chroniques et interviews metal

4763Dexter Ward : Neon Llights

posted by alonewithl on février 21st, 2015

Dexter Ward : Neon Llights« L’Amérique, l’Amérique, je veux la voir et je l’aurais », chantait Joe Dassin. Les membres de « Dexter Ward » ne l’ont certainement pas connu ou moins chantonné, mais ils pensent très fort à l’Amérique. Formé notamment par des anciens membres de « Battleroar », valeur sûre du heavy épique grec, « Dexter Ward », dont le nom est tiré de celui d’un personnage issu de l’œuvre de Lovecraft, a pour objectif de faire revivre le heavy US des années 80. Mais comme Joe Dassin qui faisait de son rêve américain une chanson qui n’a pas su vraiment dépasser les frontières de la France, « Dexter Ward » prétend à un heavy US qui semble paradoxalement s’inspirer davantage de formations britanniques. L’auditeur fera impasse sur ce quiproquo et saura se contenter, à raison, des vertus musicales offertes par leur premier disque, « Neon Lights », qui fait directement suite à leur EP « Antarctic Dreams » sorti en 2010. Amérique ou Grande-Bretagne? La nuit tous les chats sont gris, et seules les lampes néon sont là pour nous éclairer.

Seulement, lors de la première piste, ces lampes que l’on entend bourdonner vont exploser sous les tirs d’une arme à feu, donnant le départ de « Metal Rites ». Un titre aux riffs gras et salvés, bien inspiré de « Judas Priest ». Le chant de Mark Dexter se brasse dans cette même véhémence trépidante, tenace, mordant. Le heavy metal pratiqué par la formation est volontiers abrasif, et très axé dans celui de « Judas Priest », bien que l’on y trouve aussi quelques exceptions. « Ghost Rider » reprend aussi cet engagement priestien. On le retient malgré tout pour ses riffs thrashisants et un chant troublant qui semble aller entre celui de Halford et celui de Biff Byford. Cet extrait semblerait bien plus réussi que celui, également priestien, de « Back to Saigon », menaçant, ombrageux, mais aussi quelque peu grésillant, comme usé par la fatigue. La rythmique y est curieusement essoufflée et beaucoup plus linéaire, comme souffrirait à moindre dose « Youngblood », qui peut néanmoins trouver son salut dans un refrain particulièrement fluide et entêtant.

Comme il est coutume dans le heavy typé années 80, on mise énormément sur des refrains simples et mémorables. « Evil Nightmares » n’échappe pas à la règle. Le jeu est quelque peu redondant, mais on assiste aux pouvoirs de mutation du chant de Mark Dexter, qui trouve moyen de rendre sa voix plus tendre, à la manière d’un David DeFeis, au point que le refrain donne l’illusion de se retrouver face à une composition mid tempo de face B de « Virgin Steele », ce qui n’est pas trop mal. Le heavy de « Double Dragon » se montre aussi assez sage en comparaison des morceaux plus virulents que contient cet album. On le surprend même dans un heavy plus proche de la vague revival issue du milieu des années 2000 à nos jours. Ça se montre à la fois tout en légèreté et en excentricité, exposant d’ailleurs toute la dextérité des guitares. Tout le contraire de l’énorme giboulée de riffs gras et rugueux perçue sur « Return of the Longships », qui se rapproche plus du heavy américain comme « Evil Nightmares », par son chant épique et ses beaux arpèges notamment. « Blackout in L.A » s’illustre à son tour dans un registre quelque peu différent. Nous avons là une sorte de croisement entre du « Iron Maiden » du début des années 2000 avec du « WASP ». Ça se laisse dompter assez facilement, bien qu’il soit assez redondant.

Toute la violence héritée par « Judas Priest » se trouve confrontée aux acquis des membres en présence. Nous y retrouvons de sorte même quelques traces du heavy épique originaire de « Battleroar » chez « Dexter Ward ». On n’est donc pas assuré de trouver spécifiquement du heavy américain tiré des fameuses années 80, comme il était annoncé au départ. Il s’agirait plus en fait ici d’un groupe grec qui teste ses possibilités, qui étale ses ressources. Il y a de l’engagement, de la vigueur, de la foi. Cependant, « Neon Lights » comporte parfois des défauts inhérents au heavy metal des eighties, au premier lieu une simplicité assumée qui mène parfois à la redondance de certaines compositions, des riffs bourrus qui pourraient trouver facilement la lassitude chez l’auditeur en cas de répétition à outrance. La variété des influences a permis à ce titre une bonne articulation et adhésion. Reste à voir si ce mouvement se peaufinera et se perpétuera dans la durée. Ainsi, les meilleures révolutions sont toujours celles qui durent.

14/20

 

 

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