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4670Einherjer : Norron

posted by alonewithl on janvier 24th, 2015

Einherjer : NorronLa formation « Einherjer » s’était une première fois éteinte entre 2004 et 2008. Ulvar, Grimar et Aksel Herløe souhaitaient à cette période tourner la page du viking metal pour passer à autre chose, à une musique davantage mainstream, qui leur permettrait d’accéder à un public plus élargi. Il faut reconnaître qu’au début des années 2000, le genre pagan n’était pas aussi populaire qu’aujourd’hui. Le sublime et éminemment épique « Blot » devait être le dernier forfait de l’inséparable trio. Aussitôt le livre refermé sur une conclusion en lettres dorées, l’équipe rempile les casques au vestiaire pour fonder un groupe de thrash metal, nommé « Battered ». L’expérience ne va pas durer longtemps. Ils parviennent à enregistrer un album, mais leurs illusions s’estompent déjà. En l’espace de quelques années, le pagan prend soudain du poil de la bête.

Le genre connait un véritable regain durant la seconde moitié des années 2000. Le trio voit la vague arriver et croit saisir alors une opportunité qui ne les laissera pas à l’ombre cette fois. C’est ainsi qu’« Einherjer » se reforme en 2008. S’en suit alors maintes représentations en Europe, notamment en tête d’affiche du Ragnarök Festival en avril 2009 ou au Wacken durant la même année. Les voilà bien décidés à reprendre la course sur leur ancien navire. Fin 2010, un contrat est signé avec le label Indie Recordings, créé par des ex-membres de Tabu Recordings, ancien label d’ « Einherjer ». Qui dit contrat, dit forcément nouvel album. Celui-ci ne tardera pas et paraitra en Septembre 2011. Poursuivant le glorieux héritage laissé par « Blot », « Norrøn » renoue avec les racines vikings tout en inaugurant un nouveau cycle.

« Einherjer » est de nouveau en marche, prêt à livrer bataille, pour la victoire. « Norrøn Kraft » est imposant de puissance. Martial, inquiétant par ses riches et lourdes orchestrations, mais aussi par le chant extrêmement mordant de Grimar. On se joue de toute sensibilité superflue, c’est la force implacable qui s’apprête à entrer en action. On la devine tapie dans l’ombre, refusant de se mettre trop à découvert. Peu avant le milieu de cette piste, bombardée par les riffs bruts et sombres d’Aksel, se faufile un long passage instrumental féérique où se répondent les deux guitares entre elles. Ce long morceau de près de 13 minutes inclus un autre passage bien plus fantastique encore, à l’orée du dernier tiers de piste. Des chœurs divins, une force gigantesque, se manifestent, aboutissant à un superbe acoustique sous les coups abrupts des percussions.

Cette acoustique se montre étrangement chaleureuse, à l’inverse de celui qui irrigue le mélancolique « Balladen om Bifrost ». Ce dernier titre de l’ouvrage se révèle froid, solennel, aidé par des renforts de chœurs, à l’image du pagan metal issu de la Suède voisine. Un sursaut purement pagan est perceptible à travers « Naglfar », balloté par les vagues puis par un riffing pataud typique au genre. L’ambiance y est tempérée, le jeu beaucoup plus souple qu’un « Varden Brenne » par exemple. Sur ce titre, la fibre est épique, les chœurs profonds, rappelant ce qu’était « Einherjer » au temps de l’éblouissant « Blot » de 2003. On a le droit ici à un pagan sobre à prime abord, à la fois contemplatif et galvanisant. Il se découvrira réellement bien en amont dans toute sa richesse, notamment si on s’attarde sur le passage instrumental où se livre en duel les deux guitares d’Aksel et de Grimar.

Toujours dans ce penchant pagan nous découvrirons un bien mystérieux « Atter På Malmtings Blodige Voll », qui donne à songer à du « Windir » par moments, s’illustrant par des phases tempérées, par quelques touches atmosphériques, contemplatives, et à l’inverse par des phases nerveuses et abrasives. C’est néanmoins dans son ensemble un vrai instant de recueillement. Ce songe délicieux dans les abimes, à l’approche du Walhalla, offre un contraste évident avec la reprise audacieuse d’« Alu Alu Laukar », initialement interprétée par le groupe norvégien de post-punk des années 80 et 90 « Ym:stammen ». L’air y est vigoureux, les rythmes plutôt entreprenants, donnant un aspect dansant, voire tribal, à la musique. On s’éloigne cependant de la version originale en y apportant une approche martiale et guerrière véritablement emballante. On pourrait aussi présumer qu’« Einherjer »se soit inspiré des sonorités martelées de certains titres de « Now Diabolical » de « Satyricon » par exemple. Ce serait pour « Einherjer » une façon de revoir « Alu Alu Laukar » à la sauce d’un « K.I.N.G ».

La place d’« Einherjer » au sein des premiers rangs du pagan metal fut autrefois discutée. Avec le souvenir de « Blot » et maintenant par cet excellent « Norrøn », qui figurera dans les essentiels de la formation, on regrette désormais que le trio ne soit pas plus célébré. « Einherjer » revient ainsi au meilleur de sa forme, exploitant un pagan metal froid et rigoureux, qui ne laisse que peu de marge, mais ne se perd aucunement dans la redondance, à l’inverse de ce que font trop souvent ses confrères allemands par leur pagan massif et monotone. A travers les six pistes de l’ouvrage, ce sont six régions différentes d’une même unité qui se découvrent. Ils cultivent leur propre originalité et aussi leur ressemblance. L’addictif « Norrøn » se révèle ainsi beaucoup plus riche qu’il n’y parait, marqué par de multiples influences scandinaves. Le retour du héro débute donc par un grand baiser à sa propre terre.

16/20

 

 

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