chroniques et interviews metal

5019Heidevolk : Velua

posted by alonewithl on mai 6th, 2015

Heidevollk : VeluaUn géant folk/pagan des Pays-Bas est en train de s’effriter. « Heidevolk » perd ses membres historiques pratiquement d’année en année et ça a pour effet de s’en ressentir désormais sur la qualité des ouvrages sortis. Ainsi on déplorait le départ de Sebas van Eldik qui avait précédé l’élaboration du quatrième album de la formation, « Batavi ». En 2013, c’est Joris, autre compositeur d’importance, qui part pour se consacrer à son projet black metal « Wederganger ». A croire que le climat est devenu délétère, car même Mark et Reamon sont annoncés sur le départ. Ils figurent néanmoins sur le line-up du cinquième volume du combo, toujours édité chez Napalm Records. Pour pallier le départ de Joris, Lars Vogel, plus connu par son nom de scène Blahrafn est appelé à la rescousse pour former le duo vocal avec Mark, en vue de la préparation de « Velua ». Au su des déboires que connait actuellement « Heidevolk » nombreux ont été ceux à parier pour un échec de leur part concernant ce nouvel édifice qu’est « Velua ». Loin d’être aussi friable qu’escompté, il laisse tout de même les fans sous l’expectative et la crainte des années à venir. De violents orages se profilent à l’horizon.

Nous serons quelque peu inquiets à l’écoute du premier morceau de la pièce, « Winter Woede » ayant fait l’objet d’un clip. Nous retrouvons les voix graves que l’on connait, un « Heidevolk » brut, grondant, mais dont on aurait retiré l’envie, l’âme, se découvrant par un rythme assez apathique et un ton des plus détachés. L’investissement n’est pas au rendez-vous. C’est ainsi que l’on peut le ressentir. Cette impuissance ressort également d’un titre lent et rude comme « De Hallen van Mijn Vaderen ». Heureusement, le chant se montre plus limpide que la rythmique durement encaissée. La musique est aussi assouplie par l’intervention d’instruments tels le violon ou le violoncelle. « Een Met de Storm » ne semble point véritablement en profiter. Faute doute à une rythmique de guitare un peu trop grippée et redondante. Tout est affaire de dosage et de subtilité. Le jeu de « De Vervloekte Jachte » a beau s’appuyer sur une formidable rudesse, il reste néanmoins dynamique, investi. Tout comme les chants, qui se montrent cette fois beaucoup plus chaleureux. On peut d’ailleurs rapprocher celui-là à « Herboren in Vlammen », lui aussi très sympathique et offensif, même s’il ne révolutionne pas non plus « Heidevolk ».

Ce « Velua » se rapproche beaucoup de ce que l’on perçu sur le précédent effort, « Batavi ». On y a sacrifié la richesse au profit de la force, et parfois même le désir. Ce qui donne quelques titres sans grande âme. Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer les ressources de ces bataves. Même si on peut leur reprocher un ton neutre, comme à travers le morceau « Het Dwalende Llcht », on y glisse quelques éléments harmonieux, des orchestrations, un sens de la mélodie, qui font toute la différence. Il est impossible de passer outre l’éblouissante entame de « Richting de Wievenbelter », où circule de douces voix lyriques, des voix de sirène, accompagnées par une guitare acoustique. Celles-ci sillonneront également le restant du titre, tout au long de la musique massive et impénétrable de « Heidevolk ». Nous n’atteindrons le même niveau de spiritualité que sur le contemplatif « Velua », autre valeur sûre de l’ouvrage. Morceau épique, s’inspirant du pagan metal nordique, suédois principalement. Dans une teneur un peu plus guerrière, nous retrouvons même l’ombre de « Mithotyn », même aussi le « Heidevolk » des débuts à travers le viril et galvanisant « Drankgelag ». Remarquable également pour son superbe refrain non dénué d’émotions.

Sans doute moins mélodieux, « Vinland » s’inscrit comme un hymne militaire par excellence. Une chanson consacrée à la force brutale, jouant d’un rythme brusque par à-coups et de paroles scandées sur le refrain. De cette marche abrupte et ordonnée, nous ne retiendrons qu’une très légère pointe d’agrément avec l’intervention en fin de la guitare acoustique qui se déploie en imitant une cavalcade, juste avant d’être gagnée par les bruits de la mer. C’est encore la guerre qui se profile à l’écoute de l’ombrageux, du lent, de l’écrasant « In Het Diepst der Nacht ». Il en ressort un fort côté martial, une mise à profit des percussions, même si le rythme s’emballe quelque peu à partir du milieu de la piste. Celle-là va s’enrichir au fur et à mesure par e nouveaux, tout en conservant son aspect guerrier. Ainsi, le groupe introduit la nyckelharpa. « Urth » fait plus encore étalage des instruments à cordes, rendant la piste délectable, presque raffinée. Le jeu encaissé de « Heidevolk », y compris les voix, se voient immergés par l’émotion véhiculée par les violons. Nous avons là, un titre assez inédit de la part des hollandais, qui aurait pu faire de cette pièce un élément original de leur discographie.

« Velua » aurait pu être en effet un album à part, s’il n’avait pas autant misé sur une brutalité, souvent redondante, et sur le ton neutre de son duo vocal. C’est l’esprit qui anime la matière. Sans esprit, la matière ne se meut pas. Et on pourrait considérer cette dernière comme morte. Certaines chansons de l’opus souffrent de ce manque d’esprit, délivrant une série de battements rigides et des voix sans grande volonté. A l’inverse, d’autres s’illustreront pour un véritable retour de conscience, avec une animation riche et plaisante, des voix intenses ne faisant plus impasses aux sentiments. « Velua » est donc un album mitigé, quelque peu différent des albums qui l’ont précédé. A la fois éloigné de l’énergie formidable d’un « Uit Oude Grond », et pas aussi implacable qu’un « Batavi », qui pourtant est l’effort qui se rapproche le plus aujourd’hui de ce « Velua ». On aurait cependant pu attendre bien pire de la part d’une formation en état de décomposition, ayant perdu tour à tour ces principaux compositeurs et ces acteurs les plus charismatiques. Malgré une certaine latence perceptible, ce n’est même pas si mal que ça. Néanmoins, avec les départs de Reamon et de Mark, il sera très difficile pour « Heidevolk » de relever la pente. « Velua » pourrait être le dernier volume potable de ce groupe d’envergure.

13/20

Clips Officiels:
. Winter Woede……….. . Urth
Winter Woede….Urth

 

 

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