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5094Metallica : The Videos 1989-2004

posted by alonewithl on juin 5th, 2015

Metallica : The Videos 1989-2004A une certaine époque, les clips vidéo étaient diffusés par les chaînes musicales, à l’instar de MTV. Avec l’éclosion d’internet, et l’apparition de Youtube et de Dailymotion, les clips se sont popularisés au point d’atteindre même les plus petits groupes. Plus besoin de passer à la télé et donc d’être des pantins des majors pour toucher un large public. Les clips de « Metallica » ont à un moment de leur carrière touché un très large public bien avant de passer sur internet. Le mythique groupe de thrash metal californien est devenu un produit mainstream aux alentours de la fin de la décennie 80. C’est là où se situe son apothéose, c’est aussi là que commence la pente descendante. Le DVD « Metallica – The Videos – 1989-2004 » passe en revue les différents clips de « Metallica » diffusés entre 1989 et 2004, donc du clip de « One » issu de l’album « … And Justice for All » à celui de « Some Kind of Monster » de « St. Anger ». La mutation des Mets se révèle ainsi avec éclat en moins de deux décennies, que ce soit sur le plan visuel et sonore. Vous voulez voir Lars Ulrich avec moustaches et chapeau dans un semblant de western noir et blanc, ou encore Kirk Hammet Crucifié dans un remake contemporain du mythe d’Adam et Eve? Vous verrez ça dans les vidéos de cette période.

Il y a des clips simples qui ont parfaitement asservi l’image d’un « Metallica » révolté, sensible, mais artiste avant tout. C’est le cas de la vidéo qui a promu le titre « One », montrant les musiciens en train de jouer sous couvert d’images issus du film « Johnny Got His Gun », un film qui avait d’ailleurs bouleversé l’Amérique. Les four horsemen sont souvent montrés dans cette posture où ils sont sensés jouer. La caméra est alors souvent concentrée sur les mimiques du visage de James Hetfield, donnant un aspect visuel de la nervosité des textes et des airs produits. Le clip épileptique d’ « Enter Sandman » l’illustre parfaitement. Ce lot d’images mitraillés est coutumier des clips du groupe, c’est un moyen d’imager la violence, la vitesse, mais aussi de s’abstenir d’une réelle histoire derrière. Cette méthode est souvent employée pour les clips issus de Live. Et nous avons de cette période comme c’est le cas avec ceux de « Wherever I May Roam », de « Sad But True » ou de « No Leaf Clover ». L’usage d’un clip montrant des phases d’enregistrement d’un album projeté est un fait commun de beaucoup de groupes et les californiens n’échappent pas à la règle (« Nothing Else Matters »). Il arrive aussi qu’on tente un mix entre le Live et le rapports de sessions d’enregistrement pour renforcer un aspect plus humain de la bande (« Some Kind of Monster »).

La célèbrité de « Metallica » ne lui garantie pourtant aucunement le privilège de clips de grande qualité. Souvent la sobriété, voire la banalité est de mise. Les albums « ReLoad » et « St. Anger » n’ayant déjà pas brillé musicalement, les titres issus de ces albums ne sont pas grandement mis en valeur dans le domaine de la promotion vidéo. « Fuel » ou même encore « Frantic » fracassent les oreilles et détruisent la vue. Il n’y a pas vraiment de message véhiculé, juste un amas d’images et de sons. Presque de la viande étalée sur un marché. C’est d’autant plus frappant en ce qui concerne ceux du formidable étron qu’est « St. Anger ». A la vue des quatre clips proposés pour cette daube passée pour légende, difficile de ne pas être écœuré. Tout y est dégueulasse, au point qu’on s’image ces vidéos tournées pour un très modeste groupe ne sachant pas très bien jouer. Le clip de l’éponyme « St. Anger » tourné dans la prison de St Quentin en Californie est proprement insupportable, malgré la tentative du groupe de nous confier un rapport humain, rappelé maintes fois, comme si on sentait l’obligation pour eux à se raccrocher à la classe populaire qu’ils ont vécu, connu et ensuite perdu de vue. On a ainsi la fraiche histoire d’une prostituée passant de motel à motel avec sa fille à travers le clip de « Turn the Page », la vie quotidienne d’un jeune homme partagé entre la bouteille et la télé sur « Hero of the Day » ou des souffrances en pagaille, mutliples et variées sur « The Unnamed Feeling ». Elle est pas belle la vie ?

Parfois, les clips sont à la hauteur du phénomène, à la hauteur des ambitions d’un groupe quatre étoiles. Le clip le plus marquant, le plus élaboré, mais aussi le plus surréaliste fait pour le groupe est sans conteste celui d’« Unforgiven ». Les images de cet enfant renfermé dans un dédale souterrain épouse parfaitement la musique et renforce l’impression mélancolique qui vient à son écoute. Une vraie réussite qui a permis l’apparition d’un second du nom et d’un clip assez similaire dans la démarche, mais beaucoup moins percutant que pour l’album de 1991. Tous deux ont été produits par Louise Feldman, également à la production de l’étrange et du nom moins efficace clip de « King Nothing ». Il y a ainsi une démarche théatrale ressortant de certaines vidéos. Beaucoup doivent se rappeler celle pour « Until It Sleeps ». Musicalement, le titre n’est pas entré dans les annales de la formation, mais visuellement il remplit son office, mettant à profit les membres du groupes, prêts pour cela à s’enduire de peinture et à figurer en acteurs surréalistes. Ils donneront beaucoup du leur pour le clip d’« I Disappear » conçue pour la bande-son de Mission Impossible 2. On voit Kirk Hammet poursuivit par un avion et Jason Newsted bousculé de toutes parts par des hommes en smoking.

Voir les clips vidéo de « Metallica » entre 1989 et 2004, c’est assister à un grand « Metallica », mais à un grand « Metallica » en souffrance. Parmi les 21 vidéos, on en retiendra pour la postérité deux ou trois, et parfois selon les goûts de chacun. Il est compliqué d’être unanime s’agissant de ce groupe, surtout de la période qui a suivi « …And Justice for All ». Les cheveux longs ont été coupés, lavés, les jeans apparaissent flambants neufs et non-plus troués. Le changement de classe a eu un impact indéniable sur la musique et sur l’image. Les Mets, malgré eux, malgré nous, se sont coupés d’une partie de leur public. Un clip comme celui de « Mama Said » est très révélateur de cette perception. James se fait conduire en voiture, porte un beau chapeau de cow boy, est quelque part ridicule dans sa tenue violette, mais s’en fiche complètement, regarde parfois en arrière ou sur les côtés par simple réflexe, n’apercevant personne, si ce n’est une fois les membres du groupe passant brièvement. Le monde est à lui, il est insouciant, la voiture est de toute façon bidon, et le tout se déroule sous les yeux d’un spectateur invisible, inconnu, qui commence à s’ennuyer fermement, à maudire cette vision damnée.

13/20

 

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