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4761Ensiferum : One Man Army

posted by alonewithl on février 21st, 2015

Ensiferum : One Man ArmyIl y en a qui doutaient encore. A ce stade, le doute est désormais révolu. « Ensiferum » a été et restera un monument de l’univers folk/pagan metal, ayant inspiré dans son sillage de multiples autres formations, de tous pays, parfois de tous continents. Mais, tout Napoléon a eu son Waterloo, tout héros antique grec a connu une fin tragique. « Ensiferum » connait le crépuscule en cette année 2015. « Unsung Heroes », sorti en 2012, annonçait déjà les prémices de sa chute à venir. Il est établi que l’effort avait beaucoup divisé les fans, percevant pour certains un fléchissement dans leurs compositions, axées autour de la grandiloquence symphonique, comme l’avait été « From Afar » auparavant, mais de manière moins pertinente. Quelque chose était défaillant dans le cœur d’ « Ensiferum ». On remettait cette moindre fortune à une prochaine réalisation, qui va aller au-delà de nos pires craintes. « One Man Army » présente « Ensiferum » comme on ne l’avait encore jamais vu, vieillissant, à nu, sans la moindre arme pour se défendre. Il était comme décidé qu’il devait mourir de manière pitoyable. C’est la mort dans l’âme et les yeux chargés de colère que nous assistons impuissant à ce triste spectacle.

La chute n’a jamais été désirée, ni même été clairement pressentie si on s’en tient seulement au début de l’ouvrage polémique. L’introduction on ne peut plus classique, quoiqu’un peu banal, « March of War » lance un énergique et puissant « Axe of Judgement ». On croirait revivre là les débuts alors prometteurs d’« Ensiferum », qui annonçait également l’essor de « Wintersun ». C’est extrêmement vif, quoique peu subtil, avec un zest de symphonie en couverture. Ce qui parait être une charge tout en vigueur, un peu creuse et redondant en seconde partie de piste, et dont on constate un fléchissement qualitatif par rapport aux compositions des précédents volumes, est pourtant un des rares îlots de fortune de ce naufrage qu’est « One Man Army ». Il en est de même pour le morceau éponyme, découvert en clip officiel avant la sortie de l’album, qui paraissant poreux et insuffisant de l’avis de certains. Ce titre nerveux et épique, que l’on pourrait considérer plat et sans véritable relief en particulier à cause de sa batterie, se révèle aussi comme une bouée de sauvetage, un refuge, au su du restant.

Curieusement, aucun véritable bouleversement musical ne se profile à l’horizon. « Ensiferum » reste plus que jamais « Ensiferum », mais l’ensemble offert par la formation finlandaise se découvre incroyablement fragile et peu inspiré, à l’image de la ballade à l’entame cristalline « Burden of the Fallen », qui reprend des faux airs de « Victory Song ». On se pose encore la question de l’intérêt de ce titre, qui ne motivera aucunement les anciens fans de la formation. Elle sera également posée au sujet de « Cry for the Earth Bounds », affichant de beaux chœurs en début, mais des chants sans réelle conviction et un mid tempo lassant à la longue. Seule l’orchestration et les bribes d’orgues Hammond donnent un semblant de vivacité à l’extrait. Concernant les titres mid tempo sans perspective, on est plutôt servi dans l’ouvrage. « Heathen Horde » est un véritable hommage fait à la redondance. Le rythme y est paresseux à l’excès. Il n’y aurait que les chœurs épiques du refrain qui nous maintiendraient éveillés.

Alors que l’on croit toucher le fond, nous creusons encore toujours plus en profondeur, lorsque nous parviendra à nos oreilles meurtries les titres maudits « Warrior Without a War » et « My Ancestor’s Blood ». Les pires compositions d’« Ensiferum » ? Peut-être, à en juger ce manque flagrant et inédit de conviction, d’âme. C’est poussif, usé, brouillon. « My Ancestor’s Blood » est même bouffi à en crever, avec une batterie malheureuse à la manœuvre, tintant maladroitement et exagérément. C’est le cœur lourd qu’ils déballeront « Descendants, Defiance, Domination ». Mélancolique, puis plus motivé par la suite. Il ne nous réconcilie nullement avec la batterie qui méprise ouvertement tout ce qui l’entoure, devenant à force insupportable à entendre. Le titre se déroule en longueur, mais rien ne se passe. On regrette alors amèrement les tergiverses autour du « Passion, Proof, Power » du précédent album, beaucoup plus fouillé et surprenant en comparaison.

S’il y a une éventuelle surprise dans ce nouvel opus, qui parait avoir tout pour nous déplaire, c’est bien avec « Two of Spades ». Le morceau est tout de suite attachant par son côté offensif, festif, comportant aussi un bon soupçon de power metal qui le propulse à vive allure. Ce qui suit est assez déroutant, c’est qu’« Ensiferum », qui tient de la folie finntrollienne, s’illustrera dans un drôle passage disco à la « Boney M », bon enfant et absolument délectable. Sans être pour autant exceptionnel, l’exercice nous révèle enfin une légende du metal finlandais à la hauteur des attentes. Il en est un autre qui pourra nous charmer, bien que l’on se placera désormais dans une musique éloignée du metal, à proprement défini. En effet, s’agissant du dernier morceau figurant sur la galette, « Neito Pohjolan », il est plutôt question de country rock mêlé parfois à du tango, mené par l’ex-accordéoniste de « Turisas » Netta Skog, au chant également. Conclusion, somme toute sympathique, peu démonstrative malgré tout, qui ne parviendra aucunement à effacer la défaite d’« Ensiferum » par cet album.

C’est avec amertume et regret que nous découvrons ce « One Man Army ». Le plus mauvais volume à ce jour du mythique et unique groupe finlandais « Ensiferum », ou le moins bon, c’est selon. Mais il fait incontestablement très pâle figure aux côtés des précédentes sorties, y compris « Unsung Heroes », qui était l’œuvre reconnue la moins unanime. Personne désormais ne pourra contester la méforme de la formation, sa très nette perte d’inspiration aussi. « Ensiferum » a voulu revenir à ses glorieux débuts. Et bien, c’est réussi. La part symphonique omniprésente chez « From Afar » et « Unsung Heroes » s’en serait en partie en allé au profit d’un énorme vide. Une dérangeante sensation de vide se dégage effectivement de ce disque. L’« Ensiferum » qui s’y trouve nous donne l’impression d’un sous-produit d’« Ensiferum », comme il existe tant d’autres ailleurs, de tous pays, parfois de tous continents. La bande de Markus Toivonen se trouve aujourd’hui dépassée par le peloton qui l’a poursuivi et copié. C’est un homme, un homme seul, autrefois meneur, en prise contre sa propre armée.

11/20

Clip Officiel:
. One Man Army

 

 

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