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4998Skiltron : Beheading the Liars

posted by alonewithl on mai 5th, 2015

Skiltron : Beheading the LiarsLa sortie du premier album de « Skiltron » s’était découverte comme une véritable curiosité, peu banale, s’il en est. Leur folk celtique en provenance des Amériques n’était pourtant pas des plus exceptionnels. « Skiltron » n’était encore qu’un frère cadet de la formation brésilienne « Tuatha De Danann ». Cependant, comme les brésiliens tardaient à créer de nouvelles compositions, les argentins ne tarderont pas à leur ravir la vedette. Entre temps, il a fallu qu’ils puissent former un vrai line-up et ne plus se contenter de musiciens de sessions. Ce qui est capital pour les tournées. Le trio Matias, Emilio, Fernando ne renouvèlera pas l’expérience avec le chanteur Javier Yuchechen. Ils préféreront donner une chance à un certain Diego Valdez, n’ayant à l’époque qu’une petite expérience dans le milieu, mais dont le chant envoutant à la Ronnie James Dio annonce du prometteur. Le choix va se révéler très déterminant. Il contribuera à façonner l’image du groupe que l’on connait et que l’on voue aujourd’hui. Cet ajout notable et original pour un groupe de folk, emmènera bien au large toute idée de similarité au groupe « Tuatha De Danann », que l’on pouvait reprocher alors à « Skiltron ». Pour progresser, il faut rompre des liens, couper les amarres, ou parfois couper des têtes. « Bien dégagé derrière les oreilles ? » dit le bourreau à sa victime.

L’opus ne contient pas vraiment de piste servant d’introduction. Du moins l’entame très solennel du titre « Skiltron » s’emploie à lancer le volume de manière subtile et avec beaucoup de dignité, en grande partie grâce à la narration et aux airs de clavecins perceptibles en accompagnement. Le dit titre va se prolonger d’une toute autre manière dans une rythmique soutenue et sous la pression de la cornemuse. On assiste donc à un puissant déroulement heavy/power, appuyé par un instrument des plus exotiques, surtout concernant un groupe d’Amérique du Sud. La part exotique ne s’arrête pas là, puisque c’est à partir de ce morceau que nous découvrons la voix de leur nouveau chanteur. Une voix très inspirée par celle de Ronnie James Dio, bien qu’elle ne soit que peu présente sur la piste, au dépend de la cornemuse qui s’évertue parfois à stagner la musique. L’instrument aura également champ libre pour plomber le rythme de « I’m What You’ve Done », titre qui est un parfait héritage du patrimoine de « Cruachan », plus accès mid tempo donc et au jeu par à-coups. Même si le titre le plus irlandais et le plus celtique en soit est avec certitude le très dansant « Signs, Symbols and the Marks of Man » avec pour invités des membres de « Skyclad ». Nous retenons les belles mélodies celtico-folk produites par la flute et la mandoline. Cette candeur, cette insouciance sont néanmoins atténuées par le chant viril, presque primitif, bien dans l’esprit des groupes folk et pagan des pays européens.

A l’inverse, le morceau « The Beheading » révèlera une personnalité plus atypique et sud-américaine chez « Sklitron ». En plus du chant à la Dio, particulièrement investi, leur musique si entrainante, joyeuse est servi admirablement par des airs de flute andine. L’extrait va prendre aux tripes, comme l’excellent et contemplatif « Let the Spirit Be » où s’impose remarquablement Diego Valdez, prouvant là qu’il n’est pas un simple clone du divin chanteur de « Black Sabbath » et de « Rainbow ». La rythmique est là, nous avons presque là dans sa structure affaire à une power ballade. C’est aussi le cas de « Calling Out », dans un registre plus folk avec l’appui de la flute et de la guitare acoustique, bien que le pré-refrain et le refrain se montrent plus relevés. Nous avons d’ailleurs une redite assez inédite de ce morceau en fin d’album, mais dans une version traditionnelle et occitane, avec « Crides ». Apparemment, les deux membres charismatiques de l’illustre « Stille Volk » ont été invités Preuve en est de la rapide notoriété de « Skiltron ». En tout cas, cette version est presque aussi sage et posé que la douce entame mélancolique de « The Vision of Blind Harry », qui servira en fait de rampe de lancement à de forts remous et à une chanson sacrément blindée au rythme saccadé. Plus dynamique que « Praying Is Nothing », jouant par à-coups méticuleux mais cantonné à un mid tempo moyennement entreprenant.

« The Vision of Blind Harry » est un titre à retenir, au même chef que le redoutable et champêtre « Hate Dance ». Un instrumental vivifiant, faisant la part belle aux instruments folkloriques ; à la mandoline, à l’accordéon, à la flute, mais également à la guimbarde. Tout bonnement superbe, très plaisant. Nous renvoyant à l’Irlande au contraire de « Fast and Wild » qui nous renvoie à son voisin écossais par sa fougue guitaristique, les airs d’accordéon et son rythme encaissé et martial. L’Ecosse est à l’honneur, et quoi de plus écossais que « The Tartan Army », morceau inédit sur la version 2015. Court intermède brutal carburant au whisky-kérosène consacré aux hordes de supporters écossais qui se déplacent pour les rencontres de football de leur nation. Concernant les inédits, l’édition de 2015 faite par Trollzorn comporte également les versions démo de « The Vision of The Blind Harry » et de « Praying Is Nothing » figurant initialement sous la démo de 2007 intitulée « The Blind Harry Demo ». L’ouvrage contient aussi 4 morceaux live de titres de l’album, avec une énième redite pour les deux titres précédemment cités.

Ce second album des argentins s’avère être à la fois le plus méconnu de leur discographie, mais étonnement aussi le plus déterminant de leur carrière. Nous avons là les premiers pas réussis de Diego Valdez en tant que chanteur de « Skiltron », le début aussi de la félicité pour une formation qui ne joue plus trop alors à imiter les grands d’Europe ou à singer « Tuatha De Danann ». Toutefois, les membres du groupe se montrent très déterminés à vouer leur énergie à la culture celtique des îles britanniques, plus particulièrement à l’Ecosse, un pays très éloigné physiquement et culturellement de leur Argentine natal, presque un pays d’adoption pour eux. Mais ils servent admirablement cette culture par leur folk metal si intense, à tous points de vue, que nous laisserons volontiers de côté toutes ces questions d’appartenance ethnique. En plus d’être une œuvre de premier choix, « Beheading the Liars » est une œuvre d’émancipation pour « Skiltron ». Une porte d’accès vers un public et une scène élargis. Une étape importante à leur ascension à venir. Pas la pièce la plus connue de chez eux, certes, mais plus encore que leur précédent ouvrage, « Beheading the Liars » vous fera perdre la tête.

16/20

 

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