle est cependant bien ténue dans cet ouvrage. Tout juste le rencontrons-nous dans la longue et belle cavalcade acoustique de “Born to Night”, une très longue entame qui va ensuite amorcer un black pagan flamboyant et guerrier prenant aux tripes. Un véritable hit d’une fermeté implacable, qui ferait presque oublier le manque d’éléments folkloriques au sein de l’album. Il faudra de la patience pour en débusquer. Nous en aurons ainsi lors de l’entame de “Wield Lightning to Split the Sun”, perpétuant la vague de sinistrose par ses riffs affalés et le chant désemparé d’Alan. La lumière se serait éteinte. D’après que c’est pour toujours.

Comme on sait, le bon vin se conserve en cave, à l’abris de la lumière. Les cadavres aussi, mais c’est une toute autre affaire. Ce “Where Greater Men Have Fallen” est peut-être l’endroit le plus sombre et le plus souterrain de la discographie de “Primordial“, contenant quelques millésimes où l’âme recluse noiera en toute aisance sa dépression. Les impatients quelque peu en désamour avec l’album “Redemption…” n’auront que peu d’arguments pour médire une oeuvre aussi tortueuse et noire. Le combo irlandais est encore loin du trépas. Le jour où il finira inanimé et qu’on devra le porter au tombeau, il faudra creuser, les yeux en pleurs, pour un véritable géant.

16/20

Clip Officiel:
. Babel’s Tower
Babel's Tower

 

 

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