chroniques et interviews metal

5303Motocultor 2015 (première journée)

posted by alonewithl on septembre 30th, 2015

motocultor2015

Motocultor 2015 @ St-Nolff (56) – Open Air
(14 Août 2015)
Ouverture à partir de 12:45 heures.

La Bretagne, c’est à la fois à proximité et éloigné. On y va une fois comme ça, mais pas pour s’y installer. Ce n’est pas que je n’aime pas cette région, mais l’endroit m’est tellement étranger que j’y perds vite mes repères. Ce fut le cas lors de ma visite pour le Motocultor. Le Motocultor, on en parle de plus en plus comme une version bis du Hellfest, ça devient une étape obligatoire pour ceux qui ont raté ou évité les événements de Juin. Ça reste d’ambiance familial, convivial, peut-on entendre ou lire. Et il faut reconnaître qu’une affiche proposant des noms prestigieux comme « Opeth », « Pentagram », « Sodom », « Ancient Rites » au milieu de beaucoup d’autres est assez alléchante. Je me décide donc au départ en Bretagne. Comme un remake de « Bienvenue Chez les Chtis », la pluie s’abat subitement dès l’annonce de mon passage dans le Morbihan. Foutu endroit, je dois dire. Les bretons sont bien gentils, mais j’ai souvent à faire à des cinglés. Qui plus est l’humidité est stagnante. J’ai la fâcheuse impression que les shows se feront sous la pluie. Heureusement, les dieux seront plus cléments pour la suite.

En arrivant sur le site la veille des hostilités, je remarque que ça se situe dans une grande clairière, au beau milieu d’un bois. L’endroit est tout à fait charmant, et je trouve assez rapidement à me garer face à l’entrée. Sympa d’ailleurs d’avoir le parking juste à deux pas du lieu des concerts, car compte tenu du temps, j’avais pris la décision de ne pas emmener de tente et de coucher en voiture. C’est ensuite la queue pour avoir un pass d’entrée. Je prends la file de gauche pour mon pass VIP. Là j’avoue que c’était un peu confus, de simples spectateurs prennent cette file et les types au poste VIP se trouvent à gérer entre les pass VIP, les pass normaux et même les achats d’entrée. Je n’ai pas pu prendre mon pass photo et on me dit gentiment de revenir le lendemain matin. Rien ne presse pour le moment, n’ayant pas grand-chose à faire de la soirée je décide de flâner. Je fais vite la connaissance des somiens et je retrouve des potos charentais et poitevins, ce qui me mène à squatter le camping et à partager le saucisson. Je remarque quelques soucis d’organisation au niveau des entrées et des sorties. Il n’y avait alors qu’un accès entrée, obligeant ceux qui voulaient aller chercher du matériel dans leur voiture à se frayer un chemin parmi les entrants. Ce souci sera heureusement vite réparé le lendemain. Je remarque aussi la bonne idée de proposer un petit espace bar à même le camping. Je plains cependant les campeurs, car les nuits s’annoncent très fraiches et ils ont été réveillés par une pluie battante qui a duré toute la matinée.

Une queue impressionnante se forme face à l’entrée aux environs de 12h. A l’heure des hostilités, on entendait en fond « Psykup » et j’étais alors dans la file avant d’accèder au passage VIP, où il n’était pas alors interdit d’avoir des bouteilles bouchonnés. Non mais sans blague, quand j’ai demandé la raison, on m’a expliqué que ça servait de projectiles. Et les bouteilles sans bouchons ? Ou même les chaises pliantes ? Tout ceci pourtant autorisé. Ça ne peut pas servir de projectiles ? Pour les peu-regardants, il ne suffisait que de prendre de la terre mouillée. Ce n’était pas au point de devenir de la boue, mais on n’était pas loin du fait de la pluie qu’il y a eu vendredi. Enfin, bref s’il faut trouver une explication à l’interdiction des bouchons, il faut peut-être regarder cela comme un moyen fallacieux pour obliger le visiteur à se désaltérer au stand. D’ailleurs beaucoup se sont plaints du temps d’attente aux stands boissons et nourriture. De la qualité aussi. Moi, méfiant de la qualité des produits de festivals en général, j’ai évité cela, préférant amener mon propre sandwich pour le soir. Cela me permet ainsi d’éviter les allers-retours au véhicule afin d’assister au plus de shows possibles. Après, quand même, un petit tour au merch, je me poste devant la Massey Ferguscène pour mon premier show du Motocultor, « Belenos ».

. BELENOS

J’avais peur que la pluie perdure pendant le concert, mais elle s’est rapidement calmée, laissant à « Belenos » un ciel clément. J’avais déjà croisé de très près la formation de Loïc Cellier dans une petite salle à Joué-Lès-Tours, et je dois dire que j’ai pu assister à une prestation plus en chair lors de ce Motocultor. Le fait que le show ait eu lieu en Bretagne à la fraîche apporte une dimension plus propice au black pagan particulièrement contemplatif de « Belenos ». On a pu retrouver quelques classiques, dont un « Déluge » bienvenu, même si le temps avait changé. Il s’est inclus dans la set list un morceau du prochain album à venir, encore en gestation d’après ce que j’ai pu comprendre de mon interview avec Loïc. Le public paraissait enchanté. On pouvait observer sur le côté les membres de « Killers » attentifs à leur prestation. « Belenos » a obtenu ce jour-là le respect des anciens.

. ANCIENT RITES

L’interview de Loïc me fait malheureusement manquer « Killers » justement, groupe que je m’étais résolu à voir depuis leur venue à Bressuire sans batteur. Je me poste donc devant le Dave Mustage où doit jouer une autre grande légende, une de celle qui m’avait pressé de venir au Motocultor. Ça faisait longtemps qu’on n’avait aucune nouvelle de cette prestigieuse formation belge, jusqu’à récemment, et à la sortie de leur album « Laguz » qui a suivi. En attendant Loïc, j’avais pu observer Gunther Theys et ses camarades avec une fourgonnette en mauvais état, immatriculée aux Pays-Bas, se poster à côté des scènes pour décharger leur matériel. Le personnage en treillis avait l’air un peu tendu. On verra qu’il en sera tout autrement sur scène. Car, oui, sur scène, on sentait qu’il y avait une grande joie d’être là, d’être devant un public. Le son n’était pourtant pas très génial, beaucoup de grésillements. Le chanteur jugulait ces défaillances par sa fougue et sa pugnacité. On a pu en partie revivre des extraits du dernier album, mais aussi de « Fatherland » et de « Dim Carcosa » pour écouter les fameux « Victory or Valhalla » et « Mother Europe ». Nos crétins slammers étaient également de la partie. Seulement, l’un d’entre eux au bout de quatre slams en moins de 15 minutes a fini son dernier slam assommé, le crâne ouvert. D’après que le public (peut-être lassé de ses agissements) l’a brusquement lâché, il a fini porté inconscient, le dos ruisselant de sang. Je me suis alors surpris avec le sourire. Allez savoir pourquoi. Dans un autre monde, Gunther avait aussi le sourire et la pêche. On voyait dans ses yeux qui pétillaient l’impression de revivre ce qu’il avait vécu dans une autre période. Même si on ne retient pas un show particulièrement exceptionnel, il faut retenir une chose : « Ancient Rites » est de retour.

. HEART ATTACK

Une nouveauté du thrash hexagonal que je connais que trop peu, et que j’ai eu la curiosité de m’y intéresser. C’est un nom qui revient assez souvent je dois dire. Raison de plus de me attentes. Autant scéniquement, c’est dans la plus grande simplicité. Peut-être découvre-t-on là le plus de manque d’expérience dans cette démarche statique et cette image qui se fond littéralement dans le lot d’innombrables formations. Musicalement « Heart Attack » tire son épingle du jeu d’un très gros son, d’un déroulé puissant, néanmoins au détriment de la mélodie. Une partie du public a été impressionné par cette force. De mon côté, j’ai trouvé cela trop peu subtil, presque linéaire. En clair ce ne fut pas mon coup de cœur de la journée, même si je reconnais en eux des qualités, de l’envie et une volonté de communion avec leur public. Ce sera à redécouvrir pour une prochaine en vue de confirmer ou même d’être surpris.

. RISE OF THE NORTHSTAR

En attendant « Solstafir », je reste à la barrière et je regarde de côté « Rise of the Northstar ». Je suis premièrement frappé par les bannières japonisantes, jusqu’à l’arrivée des coreux aux vêtements eux aussi inspirés de la nation du soleil levant. Ça m’avait l’air pas trop mauvais, même si ce n’était pas trop ma tasse de thé. Le public prenait bien son pied en tout cas.

. SOLSTAFIR

Ayant patienté pour ce show, j’avais hâte de voir ce que « Solstafir » donnait sur scène, ne les ayant encore pas vu jusque-là. Et je dois dire que ce fut une claque sans pareille. Les islandais en tenue de cow-boys apparaissaient différemment sur les planches, une partie de l’équipe jouait à fond le sérieux et la concentration pendant que le leader de la formation passait du micro à sa superbe gratte aux formes et dessins vikings de manière beaucoup plus décontractée. Il faisait peut-être le clown sur scène, pendant que ses camarades fuyaient les regards derrière leurs lunettes noires, mais sa performance n’était point mise de côté. Que ce soit le chant ou bien la musique, tout était de qualité studio. Incrédule, je crus que ce ne pouvais autre qu’un play back, tout était trop parfait à mes yeux. Mais force est d’admettre que tout ceci était bien concret, réel. Il fallait se pincer pour admettre ne pas rêver. Le groupe avait largement puisé sur leur dernier volume, confortant ainsi un aspect aérien, brumeux, envoutant. Ce concert avait tout en lui pour devenir magique. On s’éprend particulièrement d’admiration pour le leader fortement mis à contribution, parfait dans sa gestion du chant, de l’humour ou de l’équilibre. Rivé d’une casquette, lui donnant un petit côté « Village People » prêtant à sourire, il s’est autorisé une marche de funambule le long de la barrière du public. Ce public, justement, était aux anges de pouvoir seulement serrer la main ou toucher le personnage qui ne s’arrêtait pourtant pas de chanter. « Solstafir » venait de faire un miracle.

. ADMIRAL SIR CLOUDESLEY SHOVELL

Rester voir « Finntroll » et « Eluveitie » ou aller voir ailleurs. Je décidais d’aller voir ailleurs. J’avais déjà vu ces deux groupes durant l’année et fallait admettre que du folk metal devant un gros public donnait généralement lieu à un gros bordel dont on sort difficilement indemne. Le risque était que l’on ne pouvait pas suivre les shows, ou bien difficilement, à force de faire attention autour de ça pour ne pas prendre de mauvais coups. Je choisis donc le calme et la détente d’un bon stoner, voire d’un très bon stoner britannique, très inspiré de la période années 70. Le groupe n’était pas prévu à l’origine, ils ont néanmoins répondu à l’invitation du Motocultor. Le trio avait une drôle de dégaine, assumant complétement son côté rétro et seventies. Malgré le faible public venu à sa rencontre, nos énergumènes en pattes d’eph’ ont assuré un show impeccable. On pouvait voir le second guitariste sauter à pieds joints, délivrer des solos fantastiques. Un vrai bond dans le passé.

. PENTAGRAM

Le groupe suivant sur la Massey Ferguscène ne va pas plus nous rajeunir. Par contre celui-là est d’époque. Pour tout dire, je comptais juste voir Bobby avant qu’il ne casse sa pipe. C’est chose faite. Il était curieux d’entendre en premier les femmes implorer son nom, comme si le sexagénaire avec toujours du sex-appeal. Il paraissait quelque peu délabré notre bon Bobby. Sous ses airs d’égaré, ses cheveux grisonnants et son sac qu’il portait jusqu’au pied de la batterie, on aurait dit une Bernadette Chirac à moustaches. Il a fallu attendre encore quinze bonnes minutes pour entendre de la musique. Suite à quelques inconvénients techniques le groupe sort de scène, et il faut patienter. On se dit alors que l’on risque de ne rien entendre de « Pentagram » et que le show va être purement avorté. On voit les gars revenir et cette fois-ci tout est prêt pour les entendre. Peut-être pas pour entendre Bobby. Notre moustachu préféré avait beau invectiver l’ingé-son en exigeant de lui que ce soit fort. Le micro était à fond et grésillait. Le chant de Bobby l’était aussi à voir sa grimace. Il donnait tout ce qu’il pouvait, et pourtant on entendait de lui qu’un murmure, largement battu par les riffs endiablés de ses compères. On entendait donc pas le chanteur, par contre on le voyait. Il assurait au moins une performance scénique, perçant du regard, se déhanchant. Vision étrange et hallucinante qui semblait emballer le public. Je crains de mon côté que ce soit la dernière fois que je vois « Pentagram » sur scène. Peut-être qu’à une certaine époque ça devait être passionnant. La musique l’était, mais force d’admettre que Bobby n’est plus bon à rien au chant en concert. Signe de sa faiblesse, il ne savait plus quand se terminait le set, et avait déjà pris son sac pour partir à l’avant-dernier morceau, avant d’être retenu par les membres de son groupe. Signe de sa grande générosité, il aura puisé dans ses faibles ressources pour faire illusion, il aura aussi donné son pull à un spectateur. On t’aime Bobby.

. TRIPTYKON

Autre formation appréciant l’obscurité, autre légende issue d’une ancienne époque, mais que l’on est encore moins prêt d’enterrer. « Triptykon » revient en France après son passage éblouissant au Hellfest. On retrouve cette même ambiance, cette lourdeur, cette froideur, ces riffs implacables. Le show est similaire à ce que l’on a vu et entendu quelques mois auparavant. Warrior et son équipe ont plombé l’atmosphère, ils ont pratiqué leur messe noire. On sentait quand même un peu d’agacement chez lui face au manque de réaction du public. Ils étaient sans doute hypnotisés. Bizarre d’ailleurs ! Je n’ai pas eu le moindre retour défavorable de ce show. C’était bien à la hauteur des attentes. Après avoir été écrasé par « Triptykon » la fatigue commençait à venir. Croyant avoir affaire à « Aborted » en fin de soirée, alors qu’ils ont joué durant l’après-midi, beaucoup se sont fait piégé en allant voir « Little Big ». A la seule vision de l’ambiance discothèque qui s’y profilait je laissais tomber cette occasion de techno-boom pour rejoindre ma voiture où j’allais faire ma cure de sommeil.

 

 

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