chroniques et interviews metal

4643Warrant : Metal Bridge

posted by alonewithl on janvier 23rd, 2015

Warrant : Metal BridgeLa peine de mort, beaucoup vous dirons, qu’en plus d’être cruel et injuste, que c’est une condamnation archaïque, une relique du passé. Ce qui ne l’empêche pas de s’inviter dans le débat actuel quand il est question de graves crimes qui tourmentent l’opinion publique. Il est étonnant de constater que cette réflexion peut être valable quand on aborde tout autre chose, le speed metal du groupe germain « Warrant ». Il s’agit presque d’une institution du speed allemand des années 80, avec pourtant un seul full lenght à son actif alors, le fameux « The Enforcer » de 1985. Jörg Juraschek (chant, basse) est le dernier rescapé de la formation initiale. Il s’allie avec deux nouveaux compères à la fin des années 2000 pour relancer ce projet phare qui a beaucoup pris la poussière. Il n’y a pas loin de trente ans qui sépare « The Enforcer » de leur second album sorti chez Pure Steel Records. En trente ans, on aura vu couler de l’eau sous les ponts. Les fans de la première heure risquent d’être quelque peu déçus avec ce « Metal Bridge ». « Warrant » désire, depuis tout ce temps perdu, se projeter vers l’avenir. Plus question de speed brut à l’ancienne. C’est dommage, le bourreau aurait lui opté pour un pont en pierre.

L’introduction va immédiatement jeter un froid et faire planer le doute aux anciens fans de la formation. Il y aurait au départ une certaine douceur dans les airs tortueux de la première piste, et une pointe de modernité qui n’aura jamais été connu jusque-là chez « Warrant ». Ce qui va suivre conformera les quelques soupçons que l’on pouvait dès lors avoir en tête. Le titre qui fait suite, « Asylum », n’a strictement rien à voir avec le « Warrant » des années 80. C’est une véritable mutation qui vient de s’opérer. Le groupe joue pourtant bien du heavy speed. Mais le heavy speed en question est très proche de celui de groupes contemporains allemands, tels « Mystic Prophecy » ou « Brainstorm ». Il serait presque plus souvent à voir avec « Brainstorm » si on en retient quelques morceaux parmi les plus fameux de l’album, à savoir « Nyctophobia », « Eat Me Alive » ou aussi « Immortal ». La grande caractéristique de ceux-là est une composition alternant des couplets très costauds, au riffing speed, parfois même thrashy, et des refrains souples, totalement relâchés. Dans l’exemple de celui de l’envoutant « Nyctophobia », l’auditeur serait tenté de l’entonner comme tout hymne.

Impossible de faire l’impasse sur le chant de Jörg Juraschek. Les plus anciens vont aussi être les plus surpris. Son chant s’est modernisé, s’est mis en conformité avec le heavy metal actuel. Donc beaucoup plus aéré qu’à la grande époque, offrant parfois un décalage flagrant avec les riffs abrupts de guitare. Ce chant a beau présenté des qualités et se montré assez élégant, cela ne parvient aucunement à retirer le côté trop répétitif qui est pratiquement une norme de la majorité des morceaux de l’offrande. C’est d’ailleurs un véritable fléau sur « Don’t Get Mad Get Even » ou, à moindre proportion, sur un « Face the Death » bien thrashy. Jörg au chant sauve même « You Keep Me in Hell » du naufrage. Le riffing s’y montre exagérément trop rêche et massif. Le chant joue aussi les bienfaiteurs sur un « Blood in the Sky » un peu poussif musicalement. Le jeu par à-coups, donnant quelques signes de fragilités, d’impression, est heureusement relayé à l’arrière d’un chant et de chœurs frais et détendus.

Les rares fois où « Warrant » fait dans la subtilité et l’imprévu, ce n’est pas très glorieux. On ne retient à peine, pour ainsi dire pas du tout le très plat « Helium Head ». Le jeu de guitare a beau être rapide, il n’a aucun impact tellement il se situe très en retrait. On y cerne même des hésitations. Ce qui permet à la batterie de prendre les devants aux côtés d’un chant aussi peu inspiré qu’elle. Déjà qu’il existait une certaine tension latente qui n’aboutissait pas, comme une personne tapie dans l’ombre qui serait indécise à nous prendre en traître et qui finirait par se faire misérablement remarquée. Pour la conclusion « Labyrinth of the Lost », c’est tout un mystère. C’est une sorte de chaos entretenu sans la moindre parole, sans la moindre adhésion. Il est heureux de constater que les morceaux réarrangés « Ordeal Of Death » et « The Enforcer », originellement issus de leur période années 80, n’ont pas trop souffert du changement. Ce ne sont tout au plus que des versions actualisées, moins agressives cependant que d’origine.

Décidément, nous allons de bonnes surprises en mésaventures. Le disque n’est pas l’ouvrage qui a pu être prévu initialement. Il faut toutefois se montrer honnête, le trio ne le décrit pas comme un retour aux sources. Il a même été mention par lui d’un mélange entre son vieux speed et « Metallica ». Point de « Metallica » à l’horizon, ni du vieux speed de « Warrant ». On retrouve le plus souvent un heavy speed, parfois à tendance thrashy, faisant penser à « Brainstorm », à l’exception peut-être d’un « Come and Get It » donnant à songer à un « Primal Fear » des premières heures, en beaucoup plus rude cependant ; ou du sympathique « All the Kings Horses », qui est, lui, manifestement influencé par la formation de Ralf Sheepers et Mat Sinner. Tout ceci nous ramène donc loin Du premier album « The Enforcer » ou de l’EP « First Strike ». Après près de trente ans de silence, un tel changement était aussi prévisible. On aurait toutefois souhaité que celui-ci soit concluant et puisse, pourquoi pas, servir de lot de consolation pour ceux qui attendaient du speed metal comme en ’85. Ce serait peine perdu, malgré quelques titres marquants. Il fallait investir sur la pierre.

13/20

Clip Officiel:
. Asylum

 

 

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