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4747Cruadalach : Rebel Against Me

posted by alonewithl on février 15th, 2015

Cruadalach : Rebel Against MeMalgré un début de carrière honorable, les tchèques de « Cruadalach » ne parviennent pas trop à percer dans nos contrées. A vrai dire, la République Tchèque ne brille pas vraiment dans le folk metal. On ne citerait que leur confrère et presque parent « Silent Stream Of Godless Elegy » comme représentant de valeur dans cette scène folk nationale quelque peu désolée. Parent, parce qu’en plus d’avoir des membres originaires, la marque de fabrique « S.S.O.G.E » était latente sur nombre de compositions du groupe « Cruadalach » jusqu’à présent. Pressentant ce manque d’originalité, ou plus exactement de personnalité, ils s’en sont allés vers une toute autre direction. Entre temps certains membres, y compris le membre fondateur Aleš Cipra, ont choisi de partir et ont été aussitôt remplacés. Ils n’auront donc pas participé à l’élaboration du second effort de la formation, dorénavant signé chez le label tchèque MetalGate, et qui promet bien des surprises. Assurément, « Rebel Against Me » n’est pas « Lead – Not Follow ». Le mouton qui se prenait pour un loup se serait transformé en une fragile colombe qui se prend pour un être humain.

Ce nouvel album se base sur un concept assez commun d’apparence, mais peu évident à aborder, surtout en matière metal. « Rebel Against Me » est pour ainsi dire un hommage au pacifisme, à la paix mondial, dans une démarche plus planétaire et moins redondante qu’un certain « Orphaned Land », qui se limite abusivement trop aux trois religions du Livre et trop à la région du Proche Orient, dont on commente à foisons le moindre éternuement. « Cruadalach » débute par un extrait du fameux et émouvant message pour l’humanité de Charlie Chaplin issu de la fin du film « Le Dictateur ». « Revolt Without a Name » va par la suite curieusement dérouler dans un mélange folk core assez osé, déjà décelé chez leur confrère hongrois « Niburta », qui aura fortement influencé « Cruadalach » dans la création de leur nouvel album, semble-t-il. A ceci près, que les tchèques usent dans ce morceau d’une musique plus orientale. Cette orientation en direction du core va apporter une certaine virulence, d’ailleurs très bien ressentie à travers le titre éponyme. Mais, elle apparait parfois quelque peu indigeste, ou peu approfondie. On se situe quand même assez loin du niveau de « Niburta ».

La petite formation hongroise, qui a d’entrée bien marqué les esprits en Europe Centrale, n’est pas la seule auquel « Cruadalach » jetterait son dévolu. On sentirait planer l’ombre d’« Eluveitie » sur « Stuff that Matters ». Une voix claire monocorde offre un peu de diversité au morceau. Elle est d’ailleurs présente sur le timoré « Earth Café », plus touchant que le chant hurlé de Radalf, qui se fond assez difficilement dans le folk metal bâti par « Cruadalach », quand celui-ci n’explore pas musicalement le domaine core. Il parvient mieux à se défendre au sein du très champêtre « Life Whorshipping Bastards ». Sans doute parce que la part folk prend là de la puissance, alors qu’elle apparait trop souvent dans ce disque en retrait, en simple fond sonore. Ce n’est pas faute non plus de proposer des morceaux riches, alternant vélocité et douceur, parfois les deux liés ensemble, mais même dans l’apparente communion du tempéré « Wolves at the Gate », ça ne prend pas idéalement. Le tout passe bien trop vite, sans que l’on puisse tout retenir, à l’image d’un tiède mais indifférent « Shiva World Dance Party », aux riffs saccadés et aux chœurs campagnards.

Les titres les plus marquants de cet ouvrage un peu plat sur le fond, se situeraient en fin de volume, aussi parce qu’ils apparaissent plus évolués, plus élaborés. « Karma to Burn » est par exemple un vrai fouillis, toujours placé sous tension. Enfin, presque toujours, puisque nous aurons la joie de croiser un break folk fantastique et rafraichissant qui tranche très nettement avec le reste de la piste. En comparaison, « Satyros » affichait cette quiétude en entame et surtout sur un bon tiers de piste au milieu, pour ensuite propulser la vélocité des guitares et du chant. S’il y a bien un titre où la grâce, la douceur, voire la tristesse, opèrent c’est bien « The Astralnaut ». Celui-là débute par une partie d’une allocution du philosophe indien pacifiste Jiddu Krishnamurti. On pourra reproc her à « The Astralnaut » son aspect terne. Le chant hurlé est de plus mis au banc par le chant clair monocorde, qui s’illustre parfois très brièvement selon les extraits. Il nous invite et nous initie au repos, juste avant d’être ébloui par les fins et doux rayons de « Zieme Niczyje », que l’on pourrait croire extrait d’une bande son de film hollywoodien. Cet instrumental vibrant et lumineux est la valeur suprême de cet opus quelque peu inoffensif.

« Cruadalach » nous surprend en ce début d’année 2015, mais va en deçà des promesses laissées par son précédent ouvrage. En effet, leur musique a beau avoir suivi un virage à 180 degrés, à mettre au profit cependant de l’exceptionnelle sortie de « Screams from the East » du jeune et surdoué hongrois « Niburta », cependant le tournant n’est pas vraiment assimilé par la formation tchèque. Les compositions ont beau reposer sur un concept assez bien développé, pour changer, mais la musique semble beaucoup trop terne, trop linéaire, malgré sa richesse incontestable. « Rebel Against Me » est ouvrage audacieux qui ne paiera aucunement les efforts consentis par « Cruadalach ». Il est même certain qu’il passe incognito et dans l’indifférence générale. Devant cette semi-déception, deux choix s’offrent à eux : Continuer dans cette voie et faire en sorte d’y intégrer tous les éléments avec une production mettant plus à profit les instruments folk et la puissance vocale ; ou bien revenir en arrière. « Entre deux solutions, opte toujours pour la plus généreuse. » comme disait Jiddu Krishnamurti.

13/20

 

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