chroniques et interviews metal

5250Jonne : Jonne

posted by alonewithl on août 7th, 2015

Jonne : JonneTout le monde connait ou a au moins entendu parler du groupe de folk metal finlandais « Korpiklaani », ainsi que de son chanteur à dreadlocks, Jonne Järvelä. Il s’avère qu’aux environs de l’année 2012, ce membre historique ait voulu se démarquer quelques peu des travaux de « Korpiklaani » pour concocter un projet solo, qui après quelques compositions de son cru voit le jour en 2013.Il a tenu à ce que son nouveau projet se différencie de son groupe principal, tout en reposant dans un trip shamanique qui lui tient particulièrement à cœur. On vire donc tout ce qui est metal et on se concentre essentiellement autour de l’esprit shaman et de la culture ancestrale de Laponie. Pour cela, afin que « Jonne » devienne quelque chose d’effectif, le chanteur finlandais va s’entourer de musiciens, d’artistes principalement originaires de diverses formations de son pays, pour en faire une sorte d’all-stars band folk.

On peut retrouver parmi eux Natalie Koskinen de « Shape Of Despair » ou encore Santeri Kallio du groupe « Amorphis ». Accompagné de cet ensemble premier album voit le jour sur le label Playground Music, mais au vue d’une distribution limitée aux frontières de la Scandinavie, Jonne Järvelä signe après coup un deal avec le label Massacre Records. Ce qui permet à ce dernier de rééditer l’éponyme « Jonne », qui avait été enregistré dans les propres studios du chanteur. Loin d’être une petite affaire, le disque, même discret, fait ombrage au « Korpiklaani » de maintenant, qui se recherche et pédale à vide depuis plusieurs années. « Jonne » nous enchante par son neo folk shamanique et nous fait également comprendre que son créateur avait grand envie de faire quelque chose d’un peu différent à ce qu’il fait d’ordinaire.

C’est ce que l’on va découvrir aussitôt avec « Viuluni Laulua Soutaa », qui inaugure le disque avec des airs festifs en provenance des pays de l’Est, un jeu de violon très inspiré du style tzigane. Malgré tout la patte lapone est aussi présentée par ses chants shamaniques. Au fur et à mesure de notre exploration au gré des titres de l’album, on se rend compte de la richesse des compositions, souvent élaborés en mille-feuilles, faisant interférés plusieurs intervenants. Il n’y aurait que le tendre et contemplatif « Metsään On Läksi Mieli » qui contournerait légèrement la règle, car un peu moins dense que les extraits et tout en apesanteur. « Ämmänkuolema » fait également preuve d’une extrême douceur. Les chants y sont apaisés. Malgré tout, ce titre voluptueux n’en est pas moins fort musicalement et dense. On y retient son pré-refrain bâti sur une ambiance jazzy et le refrain qui suit entonné à l’unisson de manière frappante. Il n’y a pas que celui-là qui aurait un refrain aussi marquant.

On accrochera sans retenu à celui de « Kuku Käki », qui est certainement le titre phare de l’album, jouissant d’un rythme au pas à pas très singulier et d’un excellent chant de la part de Jonne et de Natalie Koskinen. Ce chant figurera plus en retrait sur la chatoyante ballade « Tule Hiidestäâ Hevonen », au profit des instruments, de la flûte, de l’accordéon, et surtout des guitares acoustiques qui dressent un vrai rempart rythmique. Même en retrait, le chant produit une réelle intensité émotionnelle. Il apparaît désenchanté, mélancolique, tribal. Cette intensité est encore plus perceptible à travers la reprise de « The Boxer » de « Simon & Garfunkel », figurant en titre bonus de l’ouvrage. C’est que la voix y est plus présente et plus forte, mais Jonne Järvelä semble s’approprier intégralement le morceau, jusqu’au texte, pour en faire du vécu, pour le faire vivre et vibrer. Les intonations que l’on y entend sont assez étranges au premier abord, elle ajoute un petit côté martial qui ne saurait s’apparenter à ce type de morceau, et encore moins quand il est accompagné d’un violon, d’un accordéon, d’une flûte et d’un chant qui affirment autant de liberté.

Il n’est plus question de soupçon martial en ce qui concerne « Ken Soï Lapsen Lattialta ? », le morceau le plus tribal, le plus guerrier, mais aussi le plus dur de l’album sur sa contenance mélodique. Le rythme des percussions comme du chant est saccadé, et ne trouve une ouverture aéré qu’au refrain, dès que l’on y entend le chant féminin. Celui conserve une très large part traditionnelle donc. Quand on parle de tradition, on veut aussi aborder l’utilisation d’instruments traditionnels. Nous percevons sans difficulté les frottements de vielle à roue sur un joyeux et prodigieux « Leppäyön Löyly ». D’ailleurs, ce titre respire tellement la gaieté et la relaxation, qu’il dégage quelque chose d’enfantin, voire de féérique. En revenant aux instruments traditionnels, il est important de ne pas oublier l’usage du kantele, instrument à cordes pincés typique de la Finlande, dont les sonorités nous feraient presque jurer celles d’une harpe sur « Joki ». Mais c’est la batterie, et surtout les cymbales du batteur de « Profane Omen » que l’on entendra le plus, cassant un peu de cet enchantement.

Alors ? Déçu des derniers « Korpiklaani » ? Vous éprouvez des doutes concernant le projet solo de son chanteur ? Chassez bien loin vos réserves et accordez une chance à ce petit trésor. Certes, il serait présomptueux d’affirmer qu’il ne contient que de l’or ou qu’il est du niveau de ce que Jonne Järvelä a pu faire de mieux dans toute sa carrière. Mais vous y découvrirez un projet sincère, contenant des chansons émoustillantes, des mélodies captivantes et naturelles. La force de cet album éponyme, en plus de se démarquer quelque peu du produit type « Korpiklaani », c’est la passion qui y est reflétée. Le shamanisme est, il est vrai, une passion dévorante pour Jonne. Là, il revient très clairement à ses fondamentaux, à une musique épurée de toute modernité. Comme Jonne, venez vous aussi prendre le vert et souffler un bon coup. Pour ceux, à l’abri dans la campagne, une bonne marche à pieds suffit ; pour ceux reclus dans leur termitière une écoute de ce produit leur est vivement recommandée et parviendra à les ressourcer.

15/20

Clip Officiel:
. Metsään On Iäksi Mieli
Metsään On Iäksi Mieli

 

 

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