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4740Stream City : Hoax

posted by alonewithl on février 9th, 2015

Stream City : HoaxIl y a des trucs comme ça qui viennent du fin fond de nulle part, dont on a jamais auparavant parlé et dont on a point douté l’existence. C’est un peu ce qui arrive pour la formation « Stream City », bien qu’eux ne proviennent pas de nulle part, mais du Danemark. D’après que le groupe a commencé à se faire connaître par l’intermédiaire de ses deux EPs, au point de décrocher quelques prix dans leur pays. C’est vrai que l’écoute de « Hello Gravity » (2010), puis de « Welcome Paramnesia » (2011) a dû être pour certains une vraie révélation. On découvre à travers ses premiers ouvrages autoproduits un mélange assurément audacieux entre punk rock et musique folk, parsemé parfois de multiples autres influences. Une jolie et fraîche salade composée, qui grâce au talent de cette folle équipe a pu voir le jour. On comprend dès lors mieux la série de louanges et de nominations pour ce tout nouveau venu. Le groupe édite et sort en 2015 son premier album, « Hoax », via la maison danoise Prime Collective. Parfois, les bonnes choses nous parviennent sans qu’on les anticipe, sans qu’on les cerne dans leur totalité. Comme pour les précédents Eps, l’album « Hoax » mange à tous les râteliers. Il parle aux loups comme aux cervidés.

En fait, un titre comme « Poltergeist » représente à lui seul l’extraordinaire richesse de l’univers et des orientations musicales de « Stream City ». On y décèle sous différentes humeurs en plus du punk rock et du folk rock, des éléments ska, hardcore, jazz. Un sacré méli-mélo où s’incruste même des airs de violon de la culture traditionnelle yiddish. Ce premier pot-pourri avait été introduit par un « Dystopia » tout en subtilité, en sensibilité. L’introduction de l’ouvrage mettait ensemble en relief des sonorités synthétiques, puis plus classiques, par de légères touches symphoniques tout à fait délectables. Cette relative part symphonique se rencontrera de nouveau sur les morceaux qui finalisent l’ouvrage. A plus forte proportion, sur un enfantin et radieux « Clock of Immortality ». Des sons de lyre, de clavecin, mais aussi une imitation d’orgue de barbarie s’y ébruitent. L’ambiance de carte-postale, de vieux manège, fait durablement face à la modernité. On retient également une part de symphonie en conclusion du sec, mais tout aussi ravissant « I, the Watcher of Earth », ou encore, toujours à petite proportion, sur l’interlude au piano « Prelude to an End », qui fait office de requiem.

Comme ce dernier cité, ce n’est pas non plus le fou-rire sur « Sea of Lies ». Le titre s’anime doucement dans un folk rock du meilleur aloi, légèrement perturbé, loin en revanche des réelles capacités offertes par la formation sur ce présent volume. La musique folk est derechef à l’honneur dans un « Epoch of Revolution » tourmenté, lui aussi, mais beaucoup plus vivace et remuant. On pourra dire que le violon de Christian fait des merveilles, passant sans la moindre difficulté du yiddish au celtique sur le très démonstratif « Dying Suns ». Morceau qui d’ailleurs manie très habilement le contraste entre le ton amusé du violon et le couple endurci et rageur guitare/batterie. De telles tensions, de tels affrontements, où tout semble s’opposer, sont légion sur cet album. On pourrait croire que cela entretiendrait quelques cassures dans le déroulement des compositions. Il n’en est rien. La diversité, pourtant poussée à son paroxysme, passe sans la moindre difficulté tout en finesse et en fluidité. Nous n’aurons aucun problème à saisir, par exemple, la fougue, parfois violente, de « Manipulator ».

Tous les sentiments se mêlent, tout se dit. « Hoax », c’est presque une authentique personne qui s’y exprime, capable de gentillesse comme de méchanceté, de douceur comme d’âpreté. Nous ne serons pas étonnés de cerner le dur pas militaire en ouverture d’une musique nonchalante, toute chaloupée, à travers « Hail the Machine ». Le chant à mi-voix de Dion nous faisait croire à un moment que nous étions placés sous la confidence. Cependant, les éclats de voix du pré-refrain et du refrain, nous démentent la préparation de tout complot, même si l’extrait en question compte parmi les plus froids et abruptes de l’œuvre. Ne vous fiez pas non plus à l’entame de « The Hoax » tout en solennité par le pouvoir des orgues. Il y aura bien ici un passage vers les ténèbres en fin de morceau, mais nous nous baladerons les trois-quarts du temps dans une musique enjouée entre pop rock et folk celtique. Le chanteur intervient d’ailleurs de manière très brillante sur le refrain, digne comme ferait un grand de la pop. L’attention de l’auditeur, je parle plus aux amateurs de folk et de rock bien ferme, ira au profit du frénétique « Witch Hunt ». La pression y est énorme, pourtant la musique s’égosille, à l’image du violon gambadeur qui nous irrigue de sa magie celto-irlandaise, comme si tout cela était naturel.

Il y a des trucs comme ça qui viennent du fin fond de nulle part, dont on aime à parler et dont on fait aujourd’hui l’éloge de leur existence. « Stream City » a beau s’affilier au punk rock, nous nous sentirons pourtant très éloigné des classiques virulents et simplistes du genre. En fait, ce style est noyé aux côtés de nombreux autres pour créer un environnement à part entière, un autre monde, merveilleux, mais néanmoins point idéalisé. On ne se soumet pas à la tentation de la féérie, il est plus question et histoire de réalité. Le groupe semble avoir pris un peu de recul si on en croît leurs précédents EPs, exploitant davantage l’esprit punk que leur dernière création à ce jour. L’objet « Hoax » est pourtant fort recommandable pour tout amateur de folk et de pop rock bien fouillé, et met à profit une évolution plus technique et plus diversifiée, au point de les faire passer pour un groupe surnaturel ou contre-nature. Des espaces tout en variété et en couleurs vous sont à portée de mains. N’hésitez pas à les tendre et à saisir l’occasion.

17/20

Clips Officiels:
. Poltergeist
. The Hoax

 

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