chroniques et interviews metal

4873Arstidir Lifsins : Aldafǫðr Ok Munka Dróttinn

posted by alonewithl on mars 5th, 2015

Arstidir Lifsins : Aldafǫðr Ok Munka DróttinnL’Islande a beau être un pays isolé et très faiblement peuplé, elle pèse quand même son poids en matière de musique metal. Les groupes « Sólstafir » ou « Skálmöld » ne sont pas à présenter. En revanche, jouissant d’une moindre réputation « Árstíðir lífsins » ne parle qu’à quelques-uns. En fait, on devrait davantage la cataloguer comme une formation germano-islandaise, car elle est constituée de membres de nationalités islandaise et allemande, dont un certain Marcel Dreckmann, voix emblématique de la formation « Helrunar ». De la patte de « Helrunar », il en est justement de plus en plus question chez « Árstíðir lífsins ». Virevoltante, dérangée et instable, il y a quelques années, avec leur pièce « Jǫtunheima dolgferð », la musique du groupe se serait depuis densifiée, refroidie, ramassée même au point de se confondre désormais avec leur confrère allemand. Ce constat a commencé à poindre à travers « Vápna Lækjar Eldr » paru en 2012 et se confirme pleinement au sujet de l’album ici décrit. « Aldafǫðr Ok Munka Dróttinn » est la pièce la plus longue jamais composée par « Árstíðir lífsins ». Mixée par Markus Stock d’ « Empyrium », elle se constitue de deux disques, afin de mieux supporter la charge de la durée supérieure à 1.20 heure. Cette nouvelle histoire rapportée par « Árstíðir lífsins », tel un long voyage dans les terres d’Islande, va s’avérer aussi plaisante qu’épuisante.

Le tout premier élément qui vient à nos oreilles est le son produit par un violoncelle taciturne et le bruit d’un vent glacial. La première impression est souvent la bonne. Nous découvrirons là avec « Kastar heljar brenna fjarri ofan Ǫnundarfirðinum » un « Árstíðir lífsins » bien plus pesant et marqué qu’il ne le fut sur les œuvres précédentes, bien que celui-là réitère la structure volontairement décousue de ce qu’on lui connaissait. A savoir, des phases de plénitude dominées par les chœurs, des passages narratifs, puis enfin un black metal abrasif, parfois impulsif avec une force frénétique et destructrice. On sent aussi cette pesanteur dominante, cette apparence des plus ternes et spirituelles à travers « Úlfs veðrit er ið CMXCIX », bien que celui-là se distingue avant tout par sa puissante et irrésistible charge black metal une fois passé 1.40 minute, qui cédera ensuite à un pagan consistant, mais livide. On aura direct du black pagan avec un intransigeant et plus palpitant « Norðsæta gætis, herforingja Ormsins langa ». Plus cossu, ça se montre également envoutant. On se complait alors parfaitement de cette formule plus nourrie et moins mélancolique.

Néanmoins, il s’agit d’une exception, tout comme le tempétueux « Bituls skokra benvargs hreggjar á sér stað », exemple d’un « Árstíðir lífsins » nerveux et sans trop de concessions. La généralité de l’œuvre est comparable à un morceau comme « Sem lengsk vánar lopts ljósgimu hvarfs dregr nærri », brièvement intimidant et hargneux, qui laisse ensuite une grande partie de son champ à des chœurs lents et meurtris, à la narration et à une musique lasse aux riffs pourtant quasi incessants, montant même légèrement en pression sur la fin de piste, jusqu’au fracas des vagues au bord de la mer. La mer. Sans nul doute l’élément naturel que l’on retrouve le plus à travers l’album. On peut ainsi l’entendre parcimonieusement sur plusieurs pistes, notamment sur le long morceau contenu sur le premier disque de l’œuvre, supérieur à 13 minutes, « Þeir heilags dóms hirðar ». Peut-être là l’extrait le plus convaincant de l’opus ; agité, riche, incisif dans ses riffs, jusqu’à nous les asséner avec une détermination et un tranchant similaires à ceux que pouvait produire « Satyricon », si on en croit le dernier tiers de la piste.

Ça ne manque pas de tranchant non plus à prime abord sur « Máni, bróðir Sólar ok Mundilfara ». Cette force va toutefois s’estomper au profit de la guitare acoustique, de fredonnements de violons et de percussions, faisant soudain de cette piste, un parcours ritualiste. Il n’en va pas de même, ou plutôt pas avec la même envie, au sujet de « Tími er kominn at kveða fyrir þér », laissé à la seule acoustique, à la narration et aux chœurs, sans présence donc de metal. C’en est une épreuve fastidieuse tellement ce titre néo folk, laissant circuler librement mais très tendrement violon et violoncelle, est à la fois morose et horriblement long. La voix féminine s’y trouvant à très petite dose n’offre d’ailleurs que peu de substance et d’intérêt. L’acoustique, à l’entame de « Knǫrr siglandi birtisk á löngu bláu yfirborði », est plus fin en comparaison. On dirait presque alors du « October Falls ». Mais le titre n’en restera pas là et mettra à la manœuvre salves, chœurs graves, parfois quelques jolis arpèges. La charge black metal la plus violente de l’album figure de plus peu avant la toute fin de ce titre. Il aurait été préférable que ce genre de manifestations brutale et foudroyante eu été plus fréquentes, car il est proprement délectable.

« Árstíðir lífsins » se serait terni, aurait aussi perdu de sa mobilité, de son dynamisme et de son mordant initial, sans pour autant perdre en qualité technique ou en richesse. Nous alternons toujours autant entre moments trépidants et moments de calme. Si ce n’est que ces derniers sont cette fois largement représentés, chargeant immanquablement l’atmosphère de « Aldafǫðr Ok Munka Dróttinn » au point de faire ressembler ce dernier né à une pièce de « Helrunar » sans non plus parvenir à égaler l’œuvre nihiliste conçu par le fameux combo allemand, pourtant représenté physiquement chez « Árstíðir lífsins » par Marcel Dreckmann, chanteur dans les deux formations. C’en est même éprouvant à s’y attarder, tellement l’ouvrage peut paraître long, alternant plages de narration et de chœurs parfois interminables. Il ne faut pas être un impatient donc. Le projet germano-islandais perd de sa personnalité, mais aussi de l’excentricité et de la violence qui faisaient l’attrait principal du premier album. Les amateurs de mélancolie seront à l’inverse plus à leurs frais de ce dernier ouvrage, comme de « Vápna Lækjar Eldr », façonnés par des dieux en désespoir, alors que « Jǫtunheima dolgferð » l’était par des dieux en colère. Malgré les divergences de goût, et de par ses qualités intrinsèques indiscutables, la dite histoire trouvera certainement preneur.

14/20

Clip Officiel:
. Norðsæta gætis, herforingja Ormsins langa

 

 

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