chroniques et interviews metal

4707Night : Soldiers of Time

posted by alonewithl on janvier 30th, 2015

Night : Soldiers of TimeChouette ! Du heavy revival en provenance de Suède. Ça ne peut-être que fameux. Détrompez-vous. Il est vrai que la Suède a été à la pointe de l’énorme vague de heavy revival qui a secoué la planète à partir du milieu de la décennie, souvent emmenée par de très jeunes acteurs. Du grand pays de la Baltique, on compte désormais quelques formations majeures dans de cette nouveau vague : « Enforcer », « Katana », et dans un registre plus doom « In Solitude », « Year Of The Goat ». Le combo « Night » s’inspire comme ses homologues du heavy metal du début des années 80, comme il est d’ailleurs annoncé. Il est cependant à craindre que cette toute jeune formation transgresse davantage cette divine période plus qu’elle s’en inspire. On prétextera qu’ils ont eu l’expérience d’un premier album (disque éponyme sorti en 2013) et d’une tournée en compagnie de « Ghost ». C’est en plus un producteur ayant travaillé pour « Ghost » qui produit leur seconde production, intitulée « Soldiers of Time ». Des soldats de carton-pâte si on en juge l’ouvrage. Eux et leur verroterie vont passer sous la lame d’un vil conquistador espagnol, qui s’attendait à recevoir de l’or de leur part. Le sort de « Night » va vite être tranché. C’est moi qui vous le dis.

Le choc ne sera pas immédiat. En débutant « Waiting for the Time » nous percevons un chant aigu et juvénile reposant bien sur les codes de la récente vague de heavy revival. C’est après que les lèvres vont vraiment se mordre, à l’écoute du grésillement produit par les guitares. En fait, il faut assimiler le jeu de « Night » à un « Skull Fist » extrêmement bancal. Il nous apparait de manière flagrante que les musiciens ne savent tout simplement pas bien jouer. En plus d’être maladroites les lignes de guitares et la rythmique se révèlent pauvre et très succinctes. « Secret War » offrait pourtant une belle entame atmosphérique. Mais on va s’apercevoir en entrant dans le vif du sujet que ça s’emmêle très vite les pinceaux pour un résultat poussif, une musique pleine de paresse et d’imprécision. Sur « Above the Ground » le chanteur tentera en vain d’apporter la subtilité qui manque horriblement aux guitares, le refrain par son action, n’est d’ailleurs pas trop mauvais. On aurait voulu que le son motorisé des débuts se poursuive pour créer un heavy musclé. Il n’en sera rien. Et ça semble hors du niveau des guitaristes.

C’est bien un problème de niveau auquel on fait face. Ainsi, on pourrait sentir les maintes hésitations des musiciens, les mélodies souvent vues au rabais, les riffs poreux et sans profondeur, en plus d’être répétitifs. Ça tue toute dynamique et ça éternise la piste rendant par exemple l’écoute de « Ride On » un véritable calvaire. Même sous l’apport d’une vieille touche NWOBHM sur des morceaux tels que « We’re Not Born to Walk Away » et « Kings and Queens », ça ne motive guère. On sent toujours autant d’imperfection et d’immaturité. « Kings and Queens » se singularise un peu plus positivement par la grosse charge de batterie à son commencement, alors qu’on la percevait sans le moindre relief sur un « Across the Ocean », plutôt enthousiasmant, bien que techniquement limité. L’échec n’est ainsi pas entier dans le heavy de « Night », on distinguerait un « Power » qui relève la sauce et le ton, tentant presque de s’élever à la taille d’« Enforcer ». Le manque d’imagination et d’audace auront cependant raison de ce titre qui se voulait plus réactif que la grande majorité des extraits de ce misérable opus.

Chaque singe possède sa branche, même le plus laid d’entre eux. Celle de « Night » n’est certainement pas le heavy metal, dont les membres ont énormément de mal à maîtriser. Y compris le chanteur, dont l’exercice à la voix est tout juste plus potable que les autres intervenants. Néanmoins, à l’écoute des ballades qu’offre « Soldiers of Time » l’auditeur aura une révélation. Les ballades de ces jeunes suédois sont de premier ordre. Le groupe se montre tout à son avantage en grattant sur des guitares sèches, que cela soit avec un « Towards the Sky » dans la fibre du folk rock issu des années 70, ou même dans le court extrait blues « Wanderlust ». La meilleure illustration de « Night » sur cet album sera avec certitude le beau « Stars in the Sky ». Une ballade plus champêtre et émotionnelle que ses semblables, additionnée par un fond sonore à l’orgue Hammond, comme à une lointaine époque. Une preuve s’il en est que le quatuor a de l’avenir malgré tout.

L’avenir de « Night » est compromis, mais pas celui de ses membres. Cela peut paraître contradictoire. Je m’explique: Ce sont tous de mauvais interprètes en heavy metal. De trop nombreux titres se distinguent par un manque assez inédit de jeu et de réactivité. De la folle énergie du heavy revival, tout en dextérité et en excentricité, il n’y parait rien. Mais alors, rien du tout. Quant aux ballades constituant l’album, là c’est tout autre chose. On se permet alors de relativiser quelque peu l’échec, et estimer que leur voie aurait dû être tracée dans le folk rock, à jouer des seules guitares acoustiques. Il parait incroyable en revanche qu’un groupe jouant un heavy metal aussi famélique ait acquis une certaine notoriété. Il y a un réel fossé technique qui sépare « Night » des autres formations suédoises de heavy revival. Pire encore, on se met à croire qu’à l’issue de leur second album, ils n’aient pas passé le cap de simples musiciens amateurs ou débutants en matière metal. Le temps leur est compté.

09/20

 

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