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5033Skiltron : The Highland Way

posted by alonewithl on mai 9th, 2015

Skiltron : The Highland WayS’étant élevé au sommet du folk metal sud-américain, en l’espace de deux efforts, tout aurait pu paraître facile alors pour « Skiltron ». Néanmoins, l’année 2010 est une année prolifique pour eux. Bien décidés à enfoncer le clou et à s’exporter en dehors de leur continent, l’album de 2006 « The Clans Have United » est réenregistré avec la voix de Diego Valdez. Un chanteur, qui a fait plus que convaincre une fois passé la sortie de l’album « Beheading the Liars », il en a sublimé les différentes pistes par un chant équivalent et similaire à celui du grand Ronnie James Dio. Il figure désormais comme une pièce charismatique et déterminante de la formation qui s’attèle aussitôt également à l’enregistrement de nouvelles compositions pour ce qui va devenir l’opus le plus connu de « Skiltron », « The Highland Way ». Une œuvre encore une fois largement inspirée des traditions écossaises, et qui va leur ouvrir la voie vers l’Europe lointaine. Seulement la reconnaissance du volume n’équivaut pas à l’excellence que pouvait offrir son précédent « Beheading the Liars ». C’est néanmoins l’effort qui va célébrer l’image de « Skiltron » juste avant sa grande fracture.

Ils auront mis les petits plats dans les grands pour cet album, car d’entrée on nous accueille par des orchestrations grandiloquentes et raffinées. Un vrai régal. Ainsi débute « Bagpipes of War ». D’abord, très solennel et reposant, puis s’enchainant par un metal plein d’entrain à la manière d’un « Ensiferum ». A la différence que la cornemuse s’impose dans toutes les mélodies chez « Skiltron » et que l’on y cerne la présence du power metal. Ça ne manque pas d’énergie à vrai dire. C’est ce que l’on pourrait également se dire à l’écoute du dynamique « Awaiting Your Confession », se distinguant par son jeu nourri et pertinent, mais aussi par la fermeté de ses battements et de la voix. La musique folk n’est alors que peu à l’œuvre, privilégiant un heavy metal bien construit. C’est ce qui va ressortir sur « Between My Grave and Yours ». On aura globalement un heavy metal classique enthousiaste et entreprenant, une fois passée l’entame martiale lancée par la cornemuse. Rythme guerrier et cornemuse feront entièrement communion sur le très traditionnel et funèbre instrumental « For Those Who Have Fallen in Battle ». Une marche implacable va derechef ressortir par le biais de cet instrument au commencement de « Storm in Largs ». Le titre va se révéler ensuite plus souple, plus riche, même s’il parait assez morne au premier abord. Il faudra en fait patienter jusqu’à la cinquième minute de ce long morceau pour que ça se précipite méchamment dans un rythme plus soutenu.

On pouvait vraiment craindre pour ce « Storm in Largs » un risque de redondance. L’album offre parfois quelques moments mous. C’est ainsi que l’on pourrait estimer « One Way Journey », dans son mid tempo. Le petit côté espiègle qui en ressort, n’écarte pas sa rigueur monotone. Le titre aussi fin et soigné qu’il puisse paraître sera diversement apprécié. De même « A Last Regret », de son folk aérien et délicat va s’avérer trop sage sur la durée. Heureusement, qu’un bon solo coupera cours à la lassitude. Nous avions là pourtant un folk jovial inspiré des campagnes irlandaises. Mais il n’est véritablement en rien comparable au formidable instrumental « St Patrick’s Death », autre emprunt à la culture irlandaise, s’illustrant par son énergie, sa hargne et sa grande richesse folklorique. Niveau entrain, il faut aussi compter sur le guilleret et fougueux « The Bonfire Alliance », qui laisse s’exprimer un folk metal soutenu, vivifiant, parfois soulevé par une pointe de power metal. Ce folk téméraire s’additionne à un léger fond atmosphérique et s’articule dans un rythme plus posé sur l’excellent « Through the Longest Way ». Diego Valdez s’y sent pleinement à son aise. Sa performance s’impose comme il avait pu le faire à travers les titres de l’album « Beheading the Liars ». Il accompagne parfaitement la cornemuse et les quelques orchestrations tout le long du très entrainant « Join the Clan », un morceau néanmoins pas si original, et s’inscrivant dans le même moule que la plupart des compositions de l’opus. On y appréciera néanmoins l’inclusion d’un heavy speed acéré qui n’aurait pas déplu à « Running Wild ». De ce groupe il en est justement question avec la reprise magistrale en version folk celtique de « The Ballad of the William Kidd ». Peut-être une des plus parfaites reprises d’un morceau de cette formation allemande.

Trollzorn réédite aujourd’hui ce disque qui a bâti toute la célébrité de « Skiltron ». Cette réédition inclut quatre extraits live supplémentaires de morceaux préalablement issus des œuvres précédentes. Des suppléments pas forcément déterminants. Néanmoins, cela remet au goût du jour une période bénie du combo argentin, tout juste avant que plusieurs membres, Diego Valdez en tête, se fassent la malle pour former le dangereux concurrent « Triddana » en 2011. La domination du folk celtique en Amérique du Sud n’est pas forcément chose aisée pour « Skiltron », surtout que « Triddana » s’est fait remarquer par un album de premier choix, tout aussi performant que ce « The Highland Way », et dans une optique pas vraiment différente. Peut-on appeler cela une trahison ? Qu’importe. La scène, par la naissance de nouveaux venus et de rivalités, n’en est que plus alléchante. Sachez que toutes les guerres d’Ecosse n’ont été que révoltes, malédictions et trahisons. Et la lutte perdure encore, siècle après siècle, pour façonner l’identité d’un grand peuple et d’une grande culture.

14/20

 

 

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