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4730Messiah’s Kiss : Get Your Bulls Out !

posted by alonewithl on février 7th, 2015

Messiah's Kiss : Get Your Bulls Out !L’expérience ratée de « Dragonheart », puis la maladie de Mike Tirelli et de Georg Kraft auraient pu mettre un terme définitif à l’expérience de « Messiah ‘s Kiss ». Georg Kraft est aujourd’hui rétabli, Mike a pu triompher du cancer de l’estomac, qui avait emporté son idole Ronnie James Dio en 2010. Et ils se remettent en plus à composer pour un prochain album, aux côtés d’Eckhard Ostra et des deux frères Banks. Jason avait rejoint son frangin Wayne en 2007, suite au départ d’Alexander Hitz et de la sortie de « Dragonheart ». Il n’a alors pas pu faire ses marques ou montrer sa valeur au sein de la formation « Messiah’s Kiss ». Ça ne saurait tarder. La confiance est telle, que les frères Banks ont officiellement rejoint l’autre projet de la paire Kraft/Ostra, « Repression », que ces derniers ont reformé en 2008, suite au split qui avait d’ailleurs marqué l’acte de naissance de « Messiah’s Kiss ». L’entente entre les membres est, pour ainsi dire, parfaite. Il en est autrement de leur contrat avec SPV/Steamhammer. Le groupe figure désormais au sein de la maison Massacre Records. Sept après leur précédent album, les membres de « Messiah’s Kiss » montrent qu’ils ne sont pas morts. Ils auront même pris du bifteck entre-temps à en écouter leur quatrième album paru en 2014, nommé avec humour « Get Your Bulls Out ! ». D’après, que la consommation d’animelles de taureau possède des vertus curatives.

Vous allez en manger des couilles. C’est moi qui vous le dis. Ce dernier « Messiah’s Kiss » va vous remuer ; au premier chef, tous ceux qui l’avaient suivi lors de ses précédents ouvrages. Le groupe, qui autrefois officiait dans un heavy burné, parfois à tendance speed, plus occasionnellement power Metal, a changé son fusil d’épaule pour exercer un mélange audacieux entre heavy Metal et hard rock burné. C’est ainsi que l’on jugerait le premier extrait parvenant à nos oreilles, le redoutable « Living in Paradise ». Nous découvrons ici une musique vive, mature, attachante et sans le moindre complexe. Il n’y aurait que les chœurs que l’on puisse considérer comme faiblards. Concernant le chant et les instruments, rien à dire, ça envoie la sauce, et avec panache. On rapprocherait cette envie de tout faire voler à un très bon et mouvementé « Survivor (Take a Ride on My Heels) », qui ne fait décidément pas dans la demi-mesure. La rythmique alimente une tension permanente, un mur imparable ; ce qui se contraste au refrain beaucoup plus détendu et sympathique. Ce type de fort contraste s’admire également sur un « Fuel for Life », particulièrement costaud sur le plan des riffs, incontestablement heavy Metal, même si on relève un aspect tempétueux plus ou moins maîtrisé en fin de piste.

Les guitares se montrent tout aussi impassibles et fermes sur « Symphony of Sin », qui nous apparait étrangement irrité et cinglant, à mille lieues de l’euphorie habituelle relevée tout au long de l’album. Pour cet aspect, « Buried Alive » lui est assez proche, bien qu’ici cela concerne surtout sa première moitié et ses riffs crispés par à-coups. La seconde moitié de piste dévoile un jeu beaucoup plus développé et dynamique. De bien meilleur aloi. En se tenant toujours aux titres à dominance heavy Metal, il ne faut pas passer à côté de l’énergie alléchante de « Whisper a Prayer », dont le heavy speed, tout en fraîcheur, se rattache davantage de la vague revival que de leur lointaine inspiration à « Judas Priest » des volumes antérieurs. C’est tout aussi chaleureux, nourri, que le fougueux et sauvage « Nobody Knowns Your Name ». Un morceau terrible qui contribue à effacer tout ce que l’on connaissait déjà de « Messiah’s Kiss », tellement il peut leur paraître inhabituel. Il est d’ailleurs drôle de constater que le chant à pas mal de points en commun avec celui de nombreuses formations classées glam Metal. Il est certes énergique, mais suave, séducteur, parfois appuyé par des chœurs. Le distinguant entièrement d’un « Who’s the First to Die » au heavy lourd et massif, où le chant adopte un ton neutre tout aussi déconcertant, mais déjà moins captivant.

Il y aurait aussi quelque peu à redire au sujet du titre « Without Forgiveness », à ses chœurs foirés lors du refrain, et à une certaine forme de redondance détectable, même s’il faut tempérer cette impression par une rythmique particulièrement percutante et entrainante. On pourra dire que les parties de guitares sont très réussies sur cet opus, qui se découvre vraiment plus tranchant que ce que le groupe nous avait offert jusqu’à présent. L’affirmation est autant valable pour les morceaux se caractérisant davantage par un penchant hard rock. « Immortal Memory » est de ceux-là. Et vous vous délecterez de son groove déchaîné, où toute l’équipe « Messiah’s Kiss » fait étalage de tout son potentiel. Sans nulle doute une des créations les plus addictives de leur carrière, aux côtés d’un impulsif « Mission to Kill ». On aurait ici pu croire que Mike n’arriverait pas à suivre la vitesse d’exécution étourdissante produite par les guitares. Il s’y fait sans trop de difficulté, fort heureusement. C’est moins la rapidité qui est en exergue que la nonchalance sur « Rescue Anyone ? Rescue Me ! », dont les penchants hair Metal l’assimilerait avec réalisme au légendaire californien « Mötley Crüe ».

Il est certain que le groupe peut se targuer de posséder dorénavant un son américanisé, plus chaud, plus léché, fignolé aux petits oignons. Très loin des quelques bévues de ses anciennes productions, pourtant réalisées par de véritables professionnels. Celui qui semble le plus en privilégier est l’ambivalent « Only Murderers Kill Time », d’abord affligé, puis excentrique, abrasif, dans un hard rock des plus conviviales et vivants. L’extrait jouit en supplément d’une version acoustique en titre bonus de l’album. L’acoustique se montre, lui, léger, assoupi, mais très touchant aussi, sachant que s’y ajoute un fond sonore symphonique. Le mélange est réussi, bien que l’on retienne avec plus d’entrain les couplets, le pré-refrain, que le refrain lui-même. L’opus, objet de cet article, est fortement recommandé en édition digipack, pour ses deux titres bonus, particulièrement saisissants. Moins pour la version acoustique de « Only Murderers Kill Time », que pour le joyau qu’est la magistrale reprise de « It’s No Good » de « Depeche Mode » par un « Messiah’s Kiss » véritablement méconnaissable et dans une forme spectaculaire. Il est même possible que des auditeurs la préfèrent à l’originale.

« Messiah’s Kiss » revient à la charge et nous revient de loin. Pour tout dire, on l’avait cru mort. Deux de ses membres l’ont même frôlé, la mort. L’inertie a duré sept ans, et en 2014 la formation, au line-up inchangé depuis 2007, sort un volume paré de quelques petites pépites. « Metal » et « Dragonheart » ne sont plus que de lointains souvenirs. Le premier né, « Prayer for the Dying » restera hautement dans notre estime, bien qu’il se démarque moins de ce « Get Your Bulls Out ! » pour sa prise de risque ou son originalité. Pour le coup ce petit dernier est une surprise totale, une surprise qui parvient à nous combler, malgré de rares morceaux linéaires ou en proie à quelques menues insuffisances. Du heavy/power que l’on décelait alors chez eux, il n’en reste plus rien, ou quasiment plus. Le changement est, pour ainsi dire, radical. Pour ce quatrième forfait, « Messiah’s Kiss » s’exerce efficacement dans un registre volontiers hard rock, sans non plus renier pour cela le heavy Metal. Pas n’importe quel hard rock cependant. Un de ceux, bien musclé, qui vous piétine, qui vous en fait voir de toutes les couleurs. Pour leur retour plutôt décoiffant, on pourra affirmer qu’ils ont sorti les burnes.

14/20

 

 

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