chroniques et interviews metal

5284Apollo Ra : Ra Pariah

posted by alonewithl on septembre 15th, 2015

Apollo Ra : Ra PariahLes étoiles apparaissent, brillent, meurent. Certaines figurent au sein de constellations bien visibles, d’autres échappent à nos yeux devant le cumul. « Apollo Ra » aurait très bien pu devenir une étoile brillante s’il n’était pas apparu trop tardivement sur la scène heavy metal, une scène américaine déjà blindée en matière de références. Le groupe originaire de Baltimore est officiellement né en 1986 sous la houlette du batteur Stephen Albinak et le guitariste Christopher Murphy. Ils vont s’adjoindre d’autres membres, notamment le vocaliste Daniel John Miller. La préparation de leur album « Ra Pariah » en 1989 dans un studio d’Utica dans l’Etat de New York va s’avérer tumultueuse suite au départ précipité de Chris Murphy. Celui-là sera remplacé sur le champ par un certain Andrew Macdonald, figurant provisoire, qui devra une fois l’effort produit céder sa place au guitariste Kevin Bulkley. « Apollo Ra » éditera une démo deux titres avec ce nouveau membre, puis on perdra la trace de la formation. La création du projet « Museum Of Fear » par quelques membres en 1992, puis la mort de Kévin en 1996, précipitent le couperet sur « Apollo Ra ». La bande et ses compositions auraient pu tomber dans l’oubli, s’il n’y avait pas eu quelques rééditions, en 2000, puis en 2015. Celle de 2015 justement, celle par No Remorse propose une monture associant l’ouvrage « Ra Pariah » et les deux titres issus de la démo de 1989. Je ne vais pas qualifier l’effort d’indispensable, mais….En fait, si !

Le disque produit par Carl Canedy, batteur de « The Rods », mais aussi producteur d’« Anthrax » et de « Possessed » dans les années 80, est un véritable brûlot. Comment ça on ne le sent pas au début ? En fait, oui, l’entame larmoyante de « Crimson Streets » fait plus penser aux ballades de groupes hair metal, bien glamour, bien sensuelle, avant de succomber aux assauts d’un heavy speed ravageur, qui rappellera les débuts mythique du grand « Queensryche » et de son leader charismatique d’alors Geoff Tate. Il y aurait en effet une certaine similarité vocale chez Daniel John Miller, qui se montre extrêmement incisif. On va replonger, en plus de celui-là, dans le souvenir de l’incroyable EP éponyme de « Queensryche » à l’écoute de l’explosif « Heaven’s Just Another Way », titre absolument remarquable qui vous tient aux boyaux. On peut, dès lors retenir que le heavy metal d’« Apollo Ra » est sacrément décapant. On en aurait une nouvelle confirmation avec « Coming of Age », à l’entame grinçante, avant d’accélérer sur les chapeaux de roue pour un heavy speed assez inspiré par « Judas Priest ».

Il ne faut pas cependant oublier la grande, l’immense influence, de « Savatage » sur cet album de 1989. En effet, quelques années plus tôt le groupe des frères Oliva avait sorti son « Hall of the Mountain King ». Et cela a eu des conséquences non négligeables. On le devine notamment des titres « Out of the Night », aux riffs aguicheurs, bien que puisant aussi dans la scène glam ; mais surtout du mid tempo « March of Fire ». Là on reconnait le jeu de gratte copié à celui de Criss Oliva, et même les lignes vocales à celles de Jon Oliva. Totale confusion ! Hormis, ces influences, parfois très ostensibles, on note la juste proportion entre heavy speed et glam metal que l’on décèle dans la musique d’« Apollo Ra ». C’est en grande partie vrai sur « The Obsession » aux à-coups virulents et à la dimension assombrie, voire presque obscène. Il y aurait de la froideur, une certaine menace planante dans l’air, si on s’en tient également pour le coup au titre éponyme. Avec un peu plus de solennité cependant et renforcé par les échos. On passe très vite dans un heavy metal percutant pour ce morceau. La fermeté des riffs est néanmoins moins saisissante que des jeux beaucoup plus développés qu’offrent d’autres extraits de l’album. Le titre « Ra Pariah » figure en mouton maigre du troupeau.

On préfèrera à ce dernier le tempétueux, que dire, l’ouragan « Creating Zero » comprenant une dose survitaminée de rock n’ roll. Un de ses titres qui vous enverra tout valdinguer, en peu comme « To Be a Hero », plus classique dont le riffing est puisé déjà par nombre de formations prestigieuses, à commencer par « Iron Maiden » sur « Two Minutes to Midnight ». Moins attachants, mais pas moins déméritants, nous avons un sobre « The Challenge », offrant néanmoins un malin duel entre guitares, puis se profilera la tension d’un « Bane of the Black Sword ». Nerveux et assez motivant dans ses airs. Son côté grondant et un peu fouillis se rapproche deux morceaux conçus après coup sur la démo avec Kevin Bulkley » à la guitare, surtout le très sombre « Alone in the Darkness », dont on retient immédiatement son atmosphère de cachot, par contre mal compensée par la batterie. L’autre piste issue de la démo, « Winds of Time » interroge fortement le visiteur, beaucoup plus pour son fort penchant thrashisant, que pour ses extraits d’émissions radio des années 30/40 présents en début et en fin de morceau. Outre cela, on y perçoit une sensation de chaos, d’ailleurs renforcée par la production plus faible, et par le petit passage fantomatique peu avant le dernier tiers de la piste. « Apollo Ra » voulait telle devenir un double de « Mercyful Fate » après avoir été un clone de « Savatage » ? L’Histoire ne nous l’apprendra jamais.

Les efforts d’« Apollo Ra » n’ont jamais pu être capitalisés. Aussitôt l’ouvrage terminé le groupe s’éparpille, les uns pour fonder « Museum Of Fear », qui ne donnera pas grand-chose, les autres pour disparaitre purement du circuit. Leur album « Ra Pariah », figurant en simple support cassette ne trouvera pas de distributeur honorable et tombera rapidement dans l’oubli, avant d’être relancé par de petits labels indépendants dans les années 2000. La fin des années 80 a été cruelle pour bon nombre de formations. La scène heavy metal commençait à être surreprésentée et n’offrait de voies royales qu’à ceux qui se daignaient d’être véritablement originaux ou du moins s’avéraient les plus vendeurs. On voulait de la nouveauté et de belles trognes pour afficher sur des posters et plaire aux filles. C’est ainsi qu’un formidable volume et que la destinée d’un groupe, peut-être pas novateur, mais talentueux, ont sombré. « It’s the economy, stupid ! »

16/20

 

 

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