chroniques et interviews metal

4711Obscurity : Vintar

posted by alonewithl on janvier 31st, 2015

Obscurity : VintarUn hiver sans neige. Depuis toujours en Occident, la saison froide était associée au blanc du gel et du grand manteau poudreux. On s’accommode en fait le plus souvent de vent froid et de pluies glacées, mais on attend la neige. Qu’elle soit crainte par les adultes ou vénérée par les petits, on l’attend toujours. Pour la formation allemande « Obscurity » les choses sont quelque peu différentes. Je crois qu’aucune de leurs sorties n’a bénéficié de réelle attente enthousiaste ou non. C’est un groupe qui a pourtant une certaine longévité, qui a produit des opus parfois très potables, qui n’est pas non plus considéré comme un troisième ou un quatrième couteau. La problématique peut nous paraître illogique. En 2014, « Obscurity » sort son septième album, et peu en parlent. En fait, tout comme ses précédents. Cette formation, s’illustrant par un black death teinté pagan, plutôt d’aspect rugueux, à la teutonne comme dirait certains, a renforcé sa part épique si on en croit l’éponyme de 2012, avant dernier forfait en date. On jurerait désormais qu’Agalaz et ses compères cherchent à s’affirmer en tant que groupe de pagan authentique. Sans opérer un véritable bouleversement, ni même renier ses acquis, il est bien question d’un léger changement dans la continuité de l’album éponyme. « Vintar », signifiant en vielle langue Allemande « Hiver », est un concept-album basée sur une fiction post-Ragnarök. La mythologie n’est pas respectée, mais l’identité germanique y est célébrée plus que jamais. Seulement, la neige se fait toujours attendre.

Il tombera des giboulées sur « Schicksal der Götter ». Rien ne nous préparait à autant de brutalité d’un seul coup, pas même une introduction acoustique ou symphonique comme on a le droit communément. Le black death d’« Obscurity » nous assomme donc dès les premiers instants par une prolifération de coups et de riffs hargneux. Le chant se montre aussi sous une apparence rude et pressante. Pour ainsi dire, tout est solide, c’est une force impassible, redoutable qui prévaut, jusqu’à ce que la piste stagne en son milieu. La perfection est assez rare dans des milieux aussi rudes, mais il faut reconnaître que les allemands s’y débrouillent pas trop mal. On supporte ainsi assez facilement un écrasant « Alter Feind », qui mise essentiellement sur la lourdeur, la fermeté. Le titre est palpitant, bien que monobloc sur une bonne moitié de piste. Pour couper court à toute monotonie, la seconde moitié dévoile des guitares un peu plus fluides. Cette monotonie est un véritable risque dans ce type de metal si abrupt.

Hélas, le sentiment de répétition se fera jour insidieusement sur une bonne partie des compositions du présent volume. Ce sera notamment le cas de « Wodanheim », qui aurait pu nous séduire à prime abord par sa rythmique alerte et mécanique. Cela perd manifestement en efficacité au fur et à mesure d’un déroulement trop identique. On pourrait presque en dire la même chose au sujet de « Naglfar », se distinguant par son rythme martial, sa solennité et un gain en mélodies, et s’assimilant pratiquement aux travaux du confrère « Suidakra ». Ce serait probablement la faute d’un chant/growl trop haché, compressé. Jusqu’à présent il n’était question qu’un mélange bien dosé entre death et black. Ces deux genres vont plus ou moins se démarquer selon les diverses autres pistes. Nous aurons ainsi une très large dominance death metal pour le tonique et rebondissant « Dominium ». Il en sera de même pour « Alte Zeichen », bien que sa rythmique se révèle frénétique à la différence de « Dominium ».

Comme annoncé, le black metal connaîtra aussi son petit moment de gloire. Il y est presque entièrement consacré sur le rageur et immersif « Feld der Ehre », quoiqu’entrecoupé de growls. Il est d’ailleurs appréciable pour ses riffs acérés à la manière d’un « Satyricon ». Ce black metal devra s’associer au pagan au niveau du refrain de l’intense « Nebelwelt ». Le mélange s’opère efficacement et permet un relâchement de pression. Ce qui ne sera pas le cas de l’éponyme « Vintar » qui use d’un black pagan consistant, mais très monotone. On se rend compte du gain qu’a pris (à faible proportion tout de même) le pagan metal dans la musique d’« Obscurity », confirmant l’amorce de l’album qui a précédé ce volume de 2014. On en retrouve aussi sur un mouvementé, mais moyennement savoureux « Sieg Oder Niedetgang », et encore sur le notable « Legiones Montium », sans conteste le bijou de l’ouvrage, avec sa splendide entame acoustique. Il aurait été profitable pour le groupe de ne produire que des titres de ce gabarit, aussi bombardé, ou exploitant cette identique profondeur épique.

Ce n’est pas avec « Vintar » que nous observerons une révolution dans le metal à tendance pagan en provenance de Germanie. Comme trop souvent redouté dans tout ce qui se rapproche du pagan allemand, la musique y est excessivement rêche, répétitive. Bon nombre de morceaux de ce présent, réalisé par la troupe d’Agalaz, ont beau afficher puissance et détermination, ils se perdent à force de trop de rigueur et de constance. Pour créer quelque chose de magique, il faut de l’inédit. Certes, on retient un traitement plus avantageux du pagan au dépend du black death commun à la formation, à travers ce « Vintar », en cohérence donc avec l’opus « Obscurity ». Seulement, à la différence de ce dernier, « Vintar » offre un sentiment plus partagé. Faute à une conception inégale et moins soignée. Même un guerrier bien équipé et expérimenté piétine dans la neige. Il ne chutera pas, mais avancera lentement. « Obscurity » se fait toujours attendre.

13/20

 

 

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