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4728Messiah’s Kiss : Dragonheart

posted by alonewithl on février 6th, 2015

Messiah's Kiss : DragonheartLoin du statut de potentiel prodige qu’on pouvait leur accorder à leurs débuts, « Messiah’s Kiss » se contente d’une position inférieure à ses attentes dans l’univers du heavy/power, faute à une scène germanique déjà bien saturée dans le milieu des années 2000, et à une qualité amoindrie au fil des albums. Le troisième opus, bien que salué par les critiques, va s’avérer être l’acte le moins glorieux de la formation. On ne retient plus la présence du guitariste Alexander Hitz en 2007. Le line-up de « Dragonheart » se réduit à quatre membres, mais privilégie d’une production et d’un mixage signés par le maître Herman Frank, qui prête aussi son concours sur certaines parties guitare de l’ouvrage. Comme pour l’album précédent, « Metal », Rainer Hänsel joue le rôle de producteur exécutif. Tentant un coup d’éclat, presque dépassé par une scène qui ne veut déjà plus de lui, « Messiah’s Kiss » ne peut plus cacher ses fragilités et se jette entièrement dans la gueule de la bête, voué à une mort certaine.

Si « Metal » suivait un mouvement de tempérance relative, il n’en est apparemment pas de même pour « Dragonheart » qui commence par un titre sans la moindre finesse, s’évertuant à produire des relents nerveux de « Judas Priest ». « The Ancient Cries »se traduit, en effet, par un heavy speed mal conduit, graveleux, qui parvient difficilement à renouer avec les compositions de leur premier édifice, « Prayer for the Dying ». Autant, on pouvait reprocher un manquer de virilité sur « Metal », autant « Dragonheart » en abuse de manière désagréable. « Judas Priest » ne réussit plus du tout à « Messiah’s Kiss », si on en juge également par le titre éponyme. La nervosité héritée de « Painkiller » se paie ici de confusion et d’imprécision, surtout venant de la guitare et de la batterie, qui n’auront guère brillé sur cet album. Mais leur cas n’est pas isolé. Ce sera au tour du chanteur de fauter sur le heavy speed de « Steelrider ». Les couplets du morceau se trouvent handicapés par la contre-performance d’un Mike Tirelli quelque peu désabusé, ne donnant pas le sentiment d’y croire.

La force se pare décidément de laideur. On ne retient point dans notre estime les titres les plus prononcés. Il y aurait bien une exception avec « Babylon », brut de décoffrage, se révélant un peu redondant, mais charmant par son refrain bien en chair et son flux mélodique. Autre point positif, un chant se rapprochant cette fois étonnement de celui, divin, d’Anthony Taylor. Mike se révèle encore être l’homme providentiel grâce à sa voix malléable. On retient également à son profit une tentative de rapprochement avec la voix de sieur David Coverdale, sur le heavy rock de « City of Angels », aux accents bluesy et à la légèreté propre aux ballades de la fin des années 80. L’essai dans ce registre plus consensuel, est beaucoup moins concluant à travers « When the Falcons Cry ». La batterie d’Eckhard Ostra y fait une démonstration des plus affligeantes. On ne cerne d’ailleurs pas très bien le jeu de la batterie, tantôt ramassé, tantôt complètement fou. Dans le dernier cas, on citera un très énergique, mais répétitif « Nocturnal », dont la fougue semble d’ailleurs dépasser le chanteur.

On dit souvent, que mieux vaut en faire trop que pas assez. En ce qui concerne « Open Fire » c’est clairement trop. « Messiah’s Kiss » s’évertue ici à produire un hard rock tout en excentricité, mais totalement indiscipliné. C’en est même bordélique. Et il faut s’efforcer de ne pas prêter trop attention aux riffs graveleux et dégueulasses de guitare. A côté, le sobre heavy Metal de « Northern Nights » passe pour une pure merveille. Ce n’est certes pas un morceau formidablement développé, mais il figure parmi les extraits les plus riches du présent volume, en particulier grâce à sa légère touche atmosphérique. De cette touche, il en est aussi question pour la conclusion « The Ivory Gates », le faisant presque passer pour une composition du prolifique « Axel Rudi Pell ». Du moins s’agissant de l’entame. C’est tout aussi solennel, bien qu’après 1 :10 minute le groupe accouche d’un heavy speed avec des touches power Metal, bien perceptibles sur le refrain. Jusque-là « Messiah’s Kiss » avait toujours réservé au moins un morceau avec du power Metal sur chaque album. Il perpétue la tradition, et c’est toujours aussi efficace, y compris sur cet objet disgracieux et brouillon qu’est « Dragonheart ».

C’est un « Messiah’s Kiss » démuni, désarmé qui se présente à nous sur ce « Dragonheart » de 2007. Les musiciens ne paraissent plus maîtres de leurs instruments. On aura souvent à reprocher un jeu grossier, irritant et en manque d’imagination, plus précisément, de la part du batteur et du guitariste. Le chanteur se montre parfois lui aussi suffisant, bien qu’il reste au-dessus du niveau général des acteurs, au point de sauver de justesse le combo de la catastrophe. Les auditeurs semblent avoir compris le message, malgré les fausses-promesses enthousiastes de diverses fausses-critiques. Après ce forfait, le projet ne faisait plus le moindre émule et le groupe, mis en difficulté, s’est concédé une très longue pause, afin de mettre les choses à plat. La déroute se traduit par un sacrifice inutile, par un très long silence, par un oubli. On dit que l’Histoire est écrite par les vainqueurs. En 2007, « Messiah’s Kiss » se livre, vaincu.

11/20

 

 

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