chroniques et interviews metal

5306Motocultor 2015 (deuxième journée)

posted by alonewithl on septembre 30th, 2015

motocultor2015

Motocultor 2015 @ St-Nolff (56) – Open Air
(15 Août 2015)

Après une nuit très fraiche, je me lave et me prépare un café discrètement à l’abri des regards. Il était interdit de camper ou d’avoir une bouteille de gaz sur le parking. Ne comprenant pas trop ces règles, comme pour le coup des bouchons, je m’emploie à ce que j’avais toujours fait. Et puis rien ne vaut de l’eau chaude pour la toilette, puis pour un bon café. Aussitôt fait à la petite matinée, je rejoins le camping pour voir quelques amis, ceux-là étaient cloués, liquéfiés par la veille et par la nuit qu’ils ont dû affronter. Il fallait que j’affronte les trois journées et suive un maximum de concerts. Je n’aurais certainement pas pu suivre le rythme si j’avais eu à dormir en camping dans ces conditions.

. ARCANIA

Ce groupe figure actuellement comme une valeur sûre du thrash metal français. Il a fallu pour cela parcourir la France, faire de nombreuses dates, produire des albums. Le groupe a ses fans, mais aussi ses détracteurs. C’est vrai qu’il ne s’agit aucunement d’un thrash metal féroce. C’est plutôt soft et mélodieux. D’ailleurs, il s’agit à peu de mots près ce que j’avais rapporté à une fille qui s’attendait à du « Kreator », voire à du « Slayer ». La première fois que j’ai vu « Arcania » c’était à la ville de Saintes, je crois m’être quelque peu assoupi, tout en reconnaissant sa valeur technique. J’aimais pourtant bien son opus « Sweet Angel Dust ». Avec le temps, « Arcania » semble s’être raffermi. Durant le Motocultor, il n’a pas démérité. Oui, ce n’était pas du thrash metal défrisant les oreilles, mais ça tenait véritablement bien la route. Du coup le groupe montait doucement à mon estime.

. BLISS OF FLESH

Déjà vu récemment, ayant même un contact avec un de ses guitaristes, c’était pour moi un grand plaisir de les revoir, surtout que la formation monte graduellement en puissance, et a tourné récemment avec des grosses pointures du metal extrême. Leur passage dans la petite bourgade de Chauvigny avait été unique, bénéficiant du meilleur son et des meilleures lumières de la soirée. Ils renouvellent sans peine la même performance à leur passage au Motocultor en puisant sur leurs œuvres. La seule vraie différence serait le crachage de feu en fin de show de Necurat, qui n’a pas démérité dans sa prestation. On m’a promis que sur les prochaines tournées le titre « Rosary of Shame » serait intégré. Il le sera sans doute avec des nouveaux morceaux issus de leur troisième album en préparation. On m’a parlé du paradis, en fait un volume bien plus violent que les précédents. J’ai vraiment hâte d’y prêter une oreille.

. KRONOS

On reste à la Dave Mustage pour un fleuron du death metal français. J’avais déjà pu suivre « Kronos », mais de loin lors de leur passage au Hellfest. Ça m’avait paru surpuissant au point de surclasser « Loudblast ». Là, c’était l’occasion de les voir de plus près. Musicalement, ça m’a paru moins violent qu’en 2014. Scéniquement, ça se rapproche beaucoup de leurs compatriotes de « Gorod », en un peu plus statique cependant. Le chanteur Loic Gillet me faisait alors énormément songer à son homologue Julien Deyres. Leur death metal convenait aux attentes du public. « Kronos » avait rempli sa mission.

. GLORIOR BELLI

Je me suis pris dans un dilemme. Fallait-il rester en bas pour attendre « Sodom » et « Carcass » ou prendre connaissance de formations moins prestigieuses, mais tout aussi intéressantes ? Je choisis la seconde option d’un coup de tête. L’avenir me donnera raison au sû de la performance moyenne de « Sodom » ce soir-là. Je trouve tout de suite une place à proximité de la scène pour « Glorior Belli », formation française des plus atypiques, parvenant à marier le black metal avec le stoner, pour un résultat à la fois poisseux et saisissant. Pour rendre l’effet encore plus collant, la troupe paraissait imbibée de graisse, sur les vêtements, sur les bras. Personnellement, j’ai adoré. Il y avait de superbes solos, de la hargne et de l’originalité. On a même pu voir un des gratteux partager le pétard d’un spectateur. Jamais on n’aura autant aimé la crasse.

. KLONE

On reste sur place pour un groupe à mille lieues de « Glorior Belli ». Son total inverse, en somme. N’ayant plus « Manzer » programmé, il fallait bien se reporter sur l’autre groupe poitevin pour supporter les quelques valeurs de ma localité d’origine, et il fallait bien des poitevins pour supporter « Klone ». Groupe qui est littéralement sur un petit nuage depuis la sortie de son opus « Here Comes the Sun » qui l’entraine dans un changement stylistique plus atmosphérique, plus proche d’un « Annathema ». Ça s’est ressenti lors du concert au Room, à Poitiers, où je les ai vu jouer la première fois, et où j’avais croisé leur tête pensante Guillaume. II est toujours discret sur scène celui-là, laissant volontiers la scène à Yann Ligner le chanteur ou au guitariste Aldrick. J’apprécie autant le cradingue que le propre quand c’est bien fait, et force est d’admettre que les mélodies claires et radieuses de « Klone » sont sacrément bien fichues. Splendide, exceptionnel. On ressentait bien la patate du groupe, la joie d’Aldrick, qui a arboré un énorme sourire tout le long du show. On apprécie même les manies du chanteur à toujours tendre son fil de micro pour avoir ensuite du mou. En clôture, le groupe nous habitue à une reprise d’ « Army of Me » de « Björk », chanteuse que je n’apprécie pas particulièrement, mais qui a été très correctement servi par la formation poitevine. J’aurai une fois le concert terminé hurlé à l’adresse de Guillaume : «Bravo les gars. Il y a des poitevins ici. On est fiers de vous ».

. BOMBERS

Connaissez « Motörhead » ? Oui ! Connaissez-vous Abbath d’ « Immortal » ? Oui ! Et bien connaissez-vous maintenant « Bömbers » ? Euuuh !… « Bombers », l’album de « Motörhead » ? Non ! Le groupe « Bömbers ». Peu connaissent en réalité « Bömbers » tribute-band de « Motörhead » initié par Abbath. Il a, avec sa fine équipe, repris quelques fleurons de la bande à Lemmy pour notre plus grand plaisir et avec succès (« Iron Fist », « No Class », « Overkill », « Over the Top », « Ace of Spades », …). On a pu aussi découvrir Abbath au meilleur de son humour. Ça m’a en tout cas réconcilié avec lui, depuis son très foireux passage au Hellfest avec « Immortal ». Il y eu bien un petit moment de tension avec l’ingénieur son, celui-là s’est fait chambré par notre leader bassiste. Ce fut aussi le cas d’un type qui lui a cassé les burnes à propos d’un tee shirt de Lemmy qui a tenté de lui envoyer sur scène, puis après le show voulait le donner à Abbath, puis le faire signer pour lui. Le personnage a beaucoup de générosité, partageant un peu de son temps avec le public en barrière à la fin du show, mais n’apprécie pas se ferme marcher sur les pieds ou de perdre son temps avec des gens exigeants et obtus. Il a renvoyé le type bouler comme il faut, puis repartait gaiement avec des membres du public plus jeunes ne demandant de lui qu’une simple poignée de main ou une photo. Sacré bonhomme ! On se souviendra de ce foutu rock n’ roll, des imitations parfois grotesques de Lemmy et de la bon humeur qui régnait sur scène.

. THE OCEAN

Je crois néanmoins avoir fait une bêtise. Au lieu de m’en aller voir « Carcass », chose que je regrette fortement maintenant, je suis resté pour « The Ocean ». Groupe que l’on parle assez souvent en bien. J’ai beau apprécier en live ces groupes barrés inspirés par « Neurosis » ou « Cult Of Luna », je me suis vraiment pas fait à « The Ocean ». Pire, j’ai rapidement décroché. Pourtant, l’écran géant, les images qui défilaient derrière, l’ambiance brumeuse, assombrie (qui m’empêchait par contre de faire des photos potables), tout cela aurait dû m’aider. J’entends la basse, partiellement le chant. Le tout m’apparait très brouillon, sans raffinement, dans une confusion à peine maîtisée. Et pourtant, j’avais été estomaqué par « Hypno5e » ou « Psygnosis » en live. Là, non ! Ça ne passait pas et je m’emmerdais fortement d’écouter ce son dégueulasse, au point d’avoir dévissé au bout de 15 minutes et de céder ma place à la barrière. Une première pour ce Motocultor.

. DEATH (TO ALL)

Mon dégoût et ma déception du show de « The Ocean » me permet de me diriger dans les premières places pour voir « Death » ou du moins une reformation à l’initiative d’anciens membres. Chose étrange, un mec de leur staff passa tranquillement bénir la scène avec de l’encens, installa des pommes le long de la scène avec des bâtons dessus. Le divin parfum arrivait à notre nez. J’avais déjà senti des shows metal parfumés, mais pas de la sorte. Cette curiosité ne fait que titiller encore plus notre curiosité, jusqu’à ce que rentre en scène Steve Digiorgio, Bobby Koelble, Gene Hoglan et Max Phelps le petit nouveau. Max Phelps est bien trop jeune pour avoir participé à la mythique formation de « Death ». Cela dit, bien que de petite taille, c’est un excellent remplaçant de feu Chuck. Non seulement, il y a une ressemblance physique, mais aussi une ressemblance scénique et musicale. Il est imperturbable, même quand Steve à la basse vient à ses côtés faire l’idiot, lui mettre notamment autour du coup une rallonge électrique. Il a délivré avec les anciens un son et des titres redoutables. Ils n’ont pas fait l’impasse notamment sur « Leprosy » ou « Baptized in Blood ». Instant puissant, mais instant d’émotion aussi. Steve DiGiorgio prenait parfois le micro pour exprimer sa joie d’être ici, son soutien à cette nouvelle formation, son hommage à Chuck Schuldiner. « Death » is dead but is also alive.

. GOD SEED

Bon ! Je pars ou je reste ? A vrai dire, je n’avais pas trop envie de rester, mais je n’avais pas envie de me coucher non plus. Revoir « God Seed » ne me disait rien après avoir vu la catastrophe que c’était lors de leur passage au Hellfest, un passage mémorable, dans les plus mauvaises et ennuyeuses prestations d’une formation cotées, à ma connaissance. Je me suis dit, que ce serait quand même bien de rester pour quelques photos. J’attends et je suis d’une oreille « Brujeria » sur la scène d’à côté. Ça avait l’air d’être amusant entre les « conio » et « marijuana » proférés en permanence, mais ce n’était pas non plus suffisant pour m’intéresser. Je patiente donc à discuter avec des jeunes blackeux rouennais grimés pour l’occasion, arborant grimaces et drapeau norvégien, jusqu’à ce que le groupe attendu arrive de manière froide et solennelle. L’appareil photo n’est pas resté longtemps à l’horizontal, dès que l’impressionnant Gaahl a commencé à hurler dans son micro je fus tétanisé. Au bout de quelques instants, avec la gratte de Stian qui fonctionnait à cent à l’heure, je commençais à redescendre sur terre pour réaliser que « God Seed » était en train de produire un show d’enfer. Je me prenais une gigantesque claque alors que je ne donnais pas un kopek sur leur compte. Gaahl, portant un manteau en cuir se déplaçait de manière rigide et lente, tel un fauve sûr de lui-même, visant de temps en temps le public avec des cornas. Il faisait toujours aussi peur le bougre, en plus de la musique et de ses hurlements, on se serait cru dans l’un de nos pires cauchemars. Il n’y avait pas que moi auquel cela a produit de l’effet. Le public scandait son nom : « Gaahl ! Gaahl ! Gaahl ! ». De manière surprenante, preuve s’il en est que nous étions dans quelque chose d’irréaliste, le monsieur s’est arrêté net, semblait troublé, et lâcha un très timide « merci ! ». A la fin du fin, il s’en alla sans se retourné, laissant un brulant écho. On avait annoncé qu’il s’agissait du dernier concert de « God Seed ». Autant croire à une mauvaise blague. C’était extraordinaire ! Et je n’avais jamais autant frémis pour un concert de black metal depuis la vue d’un certain « Inquisition ».

 

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