chroniques et interviews metal

5135Baldrs Draumar : Aldgillissoan

posted by alonewithl on juin 13th, 2015

Baldrs Draumar : AldgillissoanPetite nouveauté pagan commençant à faire son nid et originaire des Pays-Bas, “Baldrs Draumar” est encore pour beaucoup d’amateurs de folk/pagan un parfait inconnu. Ce n’est pourtant pas faute de s’être employé à créer ou à jouer hors de leurs frontières. D’abord conçu comme un pur produit consacré à la culture viking, d’où le nom du groupe faisant référence à un poème islandais du 14ème siècle à dimension mythologique, et l’usage du danois, des thèmes nordiques, sur leurs premiers ouvrages (les minis “Til Horisonten” (2009) et “Noardseegermanen” (2010), l’album “Forfedres Fortellinger” (2011)). “Baldrs Draumar” a sans doute compris qu’il se situait à une étape charnière. Le second album doit marquer le décollage du groupe. Ils amorcent un revirement thématique, préférant alors leur identité frisonne du nord-est des Pays-Bas à celles des vikings. C’est ainsi que sort un volume entièrement chanté en frison en avril 2015 avec “Aldgillissoan“, album-concept basé sur la vie de Radbod 1er, fils d’Aldgisl (comme le nom l’indique) et roi de Frise entre 679 et 719, connu pour avoir été un adversaire des royaumes francs et de Charles Martel. Seulement, le changement n’emporte pas la musique, qui rappellera elle, dans une qualité moindre, quelques références pagan et autres parfois éloignées de leur chère Frise.

Le disque débute sans trop de surprise avec une introduction des plus typiques. On entend sur « Iselheim » le bruit de la mer, un semblant symphonique un peu rutilant, qui laisse déjà à penser que les orchestrations sont faites maison (ce que nous vérifierons par la suite). Puis au milieu, vient les battements, une légère mise en pression digne d’épopées périlleuses, mettant plus en haleine pour ce qui va suivre. Et qui suit avec « Koppen yn ‘e Mist » nous fait découvrir un pagan à forte teneur épique, un battle metal comme disent certains, très emporté et aussi très cuivré. Heureusement enrichi par du chant clair et un peu (de semblant) d’accordéon en seconde moitié de piste. On devine un « Baldrs Draumar » à la croisée entre son compatriote « Thronar » et le finlandais « Turisas ». Le semi-growl vigoureux de Wildgeraesch qui sert de chant principal fait lui songer à celui de Björgvin de la formation « Skalmöld ». Cela apparait avec totale évidence sur le titre « Stoarm oer de Steamen » (lancé par le très court et grave interlude « Hel as Himmel »), usant de quelques ambiances contrastées, mais bien dans la chaire de la troupe islandaise précédemment nommée, au point de croire cette piste issue de l’album « Börn Loka », pour ses quelques menues artifices venues compléter, les airs de harpe et d’accordéon notamment.

Ces airs de harpe sont également perceptibles sur « Wollvetiid ». Titre intrépide couvert par une légère atmosphère enchantée, où on observe une utilisation parcimonieuse des chants, surtout en ce qui concerne le chant clair, bien plus soigné que ce pseudo growl peu convainquant qu’on s’efforce le plus souvent d’écouter. Comme on sait, le growl ça s’accompagne bien avec du death metal, il y aurait en effet une partie du morceau qui répond à ces attentes, incorporant quelques riffs cagneux dans le pur fondement death metal juste situé après le milieu de piste. « Baldrs Draumar » se révèle parfois dans un pagan particulièrement abrupt pas si éloigné d’un « Skalmöld » comme nous avons pu nous en rendre compte avec « Stoam oer de Steamen ». On le retrouve dans une forme encore plus épurée avec le titre « By Ty en Thuner ». Cela est heureusement dilué par des morceaux plus mélodieux et plus diversifiés à l’instar d’un « Yn’ e Meahal » faisant lui beaucoup plus songer à l’ancien « Turisas », même s’il est maladroit par moments. Il est fort dommage que ce qui donne la teneur épique de l’ouvrage et de certaines pistes soit aussi imprécise et synthétique. Nous percevons sans difficulté la présence des claviers dans les airs atmosphériques, sur les fausses voix, les faux cuivres, le faux accordéon ou encore la fausse harpe. Les mélodies épiques qui inondent un « In Skym yn it Tsjuster » sont du niveau d’un « …Where the Shadows Lie » de « Battlelore », avec un écart de quatorze ans entre les deux efforts. La partie réellement intéressante du morceau en question résidera dans l’incursion progressive en milieu de piste, assez inattendue et bien inspirée pour le coup.

Celui qui pourra s’enorgueillir des airs épiques les plus cuivrés mais aussi les plus artificiels, sera sans doute « Keningsting ». Ces airs lancent une marche guerrière assez bouffie, contenue dans un mid tempo assez frustrant. Les passages plus folk et guillerets vont limités les dégâts. Ce titre n’est donc pas à retenir à l’inverse d’« Ûnder it Skyld », l’extrait le plus long du volume, mais aussi le plus complet et évolutif, ressemblant là à ce qu’a pu offrir « Thronar ». Un titre alerte, bénéficiant de riffs redoutables, de chants utilisés avec parcimonie, et d’airs galvanisants, bien aidé en plus par les airs d’accordéon. Cette réussite s’ajoute aux deux ballades présentes sur l’album : L’acoustique « Fredom » s’annonce illico mélancolique, usant de chœurs similaires à ceux du début l’extrait « Het Bier zal Weer Vloeien » du compatriote « Heidevolk » ; la ballade de « Hadagrims Fertriet » ferait lui plus étrangement songer à une ballade de « Blind Guardian », surtout que là la voix cherche à imiter celle de Hansi Kürsch.

L’opus a beau multiplier les influences, il n’en est pas aussi riche qu’escompté. A bien écouter ce second volume « Baldrs Draumar », loin de rivaliser avec feu « Thronar », son plus proche parent qui ne compte que deux albums dans sa discographie, il met en lumière les fragilités d’une formation de battle metal en manque de maturité. Les compositions sont parfois hardies et tentent de diversifier autant qu’il le faut, mais les mélodies, souvent saccadées et rugueuses, ne comblent pas forcément les attentes, même si le temps d’un passage guitare, le temps d’une partie au chant clair, ils sont capables de renverser une situation bien compromise au départ. Il est aussi incroyable d’entendre des sonorités épico-atmosphériques issues de claviers aussi antédiluviennes, nous ramenant là à la fin des années 90 et à l’aube des années 2000. Peut-être d’authentiques musiciens d’instruments traditionnels et un travail sur des orchestrations sonnant plus professionnelles amèneront un renfort de crédibilité nécessaire dans la suite du parcours de « Baldrs Draumar », un groupe qui ne démérite pas, mais qui risque de se retrouver aussi isolé que la Frise autrefois en terre franque.

13/20

 

 

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