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4698Messiah’s Kiss : Prayer for the Dying

posted by alonewithl on janvier 25th, 2015

Messiah's Kiss : Prayer for the DyingA la suite du split de « Repression », les guitaristes Georg Kraft, Alexander Hitz, le bassiste Andreas Roschak et le batteur Eckhard Ostra n’en ont pas fini pour autant avec le heavy Metal, et observent avec un vif intérêt le bouillonnement créatif de la scène allemande en ce début des années 2000. Ils ne veulent pas non plus louper le coche et comptent saisir une occasion pour briller avec quelque chose de neuf. C’est pourquoi la paire Kraft/Ostra s’attèle aussitôt à la composition en fondant le projet « Messiah’s Kiss ». Ils iront jusqu’à démarcher avec succès le chanteur américain Mike Tirelli, officiant alors chez « Holy Mother ». Il deviendra très vite la figure de proue de la formation. Le line-up au complet, ils se lancent très vite dans l’enregistrement d’un premier album aux Karo Studios de Brackel, dans la Nord de l’Allemagne. Le célèbre Herman Frank (ex-Accept) mixe et enregistre l’ouvrage, sous la supervision du producteur Rainer Hänsel, alors connu pour avoir produit notamment des albums de « Saxon » ou encore « Obsessed by Cruelty » de « Sodom ». Le duo Frank/Hänsel avait déjà travaillé ensemble, tout juste un an auparavant, dans l’élaboration de l’album « Killing Ground » de « Saxon ». Cette nouvelle collaboration s’annonçait tout aussi prometteuse pour ce « Prayer for the Dying », plus inspiré par « Judas Priest » que par son grand rival « Iron Maiden », dont ce premier forfait tient en partie son nom.

En attendant les premiers véritables titres, l’introduction « The Rising » nous met dans l’ambiance. L’atmosphère y est oppressante et orageuse et est soudain gagnée par des sonorités palpitantes et hâtives, préfigurant le « Light of the Black » qui va suivre. Ce dernier se fond dans un « Judas Priest » de la période « Painkiller », avec un chant tout aussi incandescent que les instruments, à la croisée entre un Ralf Sheepers et un Ronnie James Dio. Celui-ci ira de pair avec le morceau éponyme, simple et direct, lui aussi très inspiré par le heavy speed agressif de la fameuse perle « Painkiller ». « Judas Priest » est d’évidence l’inspiration principale de cet opus, et ressort à de multiples reprises, et pas forcément dans les titres les plus puissants et électriques qu’offre « Prayer for the Dying ». Ainsi, on devine un « Judas Priest » du tout début des années 80 à travers « Blood, Sweet & Tears », bien rentre dedans et à l’esprit volontiers rock n’ roll. Les riffs acérés de guitare se savourent sans chichis.

Parfois le heavy pêchu de « Messiah’s Kiss » tombe moins évidemment sous l’obédience du grand maître britannique. C’est vrai pour les intimidants et tièdes « Pride & Glory » et « Dream Evil ». De ces deux cités, le cas de « Dream Evil » retiendra un peu plus notre intérêt. Mike Tirelli se montre très performant. On pourrait le croire comme possédé par une force surnaturelle et démoniaque. Il se fond d’ailleurs parfaitement avec la musique stressante, presque hantée, dévoilée par l’extrait. Ces titres sont en vérité plus représentatifs du heavy speed à l’allemande, c’est-à-dire massif au possible. Toutefois, si nous nous attardons sur le morceau « Reign of Fire », nous percevrons bien quelques lignes de guitares volatiles puisés dans la NWOBHM. Quant à la rythmique, elle est résolument teutonne, sèche et mécanique. Qui est très éloignée de la décontraction affichée par l’étonnant « Final Warning », véritable intrus, plutôt sympathique, issu du heavy Metal à paillettes des années 80. « Messiah’s Kiss », le temps d’un titre seulement, aura pris une touche hair Metal.

Ce présent contient d’autres surprises. De celles qui prouvent en supplément que « Messiah’s Kiss » ne tire nullement ses influences d’un seul combo. « Night Comes Down » pourrait vous pousser dans l’erreur. En effet, il existe un titre de « Judas Priest » à ce nom, mais celui contenu dans le volume des allemands n’est en aucun cas une reprise. A l’écoute, nous serons interloqués par son ambiance atmosphérique et son fort penchant « Axel Rudi Pell », mettant donc plus en lumière un heavy mélodique galvanisant qu’un heavy speed. Il s’agit véritablement d’un morceau redoutable, au même titre que le déchaîné « Mortal Sin », dans un registre speed cette fois, rappelant quelque peu le « Primal Fear » priestien des premières années. Il sera de nouveau question de « Primal Fear », mais en cohésion avec « Iron Savior » dans les sources du heavy/power vigoureux de « Thunderball ». L’ajout parcimonieux du power Metal y est une riche idée pour faire impasse à toute monotonie. N’oublions pas qu’il s’agit de l’orgueil germanique. Le power Metal est né en Allemagne et doit être prolongé par des allemands. « Blood of the Kings » pourrait être ainsi perçu comme un hommage retentissant à ce noble genre, et à « Helloween », qui n’aurait certainement pas renié produire un pareil extrait.

Suivant de très près les traces d’un « Primal Fear », alors profondément marqué par le fameux « Painkiller » de « Judas Priest », « Messiah’s Kiss » élabore un premier édifice, qui comptera parmi les plus solides du heavy speed allemand à l’aube de la décennie 2000. Néanmoins, l’œuvre restera dans l’ombre de ceux qu’il a tenté de poursuivre, et ne trouvera pas d’équivalent dans la discographie du groupe jusqu’à aujourd’hui. L’efficacité est toujours plus profitable quand on parle également d’originalité. Il faudrait être de mauvaise foi pour traiter ce « Prayer for the Dying » d’original, il faudrait toutefois l’être encore davantage pour dénier ses qualités et la jouissance procurée par certains de ses titres. Les concepteurs, toujours à l’office, Georg Kraft et Eckhard Ostra, ont ici connu la félicité. Un instant continuellement attendu, mais trop rare, trop bref. Pour le compte de certains, on aurait plus de chances d’apercevoir un ange descendre du ciel.

15/20

 

 

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